Chassé-Croisé.

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MessageSujet: Chassé-Croisé. Ven 29 Juil - 8:50



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Après plusieurs jours passés à Achaea, à en prendre la température en y trempant un orteil, sans m'y aventurer, certains signes m'indiquèrent qu'il était temps de passer à autre chose. Premièrement, je n'avais toujours pas mis la main sur le mutant qui avait semé la panique dans la rue du Père Hanssel. Sa trace refroidissait, et aucun indice le concernant n'était entré en ma possession malgré des recherches actives. J'avais décidé de tirer un trait sur lui pour le moment. Secondement, je n'avais pas encore fait la connaissance d'un seul mutant qui me serait utile. Pour une ville qui en réunissait un si grand nombre, c'était impressionnant. Mais je devais bien l'admettre, mes critères de recherches jusqu'ici n'étaient pas axés sur eux, mais en particulier sur l'information. Ce critère venait de changer. Pour la première fois depuis mon arrivée, je chassais le mutant. Certes, le terme n'était pas des plus appropriés, mais il retranscrivait à la perfection mon état d'esprit. Camouflé au centre de centaines de milliers d'humains, je déambulais dans les rues de la ville, les yeux volatiles, cherchant un détail témoignant de compétences particulières acquises génétiquement. Bien sûr, je ne saurais pas reconnaître n'importe quel mutant d'un seul regard, à moins qu'il ne soit fait de neige avec une carotte à la place du nez et que son nom d'emprunt soit « Mr Freeze », mais mon attention, axée sur les détails, me permettrait dans le cas d'une manifestation, même moindre, de voir le gêne mutant là où il n'apparaissait pas à n'importe qui.

Un sandwich insipide à la main, une canette qui ne l'était pas moins dans l'autre, je sillonnais les foules de la rue principale du centre ville, orientant mes pas aussi aléatoirement que possible, sans que rien n'attire mon attention, à l'exception de la lueur faiblissante du soleil. Bientôt, l'après-midi serait trop avancée pour me permettre de voir clairement les signes des dons que je recherchais. Avec une grimace maussade, je fis une embardée à droite et m'enfonçai dans une rue perpendiculaire. Sur la rue principale figuraient les commerces vestimentaires, électroniques, sanitaires... Tout ce qui fermait rapidement une fois la nuit tombée. Je me refusais à rentrer bredouille, aussi avais-je besoin d'un établissement ouvert de nuit, et dans lequel les lumières étaient fortes. Les boîtes de nuit et autres clubs étaient exclus. Certes, la luminosité y était vive, mais si inconstante qu'il était possible de voir par moments des choses qui n'étaient pas forcément réelles. Je ne voulais pas prendre le risque de partir sur une fausse piste. Non. Un Bar me semblait être la meilleure solution, et sitôt cette décision prise, je m'engouffrai dans le premier qui croisa ma route, sans même en détailler l'enseigne.

Une fois à l'intérieur, mon regard se posa immédiatement sur une petite table libre contre le mur est, et mes pas m'y dirigèrent. Avant de m'installer sur la chaise, confortable en apparence, mais que je la savais par habitude ne pas être, je retirai ma veste grise, et remontai légèrement les manches de ma chemise blanche. Quand je fus assis, j'eus la surprise de voir un serveur me demander ce que je désirais. Sans hésiter une seconde, je répondis par un simple « une bière », et le remerciai. Alors commença l'observation. Les coudes sur la table ronde et boisée, le menton dans mes paumes jointes, je guettai nonchalamment le moindre signe de manifestation mutante. Durant la première demi-heure, rien ne se produisit qui sorte de l'ordinaire. Je n'attendais rien si vite, à vrai dire. En effet, un bar, en plus de constituer l'avantage de poursuivre mes recherches jusqu'à une heure avancée, me permettait d'attendre que la consommation d'alcool inhibe la méfiance inhérente à tout bon mutant. Les humains, après quelques bières, faisaient des conneries qu'ils ne feraient jamais en temps normal. Les mutants n'étaient en rien différents. J'en étais à mon cinquième verre, quand une ombre passa devant mon regard, et qu'un homme s'installa en face de moi, avec un sourire carnassier. Je haussai un sourcil à son attention, et captai derrière son dos une personne observant notre table. Non, à vrai dire, ils étaient plusieurs à nous regarder, et leurs expressions dénotaient un certain mépris. Le type qui me parlait à présent était connu, et n'était visiblement pas très aimé dans le coin, et j'étais curieux de savoir pourquoi.

« Salut, je m'appelle Fred. Et toi ?
-Barthe
, répondis-je du tac-au-tac.
-Barthe. Je te propose un jeu, ami Barthe. C'est simple comme bonjour. Je pose trois lignes d'allumettes, une de trois, une de cinq, une de sept. Celui qui retire la dernière allumette perd. L'on peut retirer autant d'allumettes que l'on désire par tour dans une seule et unique ligne. Ca te branche ? »

Tout en me faisant par de ces règles élémentaires, il avait disposé à une vitesse et une précision effarantes témoignant de son habitude. Ce faisant, il s'assurait que le néophyte à qui il faisait face craigne de le froisser en refusant. Mais je n'avais aucune intention de refuser. Les rouages de mon esprit s'étaient rapidement mis en branle, et j'avais compris pourquoi Fred n'était pas des plus appréciés. J'aurais mis ma main à couper qu'une fois le défi relevé, il allait proposer une mise. J'aurais aussi mis ma main à couper qu'il connaissait son jeu de fond en comble, et qu'il ne perdait par conséquent que très rarement, et jouait avec tous ceux qui ne le connaissaient pas pour arrondir ses fins de mois. Avec un léger sourire, j'acceptai la partie d'un mouvement du chef. Après tout, pour en être un moi-même, je connaissais les tentations pour un mutant de faire usage d'un don pour gagner de l'argent facilement. Peut-être cet homme en était-il un.

« Parfait. Tu m'as l'air sympathique, Barthe, et plus que ça, tu m'as l'air joueur. Hein ? Je me trompe ? Non, hein ? Allez, c'est toujours plus drôle avec de l'argent. Combien veux-tu miser ? »

Bingo. Ma main s'engouffra dans la poche intérieure de ma veste pendue au dossier de ma chaise, et en retira mon porte-feuille, duquel je sortis une liasse de billets verts. S'il y avait bien une chance pour que je gagne ce genre de défi, c'était en surprenant mon adversaire. Je posai la somme sur la table, et mon sourire s'étendit quand j'en annonçai la valeur.

« Cinquante dollars. »

Un sifflement appréciateur passa outre ses lèvres, et il se recula légèrement sur sa chaise, me jaugeant plus soigneusement qu'il ne l'avait fait jusque là. Jusque là, j'étais gagnant. Peut-être même pensait-il que je connaissais son jeu. Il fouilla un instant dans son propre veston et en sortit une liasse sensiblement identique.

« Joueur, à ce que je vois ! Allons-y pour cinquante dollars ! Je t'en prie, Barthe, mon ami, à toi d'ouvrir le jeu. »

Et la partie commença. Le dénommé Fred se rendit compte dès les premier tour que je ne connaissais rien à son jeu, et malgré des réflexions intenses avant chaque coup, je ne parvins pas à prendre un quelconque avantage sur lui. Si bien qu'il me battit en six coups seulement. Et pas le moindre indice de pouvoir particulier. L'argent avait beau n'avoir aucun sens pour moi, je n'avais aucun désir de perdre celui-ci, à plus forte raison quand je n'avais pas encore payé mes consommations, et qu'il ne me restait rien d'autre pour le faire. Je tendis la main avec un sourire contrit, et dans sa fougue, Fred me la serra, guilleret. Il ne se doutait pas de la portée de cette poignée de main. Un ordre simple fut inséré dans son esprit, pour le faire plier à ma volonté. « J'ai gagné cette partie. » Son imagination fit le reste.

« C'était une bonne partie, Fred.
-Je dois bien l'avouer, c'était une partie de maître. Bravo Barthes, rares sont ceux qui connaissent ce jeu avant de me rencontrer, et plus rares encore sont ceux qui parviennent à me battre. »


La joie de la victoire s'était envolée de son visage pour céder sa place à un air penaud, navré, impressionné. Il me félicita une nouvelle fois, puis prit congé, alors que sa liasse rejoignait la mienne dans ma poche intérieure. Lui portant un dernier regard amusé alors qu'il s'éloignait, mes yeux tombèrent par hasard dans ceux d'une jeune femme. Soudain, je me rendis compte de mon erreur. Pris à mon propre piège, j'avais fait usage de mon pouvoir en pleine foule, sans me soucier de si l'on m'avait vu faire ou non. L'alcool et l'adrénaline du jeu... La jeune femme, là où elle était assise, n'aurait normalement rien pu voir de ce qu'il s'était passé durant ce jeu, mais je voulais m'en assurer. D'un geste, je convoquai l'un de serveurs, et lui demandai d'apporter à cette inconnue un verre supplémentaire de ce qu'elle buvait à l'heure actuelle. Quand ce fut fait, et que le serveur me désigna comme étant son généreux donateur, alors que nos regards se rencontraient à nouveau, je levai mon verre et lui fis signe d'approcher. Je devais m'assurer qu'elle n'avait rien vu. Tant pis pour la chasse au mutant, je devais faire le nécessaire pour ne pas être la proie.

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Kaileen Moore
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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Ven 29 Juil - 19:10

Il était environ quatre heures quand j'émergeais de mon lourd sommeil ce jour là. J'avais passé ma nuit précédente dehors, mais je n'en avais plus que de vagues souvenirs. D'après ce qu'il me restait en tête, je m'étais soûlée suffisamment pour oublier une partie de ces heures durant lesquelles j'avais hantée de ma lugubre présence la ville. J'étais affalée sur le canapé qui nous servait de lit à Lukaz et à moi, avec un mal de crâne persistant (que je ne percevais pas douloureusement, mais avoir la tête enserrée dans un étau n'était agréable pour personne) et une formidable nausée. Autant dire que je n'ouvrais pas les yeux de bonne humeur, dés le départ. Ce faisant, j'aggravais mon humeur. Quoi que j'ai fait pendant la nuit, quelqu'un quelque part devait être mort, ou au moins blessé, au vu du sang qui imprégnait mon t-shirt. Ce genre d'excès m'était peu courant, et c'est fort mécontente de moi même que je me décidais à me lever. Les symptômes de la gueule de bois, chère et tendre amie que je voyais si peu souvent, ne me quittaient pas. Je me passais sous la douche assez longuement, et attrapais les clés de l'appartement ainsi que les papiers factices dont je me servais toujours. Ceci étant fait, je désertais les lieux. Comme d'habitude, mon français de colocataire avait disparu dieu sait où. Heureusement, ses horaires de vie étaient aussi décousus que les miens… Je n'avais donc personne à informer de mon départ, personne à prévenir, et je disparaissais sans laisser de traces. Contre la gueule de bois, j'avais une méthode que d'autres avaient adopté : je combattais le feu par le feu. Comprenez que j'allais boire un petit coup de plus pour me remettre un peu d'aplomb.

Il n'était pas rare que je m'aventure dans les bars d'Achaea. On ne pouvait pas dire que j'étais une habituée de tel ou tel établissement pour autant. Je préférais ne pas trop attirer l'attention sur moi. J'avais établi un savant mélange : j'étais assez connue dans chacun des endroits que je fréquentais pour que ne fasse pas attention à moi, mais pas suffisamment pour que les autres consommateurs ne me saluent, me reconnaissent dans la seconde, ou quoi que ce soit de potentiellement gênant pour ce que je me plaisais à nommer mon anonymat. J'ignorais si on pouvait parler d'un réel anonymat, étant donné que d'une manière ou d'une autre, mon fichu caractère finissait par le détruire. Mais ceci étant accessoire, passons.

En pénétrant dans un bar au hasard parmi ceux que je connaissais - j'étais trop lessivée pour faire attention à ce que je faisais, j'avais vraiment besoin de quelque chose de digne d'intérêt - je me jurais intérieurement que ce soir là serait calme, que demain en me réveillant je pourrais me souvenir du moindre de mes faits et gestes, et surtout que personne ne mourrait nulle part par ma faute. Ce n'était pas vraiment regrettable qu'un humain ou deux soient morts quelque part, pourtant, je voulais faire attention à mes actes. J'évitais d'attirer l'attention sur moi, par égard pour l'abruti qui avait eu le cran de me convier chez lui. Peut être avais-je l'air bien peu reconnaissante, mais il fallait tout de même être sérieusement atteint pour prendre le risque de m'abriter alors que je me faisais une joie de rencontrer tous les ennuis possibles et imaginables. Je réprimais un sourire amusé en cherchant du regard une table libre qui remplissait mes critères de sélection (en gros, un endroit d'où je pouvais surveiller la salle dans son intégralité), sachant bien que quoi je dise, Lukaz m'amusait énormément, et que j'aurais eu du mal à le quitter maintenant que je m'étais attachée à lui.

Trouvant mon bonheur, je m'affalais finalement sur une chaise, et commandais un gin tonic d'une voix un peu éteinte, sans faire attention au coup d'oeil perplexe du serveur. Je doutais que ma voix fut la seule raison de cette hésitation, et devinais que je devais - encore - avoir de sacrés cernes. Un jour, je penserais à dormir la nuit, comme tout le monde. Je contemplais les lieux d'un air morne. Il n'y avait rien, à première vue, qui puisse m'intéresser. la seule chose notable, c'était un homme qui comme moi observait les lieux, un peu plus loin le long du mur. Je ne m'y attardais pas de trop, jusqu'à ce qu'un homme s'installe en face de lui. Curieuse, je suivais leurs échanges, comprenant plus ou moins que le dénommé Fred était en train de proposer je ne sais quel jeu à l'autre, dont j'avais saisi au passage le nom - Barthe. Je n'accordais qu'une attention distraite à ces deux là, ne pouvant suivre le jeu en question de ma place. Je remarquais simplement que de l'argent fut mise en jeu.

Tout en guettant les deux hommes, mon intérêt ravivé, je sirotais mon gin en silence. La nausée commençait à s'estomper - pour l'instant, mais le mal de tête me mettait toujours aussi mal à l'aise. Je n'avais en plus rien d'autre à faire que de rester ici, n'ayant pas envie de me mettre en chasse ce soir. Ce Barthe m'intriguait. Son adversaire respirait la confiance en soi, la rejetant par tous les pores, et pourtant, monsieur ne se démontait pas. C'était suffisamment étrange pour piquer ma curiosité peu difficile à stimuler en réalité. Mais le plus intéressant venait après. Je venais de finir mon verre, mais l'idée d'en commander un autre ne me traversa pas l'esprit. J'étais captivée par ce qui était en train de se passer. Freddy était rayonnant, il avait visiblement gagné, et pourtant, l'autre homme était toujours aussi serein. Et quand ce dernier lui serra la main, la situation changea du tout au tout. Je n'entendis pas clairement ce qui se disait, mais la mine réjouie du "gagnant" se transforma soudain en un air à la fois impressionné et désolé.

Je fronçais les sourcils, ne sachant pas quoi penser de ce que je venais de voir. Sans doute avais je mal interprété l'expression de ce Fred. N'ayant pas vu la partie, je ne pouvais pas être sûre de quoi que ce soit. Mais les faits étaient là. J'avais confiance en mes jugements - il n'y avait qu'une personne que je croyais systématiquement, et c'était moi. Pour le coup, je ne savais pas quoi dire. Mon imagination m'avait déjà joué des tours, et plus d'une fois. Alors que celui qui s'était transformé en perdant s'éloignait, Barthe parcourut la salle et tomba sur moi, sur mes yeux fixés avec une curiosité non dissimulée sur lui. Je me forçais à ne pas sursauter comme une gamine prise en faute, me sachant au delà de cela, tout en me morigénant. Je n'aimais pas attirer l'attention sur moi, bon sang. Et là, c'était apparemment chose faite. ça ne me plaisait pas, mais avec un soupir désabusé, je détournais le regard et retournais à mes rêveries ennuyeuses, en me demandant où je finirais la soirée.

Cependant, peu de temps après, un serveur m'apporta un autre verre de gin, alors que je n'avais rien commandé. je ne m'étonnais pas de trop quand il me désigna le grand gagnant comme donateur, et relevais (à contrecoeur) le regard vers lui en remerciant l'employé du bout des lèvres. Il leva son verre et me fis signe d'approcher, dés que je lui accordais un coup d'oeil. Je haussais les sourcils, ma fierté appréciant moyennement ce qu'elle voyait comme une convocation. Après une hésitation à peine perceptible, je prenais mon verre, me levais et rejoignais l'inconnu, maudissant intérieurement mon habituelle envie de me mêler de ce qui ne me regardait pas. Je m'asseyais là où s'était tenu Freddy peu de temps auparavant et demandais, apparemment désintéressée :

"Mmm… Barthe, c'est ça ? Je peux savoir en quel honneur j'ai le droit à ceci ?"

Je désignais d'un mouvement de tête le verre que j'avais à la main. Même si j'avais toujours l'impression que ma tête allait finir par exploser, je mettais cette préoccupation au placard. Ouvertement, j'étais froide, distante. J'avais beau m'être ouverte au magnifique et merveilleux monde qui m'entourait depuis que j'avais rencontré certaines personnes dignes de confiance (du moins semblaient-elles l'être), je restais quelqu'un de méfiant, qui n'appréciait guère la confrontation à l'inconnu… du moins dans un endroit aussi peuplé que ce bar. Avouons le, à l'extérieur, j'étais celle qui cherchait la confrontation, quelle qu'elle fut, pour peu qu'elle puisse m'offrir un semblant de distraction. Clairement ironique, j'ajoutais d'un ton qu'on aurait presque pu qualifier de glacial qui aurait été sûrement un peu plus impressionnant si je n'avais pas été une naine :

"Ma lumineuse présence vous aurait-elle aveuglée ?"

Je n'avais pas touché à ma boisson (même si j'adorais ça). pas que j'imagine qu'elle soit empoisonnée, bien sûr, je n'étais pas paranoïaque à ce point. Non, j'avais simplement mieux à faire. Depuis que je m'étais levée, pas un instant je n'avais quitté du regard mon interlocuteur. Mes yeux noisettes, calculateurs, semblaient passionnés par cet étrange spécimen de la faune nocturne du bar. Ce regard fixe pouvait être dérangeant pour certains. Je n'en avais bien sûr rien à cirer, et j'aurais été bien en peine de faire autrement. C'était dans mes habitudes. Je surveillais toujours d'un oeil quelqu'un avec qui je parlais, tentant de discerner la faille qui pouvait me révéler une hésitation, un mensonge, n'importe quoi qui me donnât le prétexte que j'attendais pour filer et/ou réagir. J'étais ainsi faite : pour me sentir tranquille, je voulais toujours savoir le plus de choses possibles, avoir l'impression d'avoir le dessus en somme.

"Je préfère vous dire tout de suite qu'on ne m'achète pas si facilement."

J'étais cette fois à peine moins distante, plus moqueuse qu'autre chose. Je n'avais aucune raison - pour l'instant - de rejeter à ce point l'inconnu. Une main posée sur mon genou, l'autre serrée autour de ce fichu verre, posé à présent sur la table, j'attendais finalement presque impatiemment de savoir ce qu'on pouvait bien me vouloir, en espérant que ce ne fut pas à propos de mon observation attentive de ce petit jeu stupide qui s'était déroulé là un peu avant.

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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Mar 2 Aoû - 19:08



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Elle s'était condamnée à mes yeux à l'instant où elle avait ouvert la bouche. D'une part parce qu'elle avait intercepté et retenu mon nom, ce qui témoignait d'un intérêt certain pour moi. D'autre part parce qu'elle était circonspecte, méfiante, indéniablement, d'un fait qui n'avait pas lieu d'attirer une quelconque peur. Comme pour lui afficher ma surprise, je haussai un sourcil, et souris légèrement quand elle poursuivit. Elle n'était pas à prendre à la légère, et malgré sa taille, que je n'avais remarquée qu'à l'instant où elle s'était levée pour me rejoindre, ses yeux en disaient long sur son attitude farouche. Mais javais passé le plus clair de ma vie au sein de la pègre, entouré de personnes qui suspectaient leurs prochains, et à juste titre, puisqu'un mot de travers pouvait signer leur arrêt de mort ou leur arrestation. Je savais comment prendre ces gens-là, et je refusais que cette jeune femme puisse interférer avec mes plans. Je n'étais pas sûr qu'elle sache exactement à quoi s'en tenir, au sujet de ma mutation. Mais je savais que son esprit doutait de ce qu'elle avait pu voir. Si ce n'étaient que des doutes je n'aurais pas à les effacer par la force. Détourner son attention de ce qu'elle pensait avoir vu serait un jeu d'enfant, et j'avais à ma disposition tous les outils nécessaires pour ce faire : l'alcool et l'argent pour le faire couler.

Mais pour l'heure, la première chose à faire était de la convaincre de ne pas se méfier de moi comme elle le faisait. J'eus un rire franc quand elle m'asséna ses derniers mots, et je répondis à l'intensité de son regard par le même biais. A cette distance, et dans ce duel oculaire, il y avait fort à parier qu'elle remarque sous peu que mon œil gauche était d'une couleur peu commune en opposition avec le bleu de son confrère, bleu. Un œil d'un noir si profond qu'il ne pouvait pas être considéré comme marron. Et pour cause, sa pupille était constamment dilatée, ce qui lui donnait cette teinte si particulière, que beaucoup trouvaient dérangeante, et que peu d'autres trouvaient fascinante. Avec un certain amusement, je cherchais dans ses yeux une lueur qui m'indiquerait de quel groupe elle ferait partie. Cependant, l'heure n'était pas à l'entière observation. Il me fallait réagir à son acidité, et de manière chaleureuse, afin qu'elle relâche sa méfiance.

« La raison de votre présence ? Je ne pense pas me tromper en disant qu'il est courant d'inviter à sa table une femme telle que vous. Peut-être parce que votre présence m'a ébloui, ou parce que vous êtes celle sur laquelle j'ai porté mon dévolu. Pour votre beauté et le désir de votre compagnie. Et le verre n'a pas pour but de vous acheter, mais pour vous signaler que vous n'avez rien à perdre. Vous pouvez le boire cul-sec et me laisser sur le carreau, ou écouter ce que j'ai à vous dire, le choix vous revient. »

Je fis une pause marquée d'un sourire légèrement moqueur. Je ne pensais pas me tromper en présumant que lui dire les mots doux et fiévreux d'un poète romantique n'aurait pas plus d'effet sur elle qu'un coup d'épée dans l'eau. Avant de la conquérir, mon objectif était de l'intéresser, la pousser à rester, et à discuter. Certes, je prenais le risque, par mes mots crus et dénués de finesse, de lui faire prendre peur et de la faire fuir. Mais son regard inquisiteur me poussait à croire qu'elle n'était pas de ces vierges effarouchées qui attendent le prince charmant.

« A force de poser trop de questions, on prend le risque d'obtenir la vérité. Faites-moi le plaisir de rester un moment en ma compagnie, ou accordez-moi au moins le temps nécessaire à nous mettre tous deux à égalité. Quel est votre nom ? »

Avant même qu'elle n'eut le temps de me répondre, je pris l'initiative de lui parler plus avant de moi, mêlant subtilement vérité et mensonge, les manipulant avec la dextérité d'un alchimiste confirmé pour faire du plomb de mes intentions un or rutilant qui n'aurait pour but que d'attirer son attention et la convaincre de me parler à son tour. Je prenais cependant le risque, à tout instant, qu'elle ne s'éloigne de moi sans avoir pu confirmer mes doutes. Si elle le faisait, peut-être la suivrais-je jusqu'à pouvoir la toucher, bien qu'il s'agissait de mon intention la moins prononcée. J'avais déjà fait une erreur ce soir en usant de mon don. Je n'avais aucun désir de réitérer l'exploit.

« Voyez-vous, je suis nouveau-venu en ville, et je n'ai pour compagnie que moi-même. Considérez-moi comme un homme en quête de compagnie, pour quelques minutes s'il le faut, quelques heures si possible. C'est l'oubli de ma solitude que j'espère que vous consentiez à m'offrir. Vous, et l'alcool. »

Mon regard quitta finalement le sien et chercha dans la foule un serveur inoccupé. En quelques instants, mon bras s'était levé, et mon geste avait initié un renouvellement de nos deux boissons. Je savais qu'elle n'avait pas encore touché à la sienne, mais j'espérais qu'elle le fasse avant que son prochain verre n'arrive. Replongeant mon regard dans le sien, dans une attitude d'interrogation mêlée de défi, je lui posai la question sur laquelle reposaient tous mes espoirs.

« Alors ? Me ferez-vous l'honneur de votre compagnie ? »

Tandis que ma main droite portait mon verre à mes lèvres pour une longue gorgée de bière, sous la table, ma main gauche se crispait sur mon genou. Malgré l'assurance manifeste dont je faisais preuve, j'étais tendu. En entrant dans ce bar, j'avais espéré qu'un mutant, à cause de l'alcool, commettrait l'imprudence de révéler son don à mon regard aiguisé. Comble de l'ironie, il semblait que le piège s'était refermé sur moi. Il était possible que ces prochaines minutes constituent les plus importantes et fatidiques de mon arrivée à Achaea. Me faire repérer si tôt n'était d'aucune bonne augure, et j'en étais pleinement conscient. Il me fallait savoir ce qu'elle savait, et réagir en conséquence. Si elle n'avait rien de plus que des doutes, la faire boire suffirait à brouiller les pistes.

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Kaileen Moore
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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Mar 2 Aoû - 21:07

Je notais l'expression de sa surprise marquée par un haussement de sourcils tandis que je parlais, mais ne m'arrêtais pas pour autant. Il est vrai que quand je parlais, peu de choses m'interrompaient. J'aimais bien aller au bout de mes phrases, comme tout un chacun. Avec ce geste léger de sa part , je remarquais cependant, tandis que j'attendais une réponse à mes paroles pour le moins charmantes, l'étrange contraste qu'offrait son regard. Si l'un de ses yeux était d'un bleu vif, l'autre était noir, ou d'une couleur approchant de beaucoup. Je m'attardais sur ce détail un instant, plus intriguée qu'effrayée, ou quoi que ce soit. Je me demandais ce qui pouvait être la cause d'une telle coloration, qui me paraissait plutôt exotique. Je trouvais par ailleurs étrange que je ne l'aies pas noté auparavant, surtout au vu de la manière dont je le fixais depuis un bon moment. Mais je n'eus pas vraiment le temps de me concentrer sur ce détail qui pouvait être qualifié de surprenant, car mon interlocuteur m'offrit enfin un semblant de réponse.

Celle ci eut au moins le mérite d'être on ne peut plus directe. J'ignorais quelle part de vérité il y avait là dedans, et ne m'en souciais guère (passant moi même mon temps à manipuler le mensonge comme un moyen de défense, je ne pouvais exiger de mon prochain une franchise absolue). Je restais de marbre, pas plus touchée par les quelques compliments glisser dans ses phrases que par son invitation. J'appréciais cependant sa manière de faire, et c'est cela qui me décida à faire un choix. J'avais envie d'en savoir plus sur lui, qui plus est, et si j'en avais l'occasion, pourquoi pas de confirmer ou d'infirmer mes quelques doutes à son sujet au détour de la conversation. Je me détendais donc à peine, parce que je savais que le plus patient des hommes risquaient de fuir ma froideur au bout d'un temps, à moins d'avoir une bonne raison de se frotter à moi. Et ce d'une manière perceptible pour Barthe, qui m'avait paru au moins aussi observateur que je l'étais.

Je retins sans mal le soupir qui avait voulu me venir aux lèvres. Pourquoi fallait il toujours passer par la case "nom", quand on parlait avec quelqu'un ? Enfin. Je n'avais qu'à lui offrir le nom sous lequel je me faisais connaître ici et là. J'avais déjà de la chance qu'il ne m'ait pas reconnu. ça ne m'était encore jamais arrivé, une raison de plus de me méfier de tout inconnu trop sympathique à mon égard. N'oublions pas que j'étais suffisamment recherchée pour que mon superbe portrait passe régulièrement à la télévision (quand je dis superbe, ils auraient pu choisir une photo plus convenable, honnêtement). Je n'eus pas le temps d'esquisser une réponse que l'homme continuait. Nouveau venu. Ceci expliquait cela. Je me sentis d'autant plus tranquille, mais ne relâchais pas ma vigilance pour autant. je n'aurais voulu pour rien au monde être manipulée comme la dernière des imbéciles. J'attendais donc tranquillement et avec un calme apparent qui contrastait avec mon agitation intérieure habituelle qu'il ait fini de parler pour lui répondre. Sa dernière question, posée dans une attitude de défi clairement visible, me fit sourire un très bref instant.

"L'honneur, je ne sais pas. En tout cas, ma compagnie vous est acquise pour un moment." Je marquais une pause légère et ajoutais avec un sourire en coin. "Tant que vous ne faites rien pour me déplaire, bien entendu."

Je n'hésitais pas une seconde tandis que je reprenais, pour lui donner mon nom (ou ce qu'il croirait être mon nom, en l'occurrence) :

"Je m'appelle Eva. Eva Green, pour être tout à fait exacte. Il parait que c'est le nom d'une actrice française, si ça peut vous aider à le retenir."

Alors que son bras se levait pour demander de nouveaux verres, ce que je remarquais avec ce même petit sourire entendu, je baissais pour la première fois les yeux, et tombais sur mon propre verre, encore plein. Je le vidais à moitié malgré mes propres recommandations de début de soirée, à savoir l'idée de rester sobre. Je connaissais mes limites, et c'est pour cela que l'accident d'hier soir me paraissait inacceptable. Je saurais m'arrêter quand il le faudrait, quitte à arrêter mon fournisseur d'une manière brutale. Je ne comptais pas finir encore amnésique, d'autant plus que j'avais l'intime conviction qu'il pourrait se dérouler des choses encore plus intéressante que cette partie de jeu ce soir. Avec une pointe d'humour, j'ajoutais donc à mes présentations :

"Je vous préviens, si vous comptez me saouler, il va falloir casser la tirelire. Je tiens plutôt bien l'alcool, dirons nous. Mais je veux bien vous accompagner dans votre quête de l'oubli."

Ce qu'il voyait, c'était une femme qui était passée de la méfiance à une attitude tout à fait naturelle en un clin d'oeil. Du moins, l'espérais-je. Quand aux faits réels… Je n'avais pas abandonné mes soupçons, me demandant si cette invitation à passer un moment ensemble n'était qu'une simple tentative d'intégration, ou un moyen de savoir ce que j'avais vu. Celle ci n'avait elle pas été consécutive à mon observation avide de ses faits et gestes ? Mais, d'un autre côté, il était occupé par le fameux jeu avant de me proposer, si l'on peut dire les choses ainsi, de le rejoindre à sa table. Mentalement, je haussais les épaules. Puisque j'étais là, je comptais m'assurer de ce que j'avais vu, ou au moins essayer. Réellement, rien ne changea dans mon attitude apparemment détendue. Faisant fi de la subtilité et de toutes ces joyeusetés, je demandais d'un ton faussement désintéressé, entre deux gorgées de gin tonic :

"Alors ? A quoi jouiez vous avec le type qui vient de partir ?" Une petite hésitation, à peine perceptible, me saisit à ce moment, mais je finis par continuer, toujours aussi désinvolte "Je suppose que vous avez remarqué que j'observais la fin de votre partie… Vous avez gagné, n'est ce pas ?"

J'avais eu un temps de réflexion. S'il avait fait usage de pouvoir mutant, ou d'un quelconque autre artifice, il ne voulait sans doute pas que cela s'ébruite. Révéler que je l'avais bel et bien observé n'était pas forcément la chose la plus intelligente à faire. Si j''avais été à sa place, à la simple mention de la partie, j'aurais fait disparaître les preuves d'une manière ou d'une autre. Simplement, je n'étais pas à sa place, et il était temps pour moi d'expérimenter un peu les limites à ne pas dépasser avec mon "hôte". De toute manière, en plein milieu d'un bar, qu'aurait il pu faire si je lui avais déplu ? Et puis, il ne m'avait pas vraiment l'air du genre à recourir à la violence. Ses manières ne m'orientaient pas dans cette voie là. Je choisissais donc de jouer la carte de la sincérité, gagnant par la même occasion un peu de temps.

Le serveur apporta la suite alors que je finissais enfin le premier des verres qu'il m'avait offert. Un avantage incontestable à la situation : mes frais étaient pris en charge par mon interlocuteur, à ce que j'avais compris. Je n'allais tout de même pas me plaindre d'une telle situation. Si j'avais été seule, j'aurais dû repartir bien vite du bar. Comme d'habitude, je ne croulais pas sous la richesse. Avec un air qui lui paraitrait sans doute étrange (je songeais que cette soirée ne serait peut être pas si ennuyante que ça, maintenant que j'avais trouvé quelqu'un qui paraissait intéressant), je levais mon verre et prononçais doucement, avant qu'il n'ait le temps de rajouter quoi que ce soit :

"A la votre, j'imagine."

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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Mer 3 Aoû - 0:48

Ma main gauche se détendit, et mon visage se vit paré d'un sourire de félicité tout à fait honnête. Bingo. La jeune femme accepta de me tenir compagnie si je restais courtois, du moins interprétais-je ainsi sa condition. Qu'elle se rassure, je n'avais pas pour but de la faire fuir avant d'avoir la certitude qu'elle ne représentait pas un problème, et dans ce but, je ferais le nécessaire pour qu'elle n'ait pas de raison de me quitter. Par le passé, dans des situations similaires, j'avais courtisé, appâté, vendu des mythes à des plus gros poissons pour en tirer un intérêt important. Cependant, je ressentais chez elle quelque chose de différent qui me donnait quelques appréhensions à l'égard de mon entreprise. En effet, la pègre fonctionnait de manière simple, cyclique, pourvu que l'on évite les simples d'esprits et autres illuminés. Une fois que l'on connaissait la marche à suivre, les techniques étaient répétitives. Elle, c'était une autre paire de manches dans laquelle sans pour autant être novice, j'étais moins au fait des usages.

Elle me fit part de son nom. Eva Green. En effet, ce nom ne m'était pas inconnu, et quand elle révéla qu'il s'agissait de celui d'une actrice française, je me remémorais ma propre mère, qui était elle-même française, et qui m'avait sans doute fait voir quelques uns des films dans laquelle elle se produisait. Je hochai la tête, signe que je n'oublierais pas. Une information de cette envergure ne saurait être oubliée de toute façon. Cette femme était de loin l'une des personnes les plus importantes de ce périple, puisqu'elle constituait son premier véritable danger. Je ne pouvais pas me permettre de l'oublier, et son nom seul me suffirait à la retrouver si cette soirée n'était pas aussi concluante dans mon œuvre de sécurité que je l'espérais. Alors que mes réflexions se poursuivaient, que mes yeux s'attardaient sur chaque point notable de son apparence, sa taille menue, son maintien fier et droit, ses cheveux roux, ses yeux pénétrants, elle reprit la parole d'un ton presque moqueur, et m'amusa de sa capacité à encaisser l'alcool, et de ses conjectures.

Il ne me vint pas même à l'esprit qu'elle eut pu comprendre que la faire boire constituer une composante essentielle de mon plan. Du moins, qu'elle en ait compris le but. Peut-être voyait-elle en moi un homme désireux de lui faire perdre la raison pour profiter d'elle ? Je souris à cette idée, et portais mon verre à mes lèvres, le vidant pour garder une certaine contenance. Néanmoins, elle acceptait de boire en ma compagnie. C'était l'essentiel. Qu'il soit éloigné ou non, tout le monde avait un seuil de tolérance, et elle ne faisait pas exception. Quant à l'argent, je venais tout juste d'en gagner une somme suffisante, qui ne m'était d'aucune autre utilité. Le hasard faisait visiblement bien les choses. Tous les éléments étaient réunis, je ne pouvais pas subir d'échec ce soir, à moins de perdre la raison plus vite qu'elle. Je réprimai un soupire en pensant que cela était loin d'être impossible. Si sa tolérance était élevée, je ne doutais pas que la mienne l'était moins. Mon regard se raffermit sur le sien quand elle évoqua sans mon concours le point culminant de mon attention, le jeu qui m'avait opposé au dénommé Fred. A la suite de quoi, elle leva le verre que l'on venait de lui servir, geste auquel je répondis par le même biais. J'amenai mon verre au contact du sien, faisant tinter les récipients avec un sourire appréciateur.

« Non. A la nôtre. Je conçois que cette réunion improvisée est de mon fait, mais ne buvons pas pour moi. Buvons pour nous. A cette soirée qui, si le cœur vous en dit, et que je ne vous en décourage pas, promet d'être longue. »

D'une certaine manière, alors que ces mots coulaient de ma bouche sans que je les aie précédemment pesés, j'avais l'intuition que le mensonge prenait le pas sur la réalité, et que j'aspirais tout autant à réparer mon erreur qu'à passer une soirée en la charmante compagnie d'Eva, et d'oublier ne serait-ce qu'un temps les obscurs projets que je nourrissais à l'égard de cette ville. Me prenant au jeu, j'ingérai la totalité de mon verre et faisais à nouveau signe au serveur.

« Ne vous inquiétez pas pour mon argent. Le type en question est venu en conquérant me défier à un jeu d'allumettes duquel je suis coutumier et y a perdu suffisamment de plumes pour nous fabriquer des ailes à tous les deux. A moins bien sûr que vous ne vous y refusiez. »

Au terme de cette phrase, je me penchai en avant, un sourire secret sur le visage, et lui avançai sur le ton de la confidence :

« Une pareille occasion ne se reproduira sans doute pas deux fois. »

Pour accentuer le poids de ce fait, je pris dans la poche intérieure de ma veste les cent billets verts qui y reposaient et les posais sur la table. Il n'était pas difficile de faire le calcul. Avec pareille somme, même le plus chevronné des soiffards trouverait son compte. Je n'insistai cependant pas, considérant qu'elle pouvait mal interpréter mon offre, et la laissai maîtresse de son désir. En apparence, du moins, car l'impression de défi auquel elle avait vraisemblablement répondu favorablement, et au-delà même de mes espérances, était toujours présente. Mes coudes quittèrent la table, et je m'éloignai à nouveau d'elle pour m'appuyer contre le dossier de ma chaise. Mon corps ne trahissait plus la moindre nervosité, et si l'alcool y était pour quelque chose, l'engouement y était pour le reste. Il y avait si longtemps que je ne m'étais pas amusé de la sorte. Pourtant, mon objectif principal revint au galop.

« Maintenant, dites-moi, Eva. Pourquoi observer deux joueurs si intensément que vous l'avez fait ? Si j'en croyais mes yeux uniquement, j'aurais juré que « ma lumineuse présence vous avait aveuglée ». Mais peut-être ne suis-je qu'un piètre psychologue ? Cependant, j'ai peine à croire que vous ayez entendu par hasard et retenu mon prénom jusqu'à ce que je vous invite à me rejoindre uniquement parce qu'un jeu onéreux se déroulait à ma table. »

La légèreté de mon ton et le sourire qui s'y alliait donnait le ton. Aux yeux de n'importe qui, et je l'espérais, aux siens, j'étais en train de la courtiser. Ce que l'on attendrait de tout homme invitant une jeune femme à sa table après un simple échange de regards. Cependant, mon but était tout autre. Quelle que soit sa réponse, il était impensable que la moindre trace de doute ne passe pas dans ses yeux. Si elle avait compris que j'étais un mutant, c'était sans équivoque la raison de son attention. Je serais pour elle une sorte de bête de foire, et si elle ne me l'exposait pas en ces termes oralement, son comportement la trahirait. M'avançant de nouveau, souriant jusqu'à poser mes coudes sur la table, observant avec la plus grande attention, mes sens aiguisés à l'affût du moindre tremblement, je poursuivis mon introspection d'une phrase qui la ferait forcément réagir.

« Ai-je une chance avec vous, chère Eva ? »

Avant qu'elle ne puisse me répondre, de nouveaux verres nous furent apportés. Cependant, je ne la quittais pas un instant du regard. S'il y avait bien un instant où mon regard devait être ancré au sien, c'était bien celui-ci.

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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Mer 3 Aoû - 20:26

Barthe semblait réellement content de m'avoir vu céder à ses demandes. Etrangement, cette constatation n'eut pas l'effet qu'elle devait avoir sur des personnes normalement constituées. Il me paraissait, au premier abord, qu'il ne recherchait réellement que ma compagnie. Mais qui savait ce qui pouvait se cacher sous la plus innocente des invitations, finalement. Je ne pus donc m'empêcher de me sentir vaguement menacée par sa présence. Je cachais cela avec l'aisance que seule l'habitude peut conférer, mais je notais soigneusement dans un coin de mon esprit que mon instinct, cet instinct qui jamais ne m'avait trahi, m'indiquait que quelque chose clochait. Je remarquais en passant que mon interlocuteur me détaillait avec attention, ce que je ne lui reprochais pas de trop, étant donné que j'avais fait de même avec une curiosité manifeste.

J'interrompais d'ailleurs cet examen que je menais depuis mon arrivée, n'ayant pas envie de paraître trop concentrée. J'étais censée avoir accepté de passer une soirée tranquille où l'alcool nous tiendrait compagnie, pas un interrogatoire. C'est pour cela que quand il rectifia à sa manière les mots que j'avais prononcé en levant mon verre, j'eus à nouveau un sourire réjoui. Longue soirée, j'espérais bien. Je n'aurais pas eu envie de perdre mon temps pour dix minutes de partage, aucun intérêt à mes yeux exigeants. Il amena son récipient au contact du mien, et tandis qu'un tintement léger marquait ce geste, je rétorquais avec légèreté :

"Le coeur m'en dit, Barthe, le coeur m'en dit."

Celui ci vida à nouveau son verre, et je fis bien évidemment de même. Je me rendais compte à ce moment là que je n'avais rien mangé depuis un bout de temps, la veille en fait, et que je serais donc plus à même de m'imbiber d'alcool. J'avais bien choisi ma journée de jeûne. Je m'inquiétais un peu, réestimais à la baisse le nombre de verres que je serais capable d'ingurgiter sans dommage (ainsi que celui du nombre jusqu'au quel la manifestation de l'alcool serait une gaieté qui ne m'était absolument pas coutumière, au cas où) et écartais au final cette préoccupation. J'avais tendance à écarter trop de problèmes d'un haussement d'épaules, que voulez vous.

Comme il m'annonçait que je n'avais pas à me soucier de son argent, je souris. C'est ce que j'avais cru comprendre, en effet. Mon sourire disparut un instant, tandis que mon épineux problème (avais-je halluciné ou c'était il passé quelque chose d'inhabituel à cette table ?) me revenait en pleine figure à la mention de sa victoire. Une fois de plus, il glissa la possibilité que je décide de tourner les talons dans sa phrase, avant de se pencher vers moi et d'ajouter que c'était une occasion unique, comme pour me convaincre. Je croisais les bras tandis qu'il sortait quelques billets verts (comprenez, beaucoup de billets verts), qui représentait mon amie la plus versatile, à savoir l'argent. Je contemplais la somme, et en riant doucement, lui rétorquais, avec une certaine espièglerie :

"Refuser pareille occasion me semble être une véritable hérésie, en effet. La soirée ne sera peut être pas si longue que ça, au fond. Le temps se plait à nous filer entre les doigts quand on passe un bon moment. Incroyable, n'est ce pas ?"

Il s'éloigna de moi, s'appuyant contre le dossier de sa chaise, et je recommençais à l'observer d'un air songeur. Je changeais d'avis sur mon opinion de lui d'un instant sur l'autre. Une vraie girouette. Un moment je me disais qu'il était étrange qu'il veuille absolument m'avoir à sa table, moi parmi tant d'autres femmes, dont certaines bien plus séduisantes que la naine brune que j'étais. L'instant suivant, je ne considérais cette invitation que comme celle d'un nouveau venu en quête de compagnie, la voyant telle qu'il me l'avait présentée. Mais alors que je commençais à assimiler cette vérité là au détriment de mon instinct et de mes impressions, il relança le sujet de mon observation. Imperceptiblement, je changeais d'attitude. Alors que je m'étais peu à peu relâchée, je me concentrais à nouveau sur lui. Pourquoi insister ? Simplement par pure curiosité ? Etant naturellement méfiante, j'avais du mal à y croire. j'essayais cependant de n'en rien montrer, et ravalais mon trouble passager en croisant les doigts pour qu'il n'ait pas remarqué mon soudain intérêt.

A nouveau, il posa les coudes sur la table, ne me quittant pas une seconde du regard. Une attitude qui ressemblait tellement à la mienne que mes soupçons se trouvèrent renforcés. Objectivement, je me rendais compte que n'importe qui aurait considéré que Barthe me faisait la cour, d'une manière que j'aurais apprécié à un autre moment. Mais j'étais loin d'être n'importe qui, et je me demandais qui menait la danse à cette table. J'allais même jusqu'à m'imaginer qu'il me manipulait pour parvenir à cerner ce que je savais, ou pensais savoir de lui. Cette idée, aussitôt émise, je la rejetais sans y penser. Ridicule. Ma paranoïa finirait par me couper du monde entier, à ce rythme là. J'admirais d'un sourire la façon dont il m'avait l'air de rien retournée les paroles que je lui avais adressé plutôt fraichement il y a quelques minutes (autant dire une éternité), et attendais qu'il finisse de parler, remarquant au passage l'arrivée de nouveaux verres, pour choisir avec soin mes mots. Je fis mine de réfléchir, et lâchais avec un petit air innocent d'un ton où perçait une fois de plus une légère moquerie :

"Finement joué, mais je ne crois pas être aveuglée pour le moment… Pour faire simple, j'ai été intriguée de voir deux personnes se faire face avec autant d'aplomb. Vous et ce Fred… Vous affichiez la même assurance, alors que l'un de vous aurait dû céder au fur et à mesure. Et puis, vous savez, quand on est seule, on s'occupe comme on peut." Je pesais soigneusement mes mots dans ma tête, mais en apparence, je ne m'arrêtais qu'un très court instant. "Mais, même si ce jeu vous est familier, votre adversaire vous a un peu mis en difficulté avant que vous ne repreniez la main, je me trompe ? C'est en tout cas ce que j'ai cru voir, et je suis plutôt douée pour analyser les expressions corporelles. Quand au fait que j'ai retenu votre prénom... dites vous simplement que j'ai bonne mémoire."

Je baissais les yeux sur le verre plein qui me faisait face, ne voulant pas montrer mon intérêt pour sa réaction. Là. Soit il se contrôlait à la perfection, soit il laissait échapper un signe qu'il aurait préféré que je ne les observe pas trop attentivement, soit il était tout simplement innocent et je me faisais des idées. Je concluais en revenant à ce qui avait semblé être l'important pour lui, me penchant à mon tour vers lui et murmurant d'une voix un peu enjôleuse :

"Disons que vous êtes en bonne voie… Alors, Barthe, surprenez moi, profitez de votre avantage…"

J'avais relevé mes yeux dans les siens, l'observant curieusement. mon habituel tic qui montrait mon intérêt se manifestait : j'avais la tête légèrement inclinée, un peu comme un chien qui ne comprend pas trop ce qu'on lui dit (superbe comparaison, extrêmement flatteuse pour moi, je sais). J'espérais que les choses ne tourneraient pas trop mal, et je m'éloignais de la table, attrapant mon verre au passage pour en boire quelques gorgées. Je surveillais Barthe du coin de l'oeil, gardant mon sourire aux lèvres, même si intérieurement je n'avais jamais été si concentrée sur quelqu'un. Honnêtement, je n'aurais pas pu trouver mieux pour occuper ma soirée. Même si mes soupçons disparaissaient, l'homme était assurément un convive fascinant par bien des aspects. Il s'était adapté avec une facilité déconcertante à ma manière de m'exprimer. Ou alors il me ressemblait plus que je ne me l'imaginais. Je me rendais peu à peu compte que je ne menais pas la danse, pas cette fois ci.

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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Jeu 4 Aoû - 0:04

Une lueur passa dans ses yeux, qui disparut brusquement, avant qu'elle ne me réponde avec un sourire. A cet instant, j'en était assuré : elle ne savait rien. Tout au plus se posait-elle des questions, qu'elle m'exprima d'ailleurs sans détour. A la fois pour elle et pour moi, je souris. Empreint de la certitude de ne pas prendre de risque démesuré avec elle, pesant soigneusement les indices à ma disposition pour m'en assurer et passer outre l'émoussement que l'alcool imposait déjà à mon esprit, je me laissais aller à montrer l'amusement que m'intimait ses questions. Après avoir porté mon verre à mes lèvres, et diminué l'assèchement de ma gorge qu'avait provoqué mon appréhension quant à sa réaction, je lui répondis, ignorant sa réponse à ma dernière question comme n'importe qui soucieux de ne pas perdre la face l'aurait fait, à plus forte raison quand cette réponse n'était pas totalement désavantageuse.

« Vos interrogations me rappellent une citation, dont je ne me souviens plus exactement l'origine. « Sur une table de poker, il y a toujours un pigeon. Si au bout de quelques coups, vous ne parvenez pas à l'identifier, c'est que c'est vous, le pigeon. » Ces mots ne se bornent pas au poker, mais à tous les jeux qui opposent deux esprits. Fred, fort de son assurance et d'une probable vingtaine de victoires de suite, a pensé mener le jeu jusqu'au bout. Nous connaissions tous deux le jeu, mais l'un d'entre nous ignorait que l'autre le connaissait. Je n'ai fait que profiter de ces avantage. J'aurais été fou de ne pas le faire, alors qu'il était probable qu'il soit plus expérimenté que moi. Je me targue souvent de connaître les gens que je rencontre dès le premier regard. Il n'y faisait pas exception. Vous, en revanche... »

Mon verre fit une nouvelle fois le trajet de la table jusqu'à ma bouche. Je suivis son mouvement inverse jusqu'à la table, et ancrai un regard intense dans celui d'Eva. A cet instant, mes yeux devaient lui donner l'impression d'être sondée de fond en comble.

« Vous n'avez fait que me surprendre depuis que nos yeux se sont rencontrés pour la première fois. Cela n'a pas été pour me déplaire, puisque j'ai trouvé en vous un caractère infiniment plus acéré que ceux desquels je suis coutumier. Une femme qui dit « oui » trop rapidement se berce d'illusions. Vos pieds à vous sont fermement attachés au sol. Je me félicite de plus en plus, d'instant en instant de vous avoir convié à ma table. »

Je ne m'attardais que rarement à parler autant à mes vis-à-vis. Si ce n'était pas encore clair comme de l'eau de roche, j'en étais à présent persuadé : l'alcool s'insinuait en moi et perturbait mon être. Je détachais mon regard du sien pour le porter sur mon verre à moitié plein. J'eus un soupire joint d'un nouveau sourire.

« Désolé si je vous ennuie avec ce genre de considérations, et ces belles paroles. Je crois que comme vous le disiez, l'alcool aura bien plus vite raison de moi que de vous... »

Mon regard se déporta à nouveau sur elle, et mon sourire s'accentua, à la fois navré et empreint de regrets. Pourtant, je n'allais pas faire marche arrière alors que je me débarrassais enfin de mes doutes à son sujet, et du point noir unique de cette soirée. Je saisis mon verre et le levai comme je l'avais fait précédemment, et déclarai d'un ton solennel.

« Qu'il en soit ainsi, je compte sur vous pour me porter jusque chez moi une fois que le bar aura fermé. »

Mon verre fut instantanément vidé puis posé, et mon bras se leva à nouveau pour commander une nouvelle salve. La recherche de mutants avait déserté mon esprit, de même que la pensée qu'Eva puisse en savoir plus long sur moi qu'elle le devrait. Il ne restait à cette place qu'un homme soucieux de s'échapper l'espace de quelques heures d'un destin trop lourd. Mon regard se perdit quelque part au-delà de ma compagne du soir, sans rien fixer en particulier. En arrivant à Achaea, je m'étais fait la promesse de parvenir rapidement au sommet de mon art, de devenir l'un des éléments charnière de cette ville, et de provoquer un affrontement entre les différentes castes qui s'y démarquaient. La tension était trop présente entre mutants, humains, anti-mutants et anti-anti-mutants pour que la guerre se contente de ne se manifester qu'au travers de lois, d'escarmouches, et de manifestations. J'avais le pouvoir de manipuler les événements et de devenir le déclencheur de la prochaine guerre à venir. Pourtant, même si je m'en faisais un devoir, je n'avais aucune certitude claire de mes raisons. Et à chaque fois que j'avais l'impression de m'en approcher, elles me fuyaient inlassablement. Se battre sans savoir pourquoi était exténuant, et un moment comme celui-ci, où je pouvais m'échapper de mes doutes, était rare. M'y soustraire ne me rendrait pas service. Mes yeux reprirent possession des siens, et se firent témoins d'une innocence feinte à toute épreuve, quand je lui déclarais sur un ton amusé :

« Notez, je viens d'arriver à Achaea et n'ai donc par conséquent aucun chez-moi à proprement parler. Une cellule de dégrisement au commissariat le plus proche fera l'affaire. »

C'était tout à fait vrai. Depuis une semaine, je ne dormais tour à tour que chez des personnes différentes qui m'offraient l'hospitalité pour diverses raisons, certaines légitimes, d'autres forcées par ma mutation. Une fois de plus, je m'avançai et posai les coudes sur la table.

« Maintenant, oserais-je « profiter de mon avantage » en vous demandant de me parler de vous ? J'aimerais savoir quel genre de personne dispose d'un caractère si particulier. Et de manière plus générale, qui est la femme qui partage ma soirée. »

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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Jeu 4 Aoû - 20:59

Je commençais tout juste à sentir les premiers effets de l'alcool. A peine. J'étais plus souriante que d'habitude, mais pour l'instant, je n'avais pas à me soucier de commettre des erreurs, c'était tout simplement impossible. Et puis, Barthe répondit d'une manière qui me satisfaisait. Alors comme ça, il n'avait fait que jouer avec l'assurance de son adversaire. D'un sourire, j'admirais son côté sûr de lui. Même maintenant, mon interlocuteur montrait clairement qu'il savait ce qu'il faisait. Je l'écoutais avec attention me débiter des paroles que j'assimilais en les comprenant à leur juste mesure, jusqu'à ce que la fin de son discours. Ah. Si on en arrivait à moi, les choses risquaient d'être amusantes. Je restais patiente, ne montrant pas à quel point je voulais savoir ce qu'il pensait de moi, l'observant tandis qu'il portait son verre à ses lèvres. Son regard concentré m'hypnotisait presque et je restais plantée dans ses yeux tandis qu'il me semblait voir mon âme elle même. Je m'amusais moi même de cette petite comparaison, et recevais la suite comme ce qu'elle était, une flatterie pour mon ego. Je disais doucement, entre deux de ses phrases, tandis qu'il soupirait légèrement :

"Je fais souvent cet effet là, paraît il… Mais vous êtes bien le premier à être aussi directe. Quand à ce que vous pensez de moi ...une charmante demoiselle qu'on nomme la vie s'est chargée très vite de me débarrasser de mes illusions."

Et il n'y a rien de plus efficace, ajoutais je pour moi même. Je n'étais même pas certaine qu'il m'ait entendue, car aussitôt après, il s'excusa de m'ennuyer avec ces paroles. Comme s'il m'ennuyait. Il serait vite au courant si c'était le cas : je ne perdais jamais mon temps avec une chose aussi idiote que l'ennui. S'il venait à m'ennuyer, je plierais bagages. Je n'avais que faire de quelqu'un qui ne suscitait pas mon intérêt. Pourquoi prendre le risque d'être découverte, reconnue, si c'était pour passer un moment désagréable et assommant. Je me rendis compte que je commençais bel et bien à ressentir la présence d'alcool en moi quand je lâchais un rire réjoui. Après avoir vidé son verre et commandé une fois de plus de nouvelles boissons, Barthe eut un court moment d'absence avant de repartir avec humour. Je répondais, amusée, la main sur le coeur dans l'expression de l'innocence incarnée :

"Et bien, je vous fais la promesse solennelle de vous raccompagner à l'endroit de votre choix. Je vous aurais bien proposé une nuit chez moi, mais il se trouve que je suis aussi dépourvue de domicile que vous. J'habite chez un… ami."

J'avais toujours du mal à qualifier mon hôte. Ami, c'était un peu faible. Barthe avait la bougeotte. A nouveau il s'était approché de la table pour y poser ses coudes. je restais quand à moi en retrait appuyée bien tranquillement contre le dossier de ma chaise qui ne me paraissait à présent plus si inconfortable que cela. Guidée par la voix doucereuse de mon gin tonic, j'avais mis mes interrogations au placard, et profitais simplement de ma petite soirée improvisée. J'étais pour une fois totalement apaisée, ne me faisant pas de soucis pour mon anonymat qui se portait toujours très bien grâce à mes petites précautions. Cependant, l'homme posa la question qu'il ne fallait pas poser. parler de moi, la bonne blague. je passais mon temps à fuir toute personne un peu trop curieuse sur ma personne. Je me figeais un instant avant de boire quelques gorgées de gin pour me donner une contenance. Ma réaction avait été trop appuyée, mais vu comme il avait déjà l'air parti pour le beau pays que la boisson nous faisait découvrir, je doutais qu'il remarque quoi que ce soit. C'est donc avec un certain calme que je rétorquais, après avoir vidé lentement le récipient que je tenais entre les mains :

"Parler de moi ? Il n'y a pas grand chose de passionnant à dire. Née dans le Massachussets, enfance difficile, orpheline à dix ans, après mon arrivée à Achaea." Je haussais les épaules avec un soupir désabusé. J'avais optée pour une demi vérité. Tout ce que je venais de dire était rigoureusement exact. "La femme qui partage votre soirée n'est ni plus ni moins qu'un être humain qui s'est pris en pleine face les caprices du destin. Et Dieu sait qu'il est capricieux, si toutefois le destin existe. Je trouve ça très surfait, cette notion grandiloquente de destin, personnellement." Je concluais en souriant. "Ça aide à forger un caractère particulier, figurez vous. Comme beaucoup, je suis ce que le monde a fait de moi… avec la petite touche personnelle en plus, bien entendu."

Avec mes paroles un peu sèches et distantes, et ce ton soigneusement mesuré pour que je paraisse affectée par la mention de mon passé, je ne cherchais pas à jeter un froid sur notre charmante conversation. je voulais simplement signifier clairement que je n'appréciais pas de parler de ce qui c'était passé avant, pour des raisons qui lui paraîtraient évidentes, normalement tout du moins. Les raisons étaient tout autre, en réalité. J'étais mal à l'aise quand on s'intéressait de trop près à moi. la part de moi même qui était encore humaine manifestait ainsi ce que l'on nommait la culpabilité. Et coupable, je l'étais. Je n'avais pourtant pas de regrets. J'avais fait avec ce que j'avais, c'est à dire strictement rien. Interlude mis à part, j'espérais qu'il n'insisterait pas trop. Je reprenais à son intention, apaisée en apparence, et lui signifiais d'un léger sourire que j'étais ouverte à d'autres questions.

"Je n'ai pas grand chose à dire sur moi, au final. Parlez moi plutôt de vous… D'où venez vous ? Pourquoi avez vous choisi la douce ville d'Achaea parmi tant d'autres plus paisibles ? Pourquoi venir ici où les conflits sont légions ? S'il y a une chose que je suis indubitablement, c'est une curieuse invétérée ! Je préfère milles fois parler des autres que d'un sujet aussi insignifiant et ennuyeux que ma petite personne… Je trouve même déjà que je me suis trop appesantie sur la question, c'est vous dire."

Je regardais le verre qui remplaçait le récipient vide, me demandant vaguement s'il était raisonnable de le boire. En fixant cet objet, je me rendais compte que je ne jouais pas tant que ça la comédie. J'étais réellement affectée par mon passé. Preuve s'il en était : c'était lui qui guidait mes pas, mes gestes, mon souffle, tout découlait de ce "avant", au détriment de "maintenant" et de "après". L'avenir, cette abstraite notion, ne m'intéressait pas. Le présent m'était une torture autant qu'une joie. J'étais si étonnée d'être encore en vie, de sentir mon coeur battre, mais si désolée de respirer alors que tous m'avaient abandonné. Chaque fois que je prenais un peu de cet air, fluide vital, il me rappelait que mon coeur était à vif. Il me rappelait que malgré toutes mes nouvelles connaissances, j'étais seule. Je relevais pourtant les yeux sur Barthe, et une expression de défi sur le visage, le pressait gentiment :

"Alors, racontez moi tout… Racontez moi comment vous avez réussi à attirer l'intérêt d'une femme comme moi, pourtant exigeante ?"

Je ne bus pas tout de suite mon énième gin - j'avais vite cessé de tenir le compte - préférant rester entièrement maîtresse de moi. Je n'avais pas la soudaine envie de me mettre à rire sans raison apparente, même s'il me faudrait au moins un ou deux verres pour en arriver là, à priori.

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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Ven 5 Aoû - 21:24

Mes yeux s'étaient posés sur mon verre l'espace d'un instant, le temps nécessaire pour le porter à mes lèvres et le reposer, quand j'entendis son rire. Ils se relevèrent soudain, et se posèrent sur elle, mais pas sur ses yeux, comme ils avaient pris l'habitude de le faire, mais sur sa bouche qui s'était fendue pour rire. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine, alors que je me rendais compte que c'était la première fois que je l'entendais rire. Devais-je cela au hasard, ou aux verres que nous avions bus ? Je penchais pour la seconde hypothèse, influencé par les mots dont elle me faisait part, et qu'elle continuait à prononcer, qui ne manquaient pas de me laisser songeur et attristé. Je n'aurais sans doute pas dû lui demander de détails sur son passé. Il était courant pour une personne aussi intelligente qu'elle me semblait l'être d'avoir vécu une ou plusieurs tragédies. En effet, la différence fondamentale différenciant l'enfant et l'adulte, à mon sens, était les résolutions qu'il prenait tout au long de sa vie, et qui avaient pour mobile la plupart du temps des malheurs. Bien sûr, cette conjecture était purement subjective. Je devais ma nature présente à mes décisions de gosse. Faire usage de mon pouvoir pour jouer avec les autres. C'était ainsi que tout avait commencé. C'était comme si à l'instant précédent ce choix, deux voies se présentaient à moi qui dirigeraient mon futur différemment l'une de l'autre. Pour un manichéen, cela aurait été le Bien et le Mal. J'avais choisi le Mal, avais grandi en le proférant, avais mûri en le recherchant, jusqu'à le devenir.

Eva parla encore, et je souris et grimaçai tour à tour, suivant les sujets qu'elle évoquait. Le bref résumé qu'elle me fit de son passé me laissa quelque peu abattu. Mais d'un autre côté, cela raviva mon intérêt. J'avais moi-même vécu comme un orphelin un certain temps. A la seule différence que j'avais choisi cet état pour ne pas faire de mal à mes parents et ne pas jouer avec eux comme je jouais avec le reste du monde. Pour les protéger, je m'étais détaché d'eux, et je n'avais cessé de faire la même chose pour chaque personne qui aurait pu marquer ma vie. A aujourd'hui vingt-sept ans, j'étais aussi solitaire qu'un gosse transféré chaque semaine dans une nouvelle école, les parents en moins. Avoir choisi ma solitude ne signifiait pas que je la subissais pas. Je remarquai soudainement que ma mâchoire se serrait et desserrait sans cesse, comme un tic, chose que je n'aurais pas toléré sans avoir un verre dans le nez. Si je n'en montrais aucun signe, en règle général, je souffrais de cette solitude. Mais mes raisons étaient justes, et je n'étais pas prêt à cesser de la repousser, et aucune quantité d'alcool n'y changerait rien.

Finalement, la discussion de ma compagne dériva sur moi, et j'eus un léger mouvement de recul. Devais-je lui parler de moi en ces termes ? La franchise n'était pas mon fort, et je craignais d'avoir déclenché par mes questions la fin de cette entrevue. La joie ne semblait déjà plus au rendez-vous, et continuer sur cette voie ne ferait que nous plonger plus profondément encore dans nos introspections respectives. Je me mordis un instant la lèvre inférieure, comme hésitant, mais mon regard s'illumina soudainement quand elle reprit la parole, disant sans détour que j'attirais son intérêt. Ce ne fut qu'ainsi que je parvins à prendre ma décision. Elle saurait.

« Je peux expliquer très simplement cet intérêt : nous nous ressemblons. Je le ressentais déjà au début, à la manière dont vous appréciez ma franchise, là où toute autre femme m'aurait giflé avant de partir. »

Un immense sourire coupa court cette explication, alors que je tendais une main en guise de défense, et prenais un ton implorant.

« Ne le faites pas, Eva, je vous en prie, j'ai encore beaucoup à vous dire. »

Je m'étais représenté la scène, et la trouvais risible, et y avais réagi sans penser que peut-être, elle ne s'en amuserait pas. Mais peu importait. Elle comprendrait. Tant bien que mal, je repris mon sérieux, et me raclai la gorge avant de reprendre.

« Donc... Hum... Oui. Je suis désolé de vous avoir brusqué en vous remémorant des souvenirs peu enviables. Mais maintenant, j'en suis sûr, nous nous ressemblons beaucoup. C'est sans doute là la raison de nos attirances respectives. Comme vous n'aimez pas la notion de Destin, je n'aime pas la notion de Dieu. J'ai aussi subi beaucoup de la part de la vie, mais je sais qu'il en va de ma faute. Je viens d'Allemagne – peut-être en des lieux moins bruyants vous en seriez vous rendue compte à cause de mon accent –, où j'ai vécu en solitaire, avant de me faire adopter par un homme qui m'a rejeté il y a de cela peu de temps, en m'ayant au préalable signifié à maintes reprises qu'il n'avait que faire de moi. Je suis sans attache dans un pays inconnu, dans une ville inconnue, dans un bar inconnu, avec une douce inconnue. Mais rien ne m'empêchera d'apprécier le présent à sa juste valeur. »

Je vidai mon verre et en commandai d'autres, avant de remarquer qu'Eva ne touchait pas au sien. Je haussai un sourcil à cette vision, mais m'en détournais pour m'intéresser à la jeune femme.

« Je vous vois exactement de la même manière, et je vous comprends comme beaucoup ne vous comprendrons jamais. Aussi, je m'excuse encore de vous avoir fait songer au passé. N'en parlons plus, et focalisons-nous sur le présent... »

Alors que je parlais, une cloche fut frappée à trois reprises, informant les clients du bar que la fermeture approchait, et qu'il était temps de passer une dernière commande. Comme mu par un réflexe fulgurant, mon bras se leva, mon index et mon majeur pointés vers le plafond, faisant signe avant même de recevoir la commande passée précédemment que j'en voulais deux autres. Si mes calculs étaient exacts, il restait une demi-heure avant que le bar ne ferme ses portes. Je me souvins alors qu'Eva n'avait vraisemblablement plus l'intention de boire. Mon regard se reporta sur elle, et clignèrent pour chasser le mouvement de balancier que l'alcool lui infligeait.

« Vous... Ne buvez pas ? Ne vous forcez pas si vous n'en avez pas l'envie, Eva, je les boirais pour vous. »

Un clin d'oeil lui fut envoyé, appuyé d'un petit rire. Puis je repris contenance, passant machinalement une main dans mes cheveux, et m'éclaircissant la gorge une nouvelle fois.

« Où en étais-je. Ah, oui, le présent. Croyez-moi, j'aurais accepté votre invitation de bon cœur, et il ne me viendrait pas un instant l'idée d'importuner votre ami de ma présence. Une cellule de dégrisement fera parfaitement l'affaire. J'ai toujours voulu en visiter une. »

Un nouveau rire franchit la barrière de mes lèvres autant pour la bêtise de mes paroles que pour leur manque de vérité. Depuis que j'étais arrivé à Achaea, je n'avais pas cessé de profiter de telles occasions pour dormir dans un lit qui n'était pas le mien, et la présence d'un colocataire n'avait jamais rien changé à la donne. Cela me rappela qu'elle m'avait posé la question de ma présence à Achaea. Une question légitime, et qui aurait mérité que je m'étende de longues minutes pour le lui faire comprendre, si je devais être franc. Mais mes projets pour cette ville n'étaient pas à discuter à la légère autour d'une table de bar.

« Je suis venu pour vivre. J'entends par là vivre comme beaucoup ne vivront jamais. Les tensions et et les conflits sont nombreux, et je veux les voir de mes propres yeux quitte à y laisser la vie. Même [la mort est une expérience qui mérite d'être vécue.] Je comprendrais que vous me traitiez de fou, mais voyez. Cela m'a permis de faire votre rencontre. Ca ne peut pas être une mauvaise chose, pas vrai ? »

Alors que je terminais, mes trois verres et les trois siens étaient posés sur notre table. Je remerciais d'un sourire le serveur, et m'attaquais directement au premier. Si je devais aussi boire la consommation de ma compagne, m'y prendre au plus vite serait de bon augure. Une fois le verre vide, je le posai, toussotai, et repris possession de ses yeux.

« Croyez-moi, s'il y a bien une chose que je ne regrette pas depuis mon arrivée à Achaea, c'est cette soirée et votre rencontre. Avoir eu l'occasion de me voir en vous regardant est une occasion que je me serais voulu d'avoir manqué. Vous n'êtes pas comme les autres, et avez pour moi une signification particulière, que peu de gens auront jamais pour moi. »

Je ne le mentionnai pas, mais j'espérais que personne n'ait plus l'importance qu'elle avait pour moi à l'heure actuelle. Sólveig avait manifesté en moi un certain intérêt, mais je savais que quelque part, sa rencontre n'aurait pas dû se dérouler comme elle s'était déroulée. Avec Eva, j'avais l'impression de ne rien regretter. Poussé par un élan de désir de partage, je levai mon second verre et l'avançai vers elle.

« Buvons au moins à ça, après, nous partirons si vous ne voulez plus rester ici. »

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Kaileen Moore
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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Sam 6 Aoû - 21:00

Tandis que je parlais des joyeux déboires dont la vie m'avait cadeau, je remarquais que Barthe réagissait avec une certaine empathie. Visiblement, je parvenais à faire bonne figure. Un jeu d'acteur, rien de plus, me répétais-je sans cesse. Je tentais de me persuader que je n'étais pas attristée par ma petite existence, simplement écoeurée. Je réprimais un sourire triste tandis que je m'astreignais à continuer dans cette voie, me rendant bien compte qu'en réalité, j'était devenue presque fière de ce que j'avais construit. La violence, la haine, tout, je les acceptais volontiers, puisqu'elle rompait la monotonie désespérante du quotidien, me permettait d'imaginer ce beau jour où ma vengeance serait accomplie, où les mutants n'auraient plus à craindre les hommes. Ce beau jour, où sans but, je tirerais ma révérence, et laisserais d'autres profiter de ce que j'avais voulu construire. Je ne m'imaginais pas recommencer à vivre dans la paix et le calme. Pas fait pour moi, plus maintenant. J'avais au moins quelque chose à quoi m'accrocher, n'était ce pas déjà un bon début ? Je savais pertinemment que certains n'avaient pas même pas droit à un point d'attache, quelque chose qui, au fond, donnait envie de continuer à vivre, à se démener dans la toile cruelle que dessinaient les hommes.

Je remarquais immédiatement son mouvement de recul alors que je l'incitais à me parler de lui. Inquiète à l'idée de l'avoir froisser, je le regardais faire preuve de son hésitation, et continuait en lui signalant de manière anodine au détour d'une phrase qu'il avait su suscité mon intérêt. Je m'apprêtais à ajouter qu'il n'était pas obligé de me répondre s'il ne s'en sentait pas le coeur, sachant très bien que j'aurais apprécié qu'il fasse de même, quand il décida de m'apporter une réponse. Je l'encourageais d'un sourire, avant de laisser apparaître une expression de surprise tandis qu'il abordait nos ressemblances. Je retrouvais une contenance, et l'observais plus attentivement encore tandis qu'il enchaînait, me tirant à nouveau un léger rire avec ces idioties. J'aurais bien voulu lui signaler que je pouvais arranger le coup de la gifle s'il y tenait tant que ça, mais avant que je n'ai le temps d'ouvrir la bouche, il m'enjoignit de n'en rien faire.

Implorant dans la voix, mais avec un large sourire sur le visage, Barthe s'amusait de la situation. Cela contrastait avec le sérieux dont il avait fait preuve jusqu'à maintenant, et je souris de plus belle en notant que l'alcool n'y était sans doute pas pour rien. Apparemment, il avait l'alcool joyeux, tout comme moi. Encore heureux, après réflexion. Je n'avais jamais aimé me coltiner des imbéciles rendus violents, arrogants, ou autres comportements indésirables après avoir passé une bonne soirée. Je me rappelais au passage que j'aurais dû mal à le conduire dans une cellule de dégrisement, même s'il y tenait tant… Comment dire… Il serait sans doute mal vu par mes amis les policiers qu'une criminelle mutante recherchée assez activement débarque en pleine nuit avec un type à moitié bourré. Je n'avais pas envie de m'engager dans des situations potentiellement dangereuses, pour nos santés respectives autant que pour la relation qui naissait entre nous à la faveur d'un soir. Je me promettais d'en faire mention, tandis que lui se raclait la gorge avant de repartir.

J'acceptais son excuse d'un signe de tête, avec un petit sourire qui fondit rapidement, simplement pour lui dire que c'était déjà oublié sans l'interrompre, puisqu'il ne faisait pas mine d'arrêter de parler. Voilà qu'il devenait plus que bavard avec ça. J'avoue que cela me convenait parfaitement. Etant donné que je lui avais demandé de parler de lui, et qu'il obtempérait, j'étais satisfaite de nouveau du tour que prenait la conversation. Il parlait d'attirance respective, je souris à nouveau, de savoir que lui aussi s'intéressait à moi, même s'il me l'avait déjà dit à plusieurs reprises. Mon sourire disparut, alors qu'il me comptait pourquoi il avait quitté l'Allemagne. J'avais totalement délaissé mon verre à présent, suspendu à ses lèvres, avec une compassion qui était parfaitement sincère, je m'en rendais compte à présent. L'alcool m'aidait à m'ouvrir réellement aux autres… l'alcool et ce petit quelque chose qu'avait Barthe et qui m'attestait au delà des mots qu'il y avait bien de la ressemblance entre nous, indubitablement.

"Une autre personne aurait prononcé les mêmes mots que vous, je lui aurai sans doute ri au nez en attestant qu'il était impossible qu'il me comprenne… Mais, vous êtes différents, et chaque fois que vous ouvrez la bouche, je m'en rends compte un peu plus. Je suis navrée que votre passé soit aussi lourd que le mien… N'en parlons plus comme vous dites. Se vautrez dans le souvenir de malheurs passés n'a jamais aidé personne à avancer, n'est ce pas ?"

Je souris tristement, encore une fois. Pendant qu'il parlait, la cloche annonçant la fermeture prochaine du bar avait fait retentir son tintement dans la salle, au dessus du brouhaha des conversations. S'il n'avait pas été en train de parler de sujets qui m'inspiraient tout sauf la joie, j'aurais sans doute ri à nouveau, devant son réflexe immédiat de commander deux verres de plus alors même que la salve précédente n'avait même pas atteint notre table. Avec un air contrit, je baissais les yeux sur mon gin tonic encore bien présent dans le récipient, relevant la tête juste à temps pour voir le clignement appuyé des yeux de Barthe. Je réprimais mon envie de faire une remarque moqueuse, devant sa visible difficulté à retrouver une vision normale, et le laissais causer une fois de plus. Dés qu'il eut fini sa phrase, ponctuée d'un clin d'oeil, je rétorquais finalement tout de même :

"Je doute que ce soit très raisonnable. Quelques bières et déjà plus capable de voir correctement ?"

Il repartit alors à l'assaut de sa cellule de dégrisement, et j'entrouvrais la bouche, voyant là l'occasion de lui signaler que je ne pouvais pas y faire grand chose, avant de la refermer aussitôt, sans qu'il ne remarque quoi que ce soit, je crois. Qu'est ce que j'aurais pu lui dire ? Que la police et moi n'étions pas très bons amis, et que m'aventurer là bas m'attirerait des ennuis. Je ne le connaissais pas assez pour me risquer à lui dire que je n'étais plus du côté de la loi depuis bien longtemps, et je ne voulais de toute manière pas le signaler. Nul doute que l'information jetterait un froid, surtout s'il était normal. La seule chose dont je pouvait le suspecter, c'était d'être un mutant capable de manipuler l'esprit des gens par contact, et encore : ses explications à ce sujet me paraissaient plus que raisonnables quoi que mon esprit tordu en dise. Et puis, comme je m'en doutais, maintenant qu'il avait décidé de répondre à mes questions, plus rien ne pouvait l'arrêter…

"Vous traitez de fou ne me serait pas venu à l'idée… Pourquoi croyez vous que je suis toujours ici ? En fait, j'ai besoin de tout ça, de ces conflits, de ces risques, j'ai besoin de savoir qu'ici bas je risque ma peau, pour des idioties la plupart du temps. Ça m'aide à me raccrocher à quelque chose et à ne pas trop vivre dans le passé. Et si ce goût du risque partagé a permis notre rencontre, décidément, non, ce n'est pas une mauvaise chose."

Je lui offrais un pâle sourire, que je tentais de rendre plus apaisé, étant parfaitement honnête quand je parlais. C'était une chose assez rare pour moi que de confier tant de choses, et dire tout haut ce que je me disais tout bas me déstabilisait un peu. Il fallait que j'arrête de boire. Bientôt je lui avouerais tout ce que je n'avais jamais dit, pas même à Lukaz, à ce rythme là. Que mes parents me manquaient encore par moment, malgré toute la rancoeur que j'éprouvais à leur égard. Que chaque fois que je levais les yeux vers les quartiers résidentiels les plus aisés, le douloureux souvenir de l'incendie de mon domicile familial me revenait. Que je me revoyais toujours mettre le feu à tout ce qui avait eu une importance. Que je me souvenais encore du visage de la première personne que j'avais tué, que je me souvenais parfaitement de la nausée qui m'avait saisi, de chacun de mes tremblements et de mes regrets à cet instant. Que je me demandais toujours quand j'avais cessé d'être humaine, en ayant peur de la réponse. Toutes ces choses que je cachais au fond de moi sous mon assurance, ma moquerie, sous mon apparente absence de doutes. Tout ce que je voulais garder secret à n'importe quel prix. Je ne voulais pas redevenir l'être pitoyable que j'avais été tant d'années. J'en étais là de mes pensées, de plus en plus perdue par ce qui me revenait par vagues, quand il leva son verre à nouveau, m'invitant à faire de même. je sursautais au contact glacé de la réalité, et levais mon verre, mes yeux grands ouverts et à nouveau les deux pieds sur terre, pour le meilleur et pour le pire.

"À notre rencontre, à la vie et ses caprices, et à l'inconnu."

Tout ce qui avait conduit à cette soirée, en somme. Je vidais d'une traite mon verre, cette fois ci, comme pour enterrer ce qui avait essayé de se frayer un chemin au fond de moi. Je regardais Barthe vider un à un les verres qui lui restaient, et ajoutais tranquillement en souriant à la fin de ma dernière phrase :

"Je préfèrerais rester ici, mais ça ne va pas tarder à fermer, alors… Par contre, si vous n'êtes pas trop pressé, je profiterais volontiers encore un peu de votre compagnie. Mais je vous laisse le temps de finir vos verres, pas de soucis. Je m'en voudrais de vous priver de l'oubli que vous recherchez."

Je l'observais, et finis par récupérer un des deux verres de gin qu'il restait. Je le sirotais entre deux coups d'oeil inquisiteurs vers mon convive, qui se débattait avec les commandes restantes. Je n'avais plus mal au crâne, mais commençais à me sentir réellement moins lucide, ce qui ne me réjouissait pas de trop. J'attendais patiemment, observant un silence qui ne me gênait pas le moins du monde, et le laissais régler nos consommations. Quand il fallut se diriger vers la porte du bar, je lui tendais une main secourable pour l'aider à marcher à peu près droit, craignant presque qu'il tombe, avec la tête qu'il avait. je levais les yeux au ciel dans une expression simulée d'exaspération, avant de lui sourire largement. J'arrivais quand à moi à marcher normalement, étant encore loin de ce stade où le monde se mettait à tanguer autour de nous. Je profitais de l'occasion pour lui proposer, me mordillant les lèvres à cause de mon hésitation :

"Vous ne préfèreriez pas venir chez moi le temps de vous remettre les idées en place ? Mon ami est souvent de sortie la nuit, tout comme moi, et je doute que cela le dérange. C'est plutôt petit et en désordre, mais pour la fin de la nuit… Il faudra vous contenter d'un canapé, par contre, je n'ai pas de lit à vous proposer."

Je préférais prendre le risque de devoir expliquer à Lukaz qui était le type bourré à mon bras plutôt que de prendre le risque de me retrouver enfermée en prison pour une durée indéterminée. Je suppose que c'était compréhensible, mais je n'allais pas l'expliquer ainsi, et préférais lancer avec le ton ironique auquel je l'avais habitué de suite :

"J'aurais mauvaise conscience de vous abandonner à ce stade, j'ai l'impression que vous allez tomber si j'ai le malheur de vous lâcher, et je crois n'avoir violer personne pour l'instant, si mes souvenirs sont bons. Vous serez mieux dans un appartement, aussi miteux soit il, que dans une cellule, je suppose. Et puis, c'est plus proche que le commissariat"

Je lui laissais libre choix sur la question, mais il ne me gênerait nullement qu'il reste avec moi un peu plus. J'avais la ferme impression que nous avions encore des choses à nous dire. Peut être pas dans l'immédiat, mais je savais que je n'en avais pas fini avec lui. Je voulais en savoir plus. Je m'arrêtais à l'extérieur du bar, regardant les rues mal éclairées. Je lâchais ensuite doucement Barthe, et me tournais complètement vers lui, le temps d'avoir une réponse. J'en profitais pour attraper un bout de papier et y griffonner mon numéro de téléphone :

"En tout cas, quel que soit votre choix, prenez ceci. Je doute que vous partagiez cette envie, effrayante comme je le suis, mais garder le contact me donnerait l'impression de pouvoir parler à quelqu'un qui puisse… comprendre, pour reprendre vos propres mots. C'est toujours plus facile de se sentir en confiance quand on a pas peur de laisser échapper une de ces choses que l'on dissimule aux autres pour éviter leur mépris et leurs paroles de réconfort vides de sens."

Plantée dans l'entrée de l'établissement que nous venions de quitter, je patientais, dans la fraicheur agréable de cette soirée d'été, avec un petit sourire en coin,et en le gratifiant de ce regard noisette un peu dur, empli de concentration, qu'il devait commencer à connaître.

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MessageSujet: Re: Chassé-Croisé. Dim 7 Aoû - 22:49

L'air frais du dehors me fouetta le visage, et me fit ciller à plusieurs reprises. Néanmoins, mon visage afficha un sourire de béatitude. Je n'avais pas remarqué jusque là à quel point l'amas de corps dans la salle percluse du bar avait fait grimper la température. Pour un instant, j'oubliais jusqu'à la présence d'Eva, malgré la prise qu'elle avait sur ma main, et pris une intense inspiration à deux pas de la porte, sur le trottoir, le nez levé vers le ciel, une main passant dans mes cheveux, les rabattant tant bien que mal après les ravages du vent. Les pans de ma veste claquaient dans mon dos, et je fourrais presque machinalement ma main droite dans la poche intérieure gauche, à la recherche d'une cigarette. Eva revint dans mon champs de vision, et prit la parole, sur un ton hésitant que je ne lui connaissais pas. Fermement campé sur mes jambes pour ne pas faire un pas hasardeux et malheureux qui me jetterait face contre terre, je l'écoutais. Présenté sous cet angle, sa proposition était alléchante. Je devinais sans qu'elle ne me le dise que la situation n'en serait pas à sa première occurrence, qu'elle ou son colocataire avaient déjà convié des inconnus à séjourner chez eux. Je ris de bon cœur quand elle évoqua et nia la possibilité d'un viol. Je ne m'étais jamais trouvé dans une telle situation, mais j'avais les moyens d'enrayer toute menace par un simple contact, ce qui décupla mon hilarité.

En résumé, la proximité du lieu, son confort apparemment tout relatif, la compagnie qu'elle m'offrait en faisait une possibilité bien plus attrayante qu'une nuit en dégrisement. Je haussais mentalement les épaules, me promettant d'assouvir ma soif de connaissance plus tard, souriant légèrement à cette idée. Alors que je me préparait à lui faire part de mon accord, elle renchérit après s'être positionnée en face de moi, et m'avoir lâché, me tendant un bout de papier que je remarquais à peine, alors que sur sa surface apparaissaient déjà des chiffres couchés là à la hâte. Je restais sans voix, le regard tiraillé entre une légère colère et une profonde tristesse. J'avais précédemment eu un doute à son sujet qui se confirmait de seconde en seconde alors qu'elle parlait : Eva n'était pas en paix avec elle-même. Moi-même, je regrettais beaucoup de mes actes passés, mais pas à son niveau. Elle s'en voulait, et j'avais l'impression de trouver en son regard, en sa voix, en son être tout entier une souffrance qu'elle désirait s'infliger à elle-même à la recherche de l'absolution. Un instant, je me demandais si mes conjectures étaient exacts, et si tel était le cas, si elle en avait conscience. L'instant suivant, je croisai son regard, sans réussir à sourire.

Je me rendis compte que ma main était toujours fixée dans ma poche, mes doigts serrés autour du filtre d'une cigarette. D'un geste lent et mesuré, et sans la quitter des yeux, je sortis le tout du recoin de ma veste, et portai le tube jusqu'à ma bouche, le coinçant entre mes canines et mes incisives gauches, avant d'avancer la main vers le bout de papier qu'elle me tendait. Je m'en saisis sans mot dire, et le rangeai au fond de ma poche. Changeant de téléphone comme de chemise, je me promis de penser à recopier ce numéro dans l'un de mes calepins pour l'avoir toujours sous la main. Mais plus tard. Pour l'heure, j'avais des choses à lui dire qui ne pouvaient pas attendre, et être dites dans cet instant fragile et douloureux. Nous nous tenions déjà à moins d'un mètre l'un de l'autre, mais avec une assurance dont je ne me serais pas senti capable une minute plus tôt, je réduisis encore cette distance, et plaquai avec fermeté et douceur mêlées mes mains sur ses épaules. Sans doute désapprouvait-elle ce contact, mais cela m'était égal. Pas à cause de l'inhibition de l'alcool, mais de ma détermination à lui faire entendre mes paroles.

« Eva, écoutez-moi attentivement. Vous ne m'effrayez pas, et quoi que vous fassiez, quoi que vous disiez, vous ne parviendrez pas à m'effrayer. Nous partageons quelque chose de bien plus profond qu'une simple compréhension. Nous nous « connaissons », nous savons ce que ressent l'autre même sans savoir ce qu'il a fait. Si nous étions rencontrés plus jeunes, peut-être porterions-nous sur le dos les mêmes fardeaux. Alors ne pensez pas pouvoir me faire fuir un jour. Je vous appellerai. »

J'avais prononcé mes dernières paroles en lâchant ses épaules et en me redressant, tapant à travers ma veste le numéro qu'elle venait de me donner. Après moi ma main fouilla dans l'une de mes poches et en sortit armée d'un briquet à essence dont le capuchon sauta avec son tintement caractéristique. Mes yeux ne quittèrent pas ceux d'Eva malgré la difficulté que je ressentis à viser le bout de ma cigarette avec la grande flamme, et quand l'instrument rallia ma poche, une épaisse fumée s'élevait lentement entre nos deux visages. Avec un humour teinté de mystère, dernier vestige de l'éclair de lucidité qu'avaient causé ses paroles, j'ajoutai :

« Par ailleurs, vous auriez plus de raisons que moi de ne pas souhaiter me revoir. »

Quels que soient ses méfaits, je refusais de croire qu'ils soient aussi répréhensibles que les miens. J'avais tué, directement et indirectement, j'avais menti, traqué, fait chuter des empires de la pègre, j'avais ri au nez des flics, fait taire tous ceux qui savaient la moindre chose sur moi, réduit à néant des couvertures, volé mes semblables, dépossédé des vieillards, fait cocu des milliers d'hommes, avilie des milliers de femmes... J'avais joué avec tant de vies qu'il ne restait presque rien de bon dans la mienne. Néanmoins, ce soir, avec cette femme, je n'avais aucun désir de nuire, et visiblement aucun besoin non plus. Et pour l'heure, j'étais satisfait ainsi. Je finis, après plusieurs secondes par sourire, conquis par cette certitude, et dans un geste hasardeux, je l'empoignai par la taille pour lui signifier d'une part que je ne la quittais pas encore, d'autre part pour pouvoir m'accrocher à quelque chose, et l'entraînai dans une direction tout à fait aléatoire.

« Mais n'en parlons plus et allons chez vous. Je suis curieux de voir où vous habitez, et qui partage votre vie. Oh, et ne vous en faites pas, un canapé me conviendra très bien. N'oubliez pas que j'avais prévu de dormir à même le sol. »

Alors, nous commençâmes à marcher. Il s'avéra, bien sûr, que je n'avais pas pris la bonne direction dès le départ, et je payais cette impétueuse fantaisie par un brutal et vacillant demi-tour. Je grommelais dans ma barbe des excuses, mais en oubliais immédiatement la raison. Dans la nuit, sur la route, nous ne dîmes pas un mot, à l'exception de quelques exclamations outrées, amusées, telles que « attention, crotte de chien ». Non, ce trajet bien qu'il le fut de paroles, ne fut pas avare de rires francs ou étouffés. Toujours était-il que je profitais de ce calme, cette entracte, pour faire un point approximatif de ce qu'était la jeune femme pour moi. Plus le temps passait, et plus j'avais du mal à la considérer comme une simple personne ayant partagé de mon temps, comme on en rencontrait tant. Nos mots, nos regards, les rôles que nous jouions, m'avaient amené peu à peu à la considérer au-delà de ce que l'on ressentait pour n'importe qui. Je ne parvenais cependant pas plus à la considérer comme une amie. Ce ne fut qu'au bout d'une longue réflexion qui m'amena à trébucher plus d'une fois et à ronchonner un incompréhensible « désolé », que je parvins à mettre un nom sur elle : moi. Elle était ce que j'avais vu de plus proche de ce que j'étais. Quant à ce que cela impliquait... Je n'en avais pas la moindre idée, et à chaque fois que je tentais d'y réfléchir, un voile impénétrable tombait sur mon esprit, qui me me faisait dire à voix haute, sur le ton de l'évidence, quelque chose comme : « trop bu ».

Quand nous arrivâmes à destination, je n'aurais sur dire combien de temps cela nous avait pris. Mais j'étais sûr de deux choses : d'abord, l'air nocturne avait balayé le plus handicapant de l'alcool, ensuite, je ne désirais qu'à retrouver une position assise. Toujours fermement accroché à elle, je pénétrai dans l'appartement. Son colocataire était absent. Avec un sourire moqueur, je lui dis la phrase que l'on disait généralement dans ces circonstances-là :

« C'est coquet, ici. »

Il n'en était rien. Mais je n'étais pas du genre à m'en incommoder, et le lui signalais d'un petit rire. Elle m'entraîna jusqu'à un canapé dans lequel je m'affalai, avant de relever les yeux vers elle et de demander si je pouvais fumer, ce à quoi elle me répondit non, sur un ton ferme et définitif, qui me défendit d'insister. Prenant peu à peu mes aises, tout en conservant la retenue d'un invité quelque peu indésirable, je passai une jambe par-dessus l'autre, le dos plaqué contre le dossier, avant de me tourner vers la jeune femme, et d'une fois de plus, la jauger de mes yeux.

« Merci beaucoup, Eva, et désolé de vous donner tout ce mal. Je me ferais tout petit et je partirais dès que je serais en état de marcher seul. Dans quelques heures, ajoutais-je, pour moi-même. Ne vous sentez pas obligée de me supporter tout ce temps. Allez dormir si vous le désirez. »

Au fond, ce n'était pas ce que je désirais, mais il me semblait naturel, même ivre, de le préciser. Avoir été invité était une chose, être une gêne en était une autre. Mes mains se levèrent jusqu'à mon visage et le frottèrent énergiquement pour chasser quelques volutes encore des effets de l'alcool. Après quoi mes yeux se posèrent une fois de plus dans les siens et les contemplèrent. Après un instant d'hésitation, je repris, lui proposant une autre alternative.

« Ou bien restez avec moi et discutons encore. »

C'était là ce que je désirais réellement. Plus que dessaouler, plus que dormir, plus que la quitter, rester en sa compagnie et poursuivre ce qui n'avait fait que commencer, dans le bar. Il restait encore beaucoup de non-dit, de chaque côté de la balance, et même si je n'avais aucun désir de l'y forcer, je souhaitais qu'elle me dise ce qu'elle n'avait pas dit jusque là. Si elle ne le souhaitait pas, n'importe quoi d'autre ferait l'affaire. Sa voix seule m'était appréciable, et sa compagnie plus encore. Voilà pourquoi je ne la brusquerais pas.

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Chassé-Croisé.

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