Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan

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MessageSujet: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Mer 5 Jan - 13:46


Dylaan McCraftMarek I. Hopkins

     Marek enchaînait les échecs depuis quelques temps, il ne savait pas exactement depuis quand, et s'en moquait assez pour tout dire, la seule chose qui importait pour le moment était qu'il ne parviendrait pas à éduquer toute la ville à ce rythme. Le balafré avait décidé de poursuivre l'éducation d'une famille qu'il avait débuté il y a près d'une semaine, juste la veille du nouvel an. Le nouvel an ! Encore une fête qui rassemblait un bon nombre de personnes sans grand intérêt, et qui n'amenait que débauche et pêchés, l'Américain n'était pas du genre à approuver ce genre de comportement, au contraire même, malgré la folie qui l'habitait, le trentenaire était capable de comprendre lorsqu'on ne respectait pas sa vie. Certains disaient que de consommer de la drogue ou des choses de ce genre était taxable de « dépasser les limites », mais Mark n'acceptait pas cette définition, on ne pouvait pas dépasser des limites fixées par des humains, seules les limites fixées par un esprit supérieur pourraient être respectées par les pauvres mortels qu'ils étaient. Ce que le fou ne supportait pas, c'était qu'on détruise sciemment, certaines mauvaises langues avançaient le fait qu'il fasse aussi subir des dommages à son corps, mais c'était une évolution nécessaire, et non une destruction de son mental et de son organisme. L'évadé avait donc entreprit de sonder les participants de ces fêtes dans le but de pouvoir leur faire comprendre à quel point la vie était fragile, et à quel point il fallait s'y accrocher. Malheureusement, les quelques élèves qu'il avait trouvé ne s'étaient pas révélés très intéressants, et ils avaient tous lamentablement échoué. Le professeur s'était donc retrouvé sans élève malgré ses nombreuses tentatives, il avait donc décidé qu'il était temps d'aller rendre visite à la famille de sa dernière brebis égarée.

     Un homme dans la cinquantaine qui s'était promené dans la rue au mauvais moment comme diraient certains, mais Marek savait que c'était pour une bonne raison. Le hasard n'existait pas, lorsqu'il tombait sur quelqu'un, c'est que cette personne lui était destinée, et qu'elle devait apprendre quelque chose de lui, ou lui en apporter une autre. L'hostile n'était nullement croyant, et bien qu'il se prenait pour un Inquisiteur, cela ne signifiait pas qu'il s'imaginait pouvoir être la main de dieu en personne et pouvoir décider de la vie ou de la mort d'une personne. C'était tout le contraire même, jamais, depuis son évasion, le professeur n'avait tué quelqu'un de ses mains, si l'on exceptait l'homme qui l'avait envoyé à l'hôpital après lui avoir fait frôler la mort, et à qui il devait la large cicatrice qui barrait sa jugulaire de part en part. Marek pensait simplement qu'une chose arrivait parce qu'elle devait arriver, pas forcément dictée par un dieu quelconque ou par une force invisible, mais simplement parce que ça devait arriver, ni plus, ni moins. L'hostile avait donc considéré que cet homme était là pour une bonne raison, le professeur cherchait un élève depuis longtemps, il avait enfin réussi à en trouver un digne de ce nom, et contrairement à son mode habituel d'apprentissage, il avait décidé de sacrifier cette personne pour éduquer sa famille. On pouvait voir ça comme un manque de compassion, il est vrai que le balafré n'avait laissé aucune chance à cet homme de s'en tirer, il avait purement et simplement effacé son esprit sans plus de cérémonie, une âme sans souvenir est comme une coquille vide, c'est la vie d'une personne, ses expériences passées, ses souvenirs, heureux ou malheureux. Sans souvenirs, on ne pouvait vivre, et même une personne amnésique les conservait, c'est ce qui faisait qu'elle pouvait encore avancer. Marek avait donc découvert qu'en supprimant tous les souvenirs d'un être il pouvait la transformer en légume, lui ôter toute raison de vivre, et il utilisait donc ce don de temps en temps. Seul bémol, pour supprimer totalement les souvenirs d'une personne, la balafré devait sacrifier un de ses souvenirs, ce qui signifiait qu'il avançait tout doucement vers sa mort cérébrale à lui aussi. Un compte goutte qui signifiait qu'en éduquant les autres, il se sacrifiait lui-même.

     Tout comme le tableau « Le Châtiment Céleste » que Marek affectionnait tout particulièrement, il considérait que pour permettre à l'humanité d'évoluer, il devait sacrifier une partie de son être. Ce tableau représentait un chevalier en guerre contre le mal, qui terrassait le Diable de son épée en le pourfendant, mais, éclaboussé par le sang de Satan il finissait consumé par le mal, et mourait dans d'atroces souffrances. C'était assez sombre comme pensée, mais jamais le fou ne pourrait envisager de semer la mort sans être châtié, il n'était pas sot, même si on le considérait comme un fou et qu'il n'infligeait pas le coup fatal de sa main, l'Américain savait tout de même qu'il risquait d'être jugé lorsqu'il se trouverait dans le purgatoire. Quel enfer lui serait réservé, le trentenaire y songeait souvent, les porte du septième enfer, faussement appelé « paradis » par les pauvres ères de cette Terre, lui seraient fermées, il le savait très bien, mais le châtiment ultime serait d'être envoyé à l'enfer des criminels, lui qui exécrait ces personnes. Des pensées bien sombres, mais naturelles et tout à fait justifiées pour un être aussi complexe que le fou. La mort n'était pas l'absence de vie, elle était simplement sa continuité. Marek ne craignait pas la mort, il s'interrogeait seulement sur ce qu'il y avait après, et comme lorsqu'on se pose des questions, on fait place à des éventualités, ainsi le balafré tentait d'envisager ce qu'il pourrait bien subir plus tard. Mais ces interrogations ne duraient jamais bien longtemps, advienne ce qu'il adviendra, l'hostile ne changerait rien à sa vie et à sa quête solitaire pour propager son ode à la souffrance, et permettre à des âmes égarées de reprendre le bon chemin dont elles s'étaient écartées, aveuglées par la vie que leur offrait ce monde de débauche et de vices.

     Fidèle à son objectif, l'hostile prit donc le chemin de la demeure de l'homme qu'il avait mis à l'épreuve, même s'il n'avait laissé aucune chance à sa brebis de s'en sortir, le balafré savait que si cela pouvait permettre à sa famille de pouvoir évoluer, et espérer gagner une vie intéressante après tout ceci, le père de famille qu'il était aurait donné sa vie. Marchant dans la ruelle, le fou sourit légèrement, déformant ses cicatrices, ce qui lui valut le regard de plusieurs passants intrigués. Ignorant les observations des autres, Marek songea que les humains possédaient un gros talon d'Achille : leurs sentiments. Même « l'intéressant » que l'hostile avait rencontré il y a longtemps à présent, s'était fait trahir par des « amis » ou des « amours », et pourtant les humains s'obstinaient à désirer avoir des amis et des amours, alors que cela ne leur apportait que tristesse et mauvais souvenirs. Ils étaient aussi complexes que lui lorsqu'on y pensait, les humains refusaient de souffrir, lorsque le balafré commençait ses apprentissages, ils versaient des larmes et suppliaient, alors qu'ils ne faisaient qu'en redemander en ce qui concernait l'amitié et l'amour. Totalement contradictoires, mais comme les médecins avaient cessés d'essayer de comprendre l'esprit fou du balafré, ce dernier avait cessé de comprendre la manière de fonctionne du cerveau humain. Ses pas le menèrent tranquillement dans un quartier résidentiel assez cossu, ce qui signifiait certainement que la famille devait habiter une jolie petite demeure digne de la famille Américaine typique. Avançant dans la zone résidentielle, Marek sentit des souvenirs remonter à son esprit, il vivait aussi dans une belle maison lorsqu'il était jeune, ses géniteurs étaient riches, et le magnifique briquet en argent que le fou conservait en témoignait, comme une relique appartenant à un passé oublié depuis longtemps. Le maître des souvenirs oubliait les siens, à force de visionner ceux des autres, il ne venait à ne plus savoir lesquels lui appartenaient, c'était quelque peu étrange, mais normal lorsqu'on pensait comme l'Américain. Ce dernier était conscient que son pouvoir nécessitait un esprit différent, un esprit évolué, et comme il voyait sa « folie » comme une évolution et non une tare, tout s'expliquait clairement. Son don le détruirait lui-même, il savait qu'il ne pourrait pas vivre toute sa vie comme ça, surtout lorsqu'on savait qu'il utilisait son don en permanence. Marek provoquait sa mort, un suicide sur la durée, tôt ou tard, ce don trop envahissait achèverait l'esprit de son hôte, et ce jour là, ça signifierait que son œuvre était terminée, il s'en irait donc sans protester.

     Arrivé devant la maison qu'il avait visionné dans les souvenirs de l'homme, Marek poussa la barrière du jardin avec un geste familier, celui du père de la famille. S'avançant dans l'allée, le balafré arriva devant la porte, tourna la poignée pour constater qu'elle était verrouillée, il glissa donc la main dans le pot de fleur posé à coté de l'entrée et trouva la clé. Les souvenirs étaient réellement utiles, surtout lorsqu'il les absorbaient tous. Le balafré introduit la clé dans la serrure, ouvrit le loquet, puis pénétra dans la demeure après avoir poussé la porte. Comme à son habitude, ou plutôt celle des souvenirs qui l'habitaient, il referma la porte à clé, et entra dans le salon où il attendit. Des minutes passèrent, des heures finalement, puis la nuit commença à tomber lorsque le bruit familier de la voiture de « son » épousé entrait dans l'allée du garage, s'en suivit les bruits de pas des enfants sur le bois de la terrasse de l'entrée, et enfin la clé qui tourne dans la porte. Les deux enfants et leur mère entrèrent dans la maison en bavardant, et Marek tendit son don pour toucher leur esprit, frôlant un peu plus celui de l'épouse de la brebis qu'il avait formatée, et un cri se fit entendre, rapidement suivit d'un bruit de quelque chose qui chute. Elle avait été effrayée par la sensation étrange du don du balafré qui pénétrait dans son esprit, laissant choir sur le sol les courses de la journée. Sans plus de cérémonie, l'Américain marcha jusqu'à dans le couloir et les trois paires d'yeux se levèrent vers lui avant que des expressions de crainte et de surprise se dessinent sur les trois visages. Prenant les devant, le balafré ôta un souvenir à chacun tout en prenant la parole d'un ton léger ou filtrait la folie qui l'habitait.

     « Ce qui est effrayant dans la mort de l'être cher, ce n'est pas sa mort, c'est comment on en est consolé. »

     Leur père, leur époux n'était pas encore mort, mais du point de vue cérébrale si. Marek n'allait pas encore les tester, il voulait surtout lire leurs pensées, savoir la souffrance qu'ils éprouvaient de voir une personne qu'ils aimaient dans la souffrance. Il caressa leur esprit, préleva quelques souvenirs de joie au passage, puis ôta celui qu'ils avaient de son arrivée ici, ne tenant pas à interférer directement dans leur vie, un peu comme un homme quo observait des animaux dans leur environnement sauvage et ne voulait pas modifier leur comportement. Puis il sortit de la demeure sans s'attarder, avant de lâcher les souvenirs volés à quelques dizaines de mètres de leur maison pour qu'ils reprennent leurs esprits. C'était pratique, qui contrôle les souvenirs contrôle le monde lorsqu'on regardait cela de plus près. L'hostile se laissa aller dans les rues de la ville, ses pas le menèrent près d'un bâtiment abandonné comme il les aimait, ces lieux étaient intéressants, plein de souvenirs plus où moins joyeux. Alors que son regard de jais se posait sur la façade du dit bâtiment, il sentit un esprit entrer dans la zone de son don, et sans même tourner la tête, il se mit à sonder cet esprit. La personne devait sentir un léger frôlement de son esprit, comme une sorte de mal de tête mais sans douleur, seulement dérangeant, comme d'une mouche dont on ne parviendrait pas à se débarrasser. Souvenirs de haines, de souffrance, de destruction de son corps, un junkie ? Lâchant un léger soupire contrit, comme si le professeur qu'il était venait de tomber sur un élève qui n'avait pas bien apprit sa leçon, il prononça quelques mots d'une voix toujours aussi étrange, qui informait tout de suite ses interlocuteurs sur son état mental.

     « Les drogues sont un défi à l'esprit. »

     Et il daigna enfin détourner ses yeux sombres de la façade triste du bâtiment abandonné, pour les poser sur la silhouette qui venait de se dessiner non loin de là. Dans le demi-pénombre de la nuit qui se levait doucement, et du soleil restant camouflé par les gros bâtiment alentours, il constata que c'était une femme. Le reste importait peu, tout comme le fait qu'elle soit une femme d'ailleurs. Marek ne percevait pas les gens de la même manière que les autres, la seule chose qui l'intéressait chez lui, c'est ce qu'ils avaient dans leurs souvenirs, rien d'autre.

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Lun 17 Jan - 21:31

Je crois que je m’amusais plus quand on était à Las Vegas. Les jeux, l’argent et les touristes, j’avais toujours quelque chose pour m’occuper. Achaea était une ville différente. D’accord, c’était pour ça qu’on était venu ici, pour sa différence justement, pour tout ce qu’on nous avait raconté à propos de cet endroit. Mais faire relativement gaffe depuis plus de six mois, je crois que ça m’ennuyait. J’étais entrain de penser à ça pendant que je regardais la grande vitre crasseuse de ce bâtiment abandonné dans lequel je me trouvais. Vu la distance par rapport au sol je devais juste être au premier étage mais j’étais même plus certaine de la façon dont j’avais atterri là, pour l’instant tout ce qui m’importait était de faire courir mes doigts le long de la fente qui barrait cette fenêtre et donnait naissance à des nervures et des bris de verre de ci de là. C’était comme un grand dessin abstrait, je pouvais imaginer n’importe quoi au travers et ça me plaisait. Dans le silence de cette pièce nue et poussiéreuse, j’entendis la résonance de ses pas dans mon dos. Ah oui c’est vrai que je n’étais pas seule, j’avais oublié que ce jeune homme était là. Il dégagea mes cheveux et m’embrassa au creux du cou sans provoquer chez moi la moindre réaction autre que mes doigts qui quittèrent la surface lisse et froide de cette vitre. Ce n’est que lorsque je sentis ses mains entourer ma taille que je me mis à sourire et que je me retournais pour être face à lui. Quel était son prénom déjà ? Austin ? William ? Peut-être qu’il s’appelait Sean.. quoique non, ça me revenait, je ne le lui avais pas demandé en fait. Je quittais mon monde de fascination et ma mémoire refaisait surface doucement.

J’avais planté Clay dans l’après-midi parce qu’on s’était encore engueulés et au prix d’un effort surhumain j’avais choisi de partir avant que les choses ne tournent encore d’une manière qu’on allait tous les deux regretter. Il n’avait qu’à crever dans sa culpabilité et faire un autre trou dans le mur. J’étais tellement en colère contre lui que j’avais fait la sourde oreille devant ses appels désespérés, je m’étais contentée de claquer la porte d’entrée et de disparaître en évitant de dire que je rentrerai ce soir puisque je ne savais pas moi-même si je le ferais. Cette incertitude devait le ronger, cette pensée me faisait énormément plaisir d’ailleurs. Bref, j’avais rejoint le centre-ville à pieds bien décidée à flâner jusqu’à ce que les lieux commencent à être trop fréquentés pour moi. Je n’aime pas vraiment le monde, oh je supporte la foule une fois sur deux mais apparemment aujourd’hui, non. C’était un jour de boulot comme tous les autres pour les travailleurs d’Achaea, une dure journée pour la plupart. Ou peut-être pas, peut-être que j’emmagasinais seulement le ressentiment de leur psychée, ou que leur résidus se muaient en amertume quand je les absorbais malgré moi. Ce n’était pas un bon moment pour ça, ma coupe était déjà presque pleine à cause de mon connard de copain et si je ne voulais pas me faire remarquer en public cette fois-ci, je devais m’éloigner au plus vite. Je connaissais bien mes limites maintenant, je savais à quel instant je pouvais potentiellement craquer. Lorsqu’une espèce de pétasse blonde me bouscula en me regardant de haut par exemple, je sus que si je la suivais il se passerait quelque chose de pas terrible pour elle. Demi-tour.

C’est en venant par ici que j’avais croisé Austin, ou peu importe son prénom mais il avait bien une tête à s’appeler Austin alors autant le nommer comme ça à son insu. Il était posé avec sa bande de potes sur un muret à quelques rues de là. Je lui avais taxé une clope alors que j’avais un paquet plein dans ma poche et il avait décidé de m’accompagner faire un bout de chemin. J’avais rien dit, j’étais pas d’humeur contrariante. Tout en marchant, il avait fait la conversation, je dis bien « il » parce que moi j’étais pas du genre à blablater sur tout et n’importe quoi et qu’en réalité je l’écoutais à peine, j’étais trop occupée à dénicher l’occasion. J’entendais juste un murmure continu à côté de moi dans lequel je captais de temps à autre un mot ou deux alors j’hochais la tête ou je le regardais pour lui faire croire que je le trouvais intéressant. Et puis j’avais vu ce bâtiment et je m’étais stoppée net devant. Personne aux alentours et visiblement personne à l’intérieur non plus. Mon mignon petit chaton Austin n’avait pas l’air de comprendre, ni d’être très emballé à l’idée de rentrer là-dedans mais bien souvent, il suffit d’un regard un peu appuyé et d’un sourire rempli de promesses pour convaincre les gens dans son genre. Je l’avais laissé dehors pour pénétrer dans l’immeuble mais l’invitation silencieuse avait fait son effet.

A en juger par la façon dont il me regardait à présent, je ne pense pas qu’il regrettait de m’avoir suivie. Je savais me montrer.. encourageante, et il avait encore les traces d’un rouge à lèvres qui de toute évidence m’avait appartenu. Mais ça n’irait pas plus loin, c’est dommage finalement parce qu’il me rappelait quelqu’un que j’appréciais bien, ici, dans cette ville. J’aurais bien fait la comparaison.. Enfin la question n’est pas là, je ne l’avais pas amené dans cet endroit uniquement pour lui faire une fausse joie. C’était mon style je vous l’accorde mais pas cette fois. Pour le moment j’étais entrain de redescendre de mon nuage et la souffrance repointait le bout de son nez. Un mince sourire étira mes lèvres que je me mis à mordre.

Ferme les yeux..

Il protesta, un peu, pas longtemps puisque j’insistais de façon capricieuse en me collant contre lui. Je parcourais son torse, riche d’un sous-entendu tactile qui ne trouverait jamais sa finalité. Il s’exécuta quand mon index frôla sa joue et ma main lui banda ses paupières closes doucement. A mon tour je fermais les yeux en penchant ma tête contre la sienne, je pouvais déjà sentir la rémission qui envahirait la moindre petite parcelle de mon être. J’étais impatiente…

Et une seconde plus tard il s’écroula dans un bruit sourd contre le ciment sale.

La vague de soulagement qui me traversa des pieds à la tête me força à soupirer en me redressant. Ce fut une nouvelle moi qui rouvrit des yeux froids. Malgré ma sensation d’être d’excellente humeur, les compteurs n’étaient pas pour autant remis à zéro et le compte à rebours recommençait immédiatement. Cet état ne durerait pas longtemps mais si j’avais voulu aller au bout, je ne sais pas réellement ce qui serait advenu de lui : mon inconnu sur qui mon regard se mit à flotter entre compassion et mépris. Je m’accroupis quelques instants pour constater le soulèvement de sa poitrine à chaque respiration régulière. Enfin non, j’avais surtout remarqué ça parce que j’étais entrain de fouiller dans sa veste à la recherche de ses cigarettes, quoi, j’étais plus à ça près. J’en allumais une en me relevant pour partir. Non, ça ne me faisait ni chaud ni froid. C’était pas non plus comme si je l’avais tué, il fallait voir le bon côté des choses. C’était un mal pour un bien, mon bien à moi. Il était humain, j’étais mutante. Je gagnais.

Tranquillement, je redescendis au rez-de-chaussée et me dirigeais vers l’entrée que j’avais emprunté tout à l’heure, à l’arrière. Mais en sortant j’eus cette sensation bizarre qui me gâcha relativement mon plaisir. Je ne pouvais l’expliquer clairement mais c’était pas spécialement agréable, ni même très bon signe. Vous savez quand on a un rapport très fort à tout ce qui touche l’esprit, on fait sans difficultés la part des choses entre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Dans le cas présent ça ne l’était pas. Je connaissais les migraines, les maux de tête liés à mon pouvoir et le fonctionnement de mon esprit. Je n’avais pas mal, on aurait dit.. plutôt comme une sorte d’interférence à ma libre pensée. J’entrepris alors de faire le grand tour pour revenir devant la façade de l’immeuble, histoire de voir avant d’être vue. C’est ainsi que je découvris l’ombre d’une personne face au bâtiment que j’avais quitté une minute ou deux plus tôt.. Je m’approchais sans dire mot, sans même me faire d’illusions quant à ma discrétion auprès d’elle, non de lui.. pourquoi ça ne m’étonnait pas ?

Ce qu’il dit coupa l’élan de ma démarche nonchalante par le ton qu’il employa, je fronçais les sourcils et mon regard se fit plus perçant. Génial, j’étais tombée sur le jeté du coin. La première pensée qui me traversa la tête fut qu’il avait sans doute de la chance que je vienne de chasser la pression. Il faut dire aussi que je ne savais pas à qui j’avais affaire.. Je jetais mon mégot par terre en recrachant une fumée grise puis sans ménagement, je croisais les bras et prit un air sceptique. Ça ne m’empêcha pas de recommencer à marcher vers lui. Il éveillait une sorte de méfiance chez moi mais pas suffisamment pour que j’ai sincèrement peur. La peur était quelque chose que par ailleurs je ne connaissais que peu, principalement parce que je n’avais pas souvent conscience de l’éprouver, si c’était le cas.

Et l’intrusion dans celui des autres n’en est pas un ?

Parfaitement, je faisais passer un message là. Et cela même si je n’avais pas l’air passablement outrée par une remarque qu’il n’avait pu faire qu’en fouinant là où il ne devait pas. Je comprenais mieux la gêne impalpable de tout à l’heure du coup.. Quoiqu’il en soit je n’étais pas tellement affectée par son observation. « La drogue, c’est mal » c’était comme qui dirait du réchauffé et j’avais pas pour habitude de prendre en compte ce que pouvaient bien me dire des inconnus, tout mutant qu’ils puissent être. J’étais pas fière de ce que je faisais, encore moins de certains états que j’avais pu atteindre, mais j’en avais pas honte non plus et au fond, ça ne regardait que moi. Ma dérision était justifiée

J’aime les défis, c’est un de mes petits travers.

J’imaginais qu’il n’avait pas choisi ce terme dans le sens où je venais de l’utiliser mais je m’assurais ainsi d’acquérir son attention, même si elle n’avait pas l’air tout à fait complète. En arrivant à exclure ses yeux d’ébène et l’intonation de sa voix, j’aurais dit qu’il était paumé dans un quartier qui n’était pas le sien ; et qu'il se trompait de personne. Ça n’allait pas ensemble, ou ça allait trop bien ensemble j’arrivais pas vraiment à me décider..

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Lun 31 Jan - 16:22

     La brebis s'avança doucement vers le fou, avec une démarche pleine de nonchalance comme si elle se moquait du monde. Les yeux d'ébène de l'homme étaient plantés sur sa silhouette, il ne la regardait pas dans les yeux, ne cherchait pas à capter son regard, il ne se limitait pas à ce genre de chose, il voyait un tout, la brebis qu'elle était dans son entièreté. Se concentrer sur une partie de son être ne servirait à rien, ça ne ferait que lui faire rater des subtilités, les gestes et les autres choses qu'elle ferait pendant ce temps. De toute manière, il se fichait pas mal de savoir si elle inclinait la tête à droite ou à gauche, si elle tortillait ses cheveux de nervosité, ces choses là c'était de la connerie, Marek lisait dans les souvenirs de la jeune femme, il n'avait nul besoin de savoir plus de choses. A quoi bon se fatiguer à chercher comment interpréter des gestes lorsqu'on avait la source de ces raisons à porter de main, où plutôt à portée de don. Elle lui demanda si l'intrusion dans l'esprit des autres n'en était pas un, Marek l'observa en silence alors qu'elle semblait songer à quelque chose, il ne parlait pas pour ne rien dire, non qu'il était économe ou avare de parole, mais simplement que lorsqu'on n'avait rien de mieux que le silence à offrir, mieux valait se taire. La parole est d'argent, le silence est d'or, et malheureusement peu de personnes se rendaient compte de cela. La brebis reprit la parole pour lui dire qu'elle aimait les défis et que c'était un de ses travers. Le regard du fou qui brillait d'un fond de folie se teinta d'une goutte d'intérêt qui disparue rapidement dans les limbes de son regard. Le trentenaire aimait les joutes verbales, les traits d'esprit, mais les paroles s'envolaient et son ton ainsi que les mots qu'il employait étaient trop étranges pour les gens « normaux », il se concentrait donc uniquement sur l'esprit des gens, ni plus, ni moins. Le balafré planta enfin ses yeux semblables à des gouffres sans fond, dans ceux de la jeune femme, puis il prit la parole avec son arrière-plan de folie.

     « L'intrusion est une chose relative, si vous ne vouliez pas que je puisse lire dans vos souvenirs ma brebis, la nature aurait jugé utile de vous doter d'un moyen de défense, ou de ne pas m'offrir la possibilité d'y lire. »

     C'était son point de vue en effet, si la nature avait jugé bon de lui offrir ce don merveilleux de lire dans les souvenirs des gens comme dans un livre ouvert, il n'y avait pas de raison pour qu'il ne s'en serve pas non ? Il l'observa encore, quelques secondes de silence, la brebis éveillait son intérêt avec ses travers, mais chaque chose en son temps, il voulait d'abord l'analyser sous tous les angles, comme un enfant qui vient de recevoir un nouveau cadeau et qui voulait en connaître tous les secrets. Sauf qu'il n'y avait nul besoin de contact corporel pour ce faire, il lui suffisait de tendre son don qui rodait autour de lui comme des bras invisibles, et de s'en prendre aux souvenirs si précieux de la jeune brebis égarée. De toute manière, si elle lui répliquait qu'elle aussi la nature lui permettait de pouvoir s'adonner à son vice, il avait déjà une réponse toute pensée, Marek ne lui reprochait rien, il se moquait du fait que la drogue était interdite pas la loi, après tout il était considéré comme dangereux, ce serait ironique qu'il lui fasse la morale pour ça. Non, c'était autre chose, et il ne se priva pas de le faire savoir à la brebis pour l'attirer vers le bon chemin, celui qu'il tracerait pour elle.

     « Si la nature avait désiré que vous puissiez user de vos travers ma brebis, elle n'aurait pas fait en sorte que votre corps se révulse au contact de cette ambroisie. »

     Des mots étranges certes, mais qui étaient le lot commun du fou, on lui reprochait souvent d'user de tournures de phrase trop obscures, mais elles ne l'étaient que pour ceux qui possédaient un esprit fermé. Le balafré avait déjà goûté à la drogue contre son gré, mais à la même que celle que la jeune femme affectionnait mais à une drogue plus sournoise : les calmants de l'asile psychiatrique où l'on disait vouloir le soigner. C'était stupide, il n'avait nul besoin d'être soigné, et la preuve en image, depuis son évasion il se portait comme un charme et son don avait prit de l'ampleur pour le satisfaire pleinement. La drogue c'était un boulet, elle embrumait l'esprit il ne se souvenait pas d'avoir été une seule fois « normal » pendant ces années d'internement, du moins normal de son point de vue. Mais la normalité n'était pas une valeur sûre, pas une valeur fixe, chacun était normal à sa manière, c'était le monde dans lequel on vivait qui forgeait l'être que l'on devenait, et Marek se satisfait du sien tout en travaillant à son amélioration et son évolution. Il voulait voir si les souvenirs de la brebis étaient obscurcis par les brumes de l'alcool, elle ne savait pas ce que c'était que de vivre, elle ne connaissait pas la réelle valeur de la vie, il allait falloir lui enseigner cette chose, lui apprendre à aimer ce qu'elle avait. Elle avait parlé de ses travers, il allait la tester un peu plus en avant, entrer doucement dans la danse et la faire valser au rythme de ses désirs. Instinctivement, il baissa les yeux vers ses pieds, elle ne portait pas de chaussures de danseuse, dommage.

     « Les travers sont sans importance, isolés, mais si on les met bout-à-bout ils peuvent former un obstacle à la vie. Il ne faut pas vivre pour ses addictions, il faut vivre pour soi, est-ce qu'un défi est réellement un défi lorsqu'on est incapable d'y résister ? »

     Il remonta son regard pour le promener sur les environs, sans fixer la brebis qui se trouvait devant lui, puis il entreprit de sonder son esprit, avec légèreté d'abord, elle devait sentir un léger frôlement dans ses souvenirs, quelque chose de dérangeant comme si on cherchait quelque chose sans le trouver. Il voulait voir ses souvenirs, commencer par la fin pour revenir au présent, et le don se fit donc plus précis, s'insinuant dans l'esprit de la jeune femme pour passer en revu les différents souvenirs, douleurs de préférence. Ils allaient commencer par ça. Commençant pas le bout, il nota un divorce qui avait provoqué une douleur dans son âme meurtrie, elle avait vécu cela comme une déception et une trahison, puis il passa à la suite, le départ de son pays d'enfance et la séparation de son « père », Marek ne comprenait pas l'amour ni les sentiment qui y étaient liés. Il passa en revu un certain nombre de souvenirs, une dispute avec un prénommé Clyde entre autre, des choses sans grand intérêt pour lui, mais que la brebis devait voir défiler dans son esprit sans pouvoir mettre fin à ce film de mauvais souvenirs. Mais quels souvenirs pouvaient être mauvais ? On tirait sa force de ses expériences et de sa douleur, qui se servait de sa douleur devenait plus fort, c'était une chose qu'il avait noté, la souffrance rendait plus fort, et il en était la preuve vivante. Elle devrait apprendre à tirer des leçons des choses passées, des difficultés rencontrées, mais il voulait encore la tester un peu avant. Stoppant son inventaire de souvenir, l'Américain reprit la parole avec son fond de folie latente.

     « La perte d'un être aimé est quelque chose d'inévitable, il ne résulte que malheur et souffrance d'accorder sa confiance à une autre personne. S'attacher à des êtres de chair et de sang n'est pas une valeur sûre, elle amène forcément à la souffrance morale. Aimes-tu la souffrance ma brebis ? »

     Elle ne devait pas comprendre grand chose à ce qu'il lui racontait, mais c'était sans importance, son intonation, son comportement, son regard dans le vide, la sensation de gêne qu'elle ressentit dans son esprit, tout devait lui faire comprendre que cet homme n'était pas sans danger. Il lisait dans ses souvenirs, et on disait que les souvenirs étaient la raison de vivre des humains et des mutants. Sans souvenirs, pas d'expérience, pas d'intérêt, pas de vie. Posséder le don de pouvoir y plonger, c'était posséder le don de contrôler qui l'on voulait, mais ce n'était pas le but de Marek. Il voulait montrer le véritable intérêt de la vie aux pauvres âmes errantes, cette brebis ne se rendait pas compte qu'elle gâchait sa vie dans la drogue, un vice sans le moindre intérêt qui lui obscurcissait l'esprit, elle devait se réveiller et se tourner vers la lumière. Ce serait le seul moyen pour réchapper de son défi, parce qu'il venait de lui en lancer un. Elle ne le connaissait pas et ignorait donc ce détail, mais lorsque le professeur qu'il considérait être, le professeur de souffrance plus exactement, daignait s'adresser à une personne en l'appelant « ma brebis » et en la tutoyant, c'est qu'elle venait d'entrer dans le cercle très fermé des personnes qu'il éprouvait face à la souffrance. Espérons que celle-ci serait meilleure que les autres. La nuit commençait à tomber de plus en plus et les envelopperait bientôt de sa robe noire. Un jour on l'avait prit pour le « croquemitaine » comme l'autre fou de l'asile l'appelait, Marek posa son regard brillant de folie sur le minois de la brebis avant de reprendre d'un ton étrange.

     « As-tu peur du croquemitaine qui se cache dans le noir ? »

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Sam 12 Fév - 0:51

Tout n’est que futilité lorsque le monde nous appartient. J’étais apaisée pour l’instant, riche de cette quiétude qui résultait des trésors que je savais m’offrir pour toucher au bien-être. C’était là une rareté dans mon existence insolente et j’approchais sans faillir, à la fois intéressée et totalement désinvolte. Les paradoxes me nourrissaient et cet homme.. cet homme me regardait avec une lueur d’étude ô combien facile à discerner. Depuis qu’il était apparu j’avais oublié le reste, oublié le jeune homme que j’avais abandonné inconscient un étage plus haut et délesté de ses quelques thunes et cigarettes mais sans pour autant lui porter la plus consciencieuse des attentions. Cet inconnu-là avait des yeux si noirs et si pénétrants que j’avais l’impression que d’un simple coup d’œil il pouvait voir à travers moi pour lire mon âme. Mais mon âme n’avait rien d’intéressante et je me fichais de ce qu’il pouvait trouver à l’endroit où il cherchait. Je n’avais pas encore comprit de quoi était fait son don mais je l’avais senti, je le sentais encore là tout près. J’étais de ces êtres évolués moi aussi, j’étais forte à mon âge d’une vie qui se présentait devant moi et dans laquelle je n’hésitais pas à me laisser flotter. De mon esprit je connaissais toutes les variantes, et que les caresses soient douces ou agressives, je les ressentais aux travers de chacune de mes synapses. Il était peut-être complètement taré mais je n’étais pas si mal dans mon genre non plus. Il en faudrait beaucoup plus pour m’impressionner. Parce que moi je le détaille tout en ayant l’air de m’en contre balancer, je capte un léger changement dans son regard selon les mots, les phrases qui franchissent mes lèvres mais j’agis comme si je n’avais rien vu. Mes hanches roulent et mes paupières masquent avec plus ou moins de régularité le pétillement de mes pupilles dilatées. Ma nuque craque silencieusement quand je l’étire et que je soupire aux paroles aliénées de mon incrusteur non désiré.

“Alors c’est ce qui vous stimule, mes souvenirs.. C’est le pouvoir qui guide vos intrusions bien pensantes. J’espère au moins que ça vous excite au niveau de ce que la nature vous a offert pour ça. Mais ne commettez pas le pêché d’orgueil de croire que ce n’est pas moi qui laisse la porte ouverte.”

C’est à double tranchant, je ne connais pas l’étendu de ce dont il est capable de faire, ni de vouloir faire. Je ne le regarde plus, comme si je m’en moquais au final. Au fond, je sais très bien que s’il n’avait pas agit en traître, je n’aurais pas pour autant pu l’empêcher de pénétrer dans ma mémoire. Mais je pourrais l’en faire sortir, tout de suite, rien qu’en serrant le poing si je le voulais. Et alors quoi ? Pourquoi je ne le fais pas ? Parce que je ne vois pas ce qu’il y a de grave à ce qu’il observe mes débâcles. La drogue est ce qu’il a relevé en premier, s’il tripe par procuration, tant mieux pour lui après tout… La nature a décidément bon dos dans tous ses propos. Un peu plus et je vais me mettre à rire devant une telle émanation d’hypocrisie. Un rictus ourle mes lèvres alors que mes prunelles de cobalt daignent de nouveau lui faire face avec arrogance. Intérieurement je ricane de l’entendre anticiper ce que je ne comptais même pas dire. Pitié, j’ai dépassé depuis longtemps le stade de « c’est celui qui dit qui est »…

“Un vrai petit cheval de bataille cette mère Gaïa..” Je laisse échapper un bref son teinté d’une ironie flagrante et je reprend ma marche avec une exacte similitude jusqu’à me planter devant lui, quasiment à portée de bras, mais sans tenter le moindre affront du regard. J’aimais juste la proximité et ce qu’elle apportait à moi comme autres. “Le corps a des limites que l’esprit ne connaît pas, c’est comme ça qu’on les repousse. Vous devriez le savoir, vous dont le vôtre sait s’insinuer. Je sais aussi que vous sentez l’influence du mien maintenant.” Plus j’étais près, plus les résidus de mon pouvoir allaient se coller à toutes formes de mutant présent dans mon espace. Je ne pouvais rien y faire à ce niveau et j’ignorais quelle augmentation ça conférait à la bête aussi civilisée que dérangée qui se tenait devant moi. Je n’en fis même pas cas, il n’y avait pas de menace dans mes mots. “Vous aimez tourner les images dans le sens qui vous arrange. C’est une erreur de débutant mais je vous pardonne d’avoir cru être tombé sur une ignorante.”

Je ne résistais pas à me laisser mener sur des chemins clairs-obscurs où les mots ne voulaient pas tout à fait dire ce dont ils avaient l’air. Si ça se trouve je ne comprenais rien mais pour tout dire je m’en foutais carrément. C’était simplement amusant de ne pas voir les griffes d’une dangereuse ombre frôler mon visage. Ça me lasserait probablement très vite mais pour le moment ça me faisait rayonner de contentement et mon sourire ne faisait que s’élargir dans le vague. Oh bien sûr, ça n’excluait pas que dans cinq minutes je serais capable de lui cracher qu’il s’était planté d’époque et de l’envoyer bouler pour me fumer une clope tranquille mais pour le moment il entretenait suffisamment mon rapport au réel pour que je continue de lui offrir ma bénédiction. Je voulais voir jusqu’où il irait en moi et devant moi, ce qui malgré ce regard à moitié absent et ce venin dément l’avait assez retenu pour qu’il fasse cas de ce que j’étais, de ce qu’il pensait que j’étais.. Effrontée peut-être.. à la façon d’une gosse qui joue avec des allumettes enfermée dans une grange. N’avais-je pas dit que les défis faisaient parti de mes petits travers ? Je passe une main dans mes cheveux à l’arrière de mon crâne. Il juge vite, ça me débecte.

“On ne vous a jamais apprit qu’en terme de tentation, céder est la meilleure des résistances à ce que je vois. Vivre pour soi… ce sont les désirs qui nous font. Mais laissez-moi deviner, l’éclate c’est pas tellement votre genre.”

Mes yeux vrillent les siens avec condescendance, brièvement. Je suis à deux doigts de mimer un bâillement mais je mets seulement une main sur ma hanche en dodelinant de la tête. Les limbes de mes souvenirs embrumés remontent à une époque qui me semble lointaine. A l’époque où j’avais commencer à me droguer pour m’amuser, pour affronter comme une conne l’autorité parentale.. mais finalement c’était le seul moyen que j’avais trouvé pour me sauver de moi-même et de l’influence de mon pouvoir. En étant clean, qui sait jusqu’où je serais allée pour apaiser mes colères, soulager mon refus de m’apparenter au monde parce que celui-ci me rongeait. Si la nature était si parfaite, pourquoi m’avait-elle donné un don aussi contraignant… ?

“A quoi ça servirait que je me prive si j’ai choisi mon addiction ? Mais ça vous dépasse ce genre de trucs.”

Je plisse les yeux alors qu’il ne m’accorde pas un regard, je le sens de nouveau présent là dans ma tête avec toujours la même sensation étrange, bien différentiable d’un télépathe, mais plus appuyée que tout à l’heure. J’entreprends alors de bouger et je fais quelque pas, le contournant lentement dans les bruissements de mes semelles qui traînaient sur le sol. Je suis encore dos à lui quand je me met à tanguer. Mes souvenirs, je les vois comme une procession mentale, un joyeux best of de tout ce qui m’avait blessée dans la vie et depuis très longtemps. Si longtemps parfois que je ne croyais plus en avoir gardé des images aussi nettes. Je n’aime pas ce qu’il m’impose mais sans faire usage moi-même d’un choc, je ne peux m’y soustraire. Alors je serre les dents parce que je n’ai pas envie d’abattre mes cartes aussi facilement. Je suis sûre de moi, sûre d’être plus forte que ça. Quand son petit cinéma de mutant cesse, ma respiration est subtilement accélérée. Je m’en rends compte pour avoir côtoyé souvent le pouvoir de Clyde. Déformation sentimentale je dirais. Ma tête bascule en avant puis je me retourne vivement, irritée vers l’inconnu avec un zeste de colère au fond de mes prunelles bleues. Je me fous de ce qu’il raconte, de ces espèces de leçons qu’il voudrait me donner et de la peur qu’il devait inspirer à n’importe qui d’assez censé. Je ne dois pas être totalement revenue à mon moi sain. Qui est-il pour se poser en donneur de conseils ? Un détraqué avec de l’expérience ? Je ne lui ai rien demandé et il serait temps pour moi d’équilibrer les choses. J’occulte sciemment l’homélie ridicule qu’il prône dans sa déraison dérobée. Seule sa dernière phrase requiert mon intérêt et je réplique, susurrant presque avec l’imitation de l’envie, en le fixant sans aucune trace de fébrilité.

“Seulement quand je la réclame.”

La souffrance.. je me mors la lèvre avec volupté et mes yeux glissent sur lui, je penche la tête et détaille sa joue droite, le creux de son cou.. ils descendent encore et cherche ses mains, chaque parcelle de sa peau qui m’appellent et que je pourrais toucher. Le reflet de mon regard change, j’ai l’air un peu plus présente et surtout plus captivée… avide.. dangereusement tentée. Je pouvais lui faire goûter à ma douleur d’une unique façon, voilà bien longtemps que je ne l’avais plus fait à quelqu’un d’autre que le sale con qui partage mon lit. Peut-être que ça me manquait au fond, je ressens déjà qu’aujourd’hui pourrait être une double libération. Mais mes pensées m’éloignent et je me dois pourtant d’être là, un instant après, je vois à ses yeux que le miroir de son âme s’est éveillé au fond de ses inattentions. Sa question, sa façon de me parler m’évoque ce que je ne peux décemment pas m’empêcher de lui faire remarquer dans un murmure d'ailleurs

“La brebis est trop grande pour croire aux contes pour enfants mais dis-toi bien qu’un chasseur rôde toujours et qu’il finit par éventrer le loup..”

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Mer 16 Fév - 14:38

     La brebis avait emprunté un air pétillant, comme si le professeur en face d'elle venait de lui offrir ce qu'elle attendait sur un plateau, leurs expressions étaient étonnamment différentes, elle éclatante, lui sombre et neutre, le visage dénué de tout signe indiquant ses pensées. Elle reprit la parole pour lui déclara qu'elle espérait que son don l'excitait au niveau de ce que la nature lui avait offert, et qu'il ne devait pas commettre le pêché d'orgueil de s'imaginer qu'elle lui laissait la porte ouverte. La stimulation était une chose inconnue du fou, il ne voyait pas ce qu'elle voulait par là, lui son essence, son moteur, c'était d'inculquer la souffrance aux autres, un esprit purement altruiste qui le poussait à vouloir faire comprendre la valeur de la vie aux autres, et il s'y jetait corps et âme. Il n'y avait qu'à voir l'état de son esprit, de ses souvenirs, il était devenu l'ombre de l'homme qu'il aurait du être, Marek avait en quelque sorte sacrifié sa personne pour pouvoir apprendre aux autres. Les cicatrices qui couturaient son corps le montrait clairement, mais un esprit non entraîné à déceler ce genre de détails ne verrait en lui qu'un fou au visage aussi balafré qu'une citrouille d'Halloween. Un sourire plus proche du rictus que le fou pouvait emprunter dans ses meilleurs moments, ourla les lèvres pleines de la jeune brebis alors qu'elle lui faisait à nouveau face en déclarant que Gaïa était un petit cheval de bataille. Là, ils se comprenaient, malgré la folie qui habitait son esprit, le balafré avait de grandes connaissances sur des sujets plus que surprenants, tels que la mythologie ancienne, le trait d'esprit de la brebis l'intéressa donc au plus haut point. Avec le temps, Marek avait constaté que certaines personnes prenaient la peine de chercher à parler comme lui, que ce soit L'Intéressant ou cette médecin stupide qu'il avait croisé dans une rue, tout le monde essayait de s'adapter à son fonctionnement. C'était plutôt amusant, si tant est qu'il puisse trouver quelque chose divertissant, de constater qu'alors qu'on lui avait toujours reproché de ne pas être dans les normes, ses élèves se montraient maintenant désireux d'emprunter son mode de fonctionnement.

     Un regard plein d'arrogance et d'ironie, la jeune brebis avança jusqu'au balafré pour se planter devant lui, assez proche pour qu'il puisse mettre ses promesses à exécution, puis elle reprit la parole en lui disant que le corps avait des limites que l'esprit ne connaissait pas, et que c'était comme ça qu'on les repoussaient. Elle poursuivit en disant qu'il devait le savoir puisqu'il savait s'insinuer dans l'esprit des autres, et qu'il devait sentir l'influence du sien sur sa personne. Pas vraiment, Marek considérait son don comme acquit, il n'avait jamais cherché à explorer les autres facettes que ça lui offrait, après tout c'était une chose secondaire, il s'en servait parce que la nature avait jugé bon de lui offrir une telle arme, mais sa première arme était le rasoir qu'il portait amoureusement sur lui en permanence. Elle conclut en disant qu'il tournait les images dans le sens qui l'arrangeait et que c'était une erreur de débutant qu'elle lui pardonnait, mais lui pardonner quoi ? Marek plongea ses pupilles couleur de charbon dans les yeux clairs de la brebis qui n'était pas apeurée, il ne voyait pas comment est-ce qu'il pouvait se comporter autrement, les images donnaient ce qu'elle voulait donner, il suffisait d'un clique sur internet pour trouver des milliers de citations qui s'opposaient et semblaient aussi véritables les unes que les autres. Le regard plein de folie du balafré erra un moment sur le visage de la brebis, on disait que les yeux étaient le miroirs de l'âme, mais ce n'était que ses fadaises, le fou avait rapidement constata que l'esprit lui, ne mentait jamais, contrairement aux gestes et aux signaux physiques. C'était pour ça que l'Américain ne prenait pas la peine de masquer ses pensées, il se contrefichait qu'on puisse y lire, et certaines personnes comme la médecin stupide s'imaginaient qu'elles pouvaient lire en lui comme dans un livre ouvert grâce à leur éducation de bas étage. Mais en réalité, quel mérite y avait-il à pouvoir lire quelque chose qui ne vous était pas caché ? Penser pouvoir cerner une personne par un simple geste était on ne peut plus arrogant, même le balafré qui pouvaient lire les souvenirs et connaître la vie d'une personne en un claquement de doigt ne se vantait pas de comprendre ses brebis pour autant. Les secondes s'étaient égrainées alors qu'il répondit légèrement.

     « Les mots et les images, on leur fait dire ce que l'on souhaite, nul besoin d'être face à « une débutante » pour cela, c'est le lot quotidien des humains dans ce bas monde. Les pensées sont bien plus réelles et limpides. »

     Elle avait passé une main derrière son crâne, dans ses cheveux sombres comme la nuit, avant de reprendre la parole en lui déclarant qu'en terme de tentation le meilleur moyen d'y résister était d'y céder, mais elle ajouta que l'éclate ne devait pas être son genre. Nouvelles paroles obscures, pour un fou tel que le trentenaire les paroles les plus logiques prenaient un sens étrange, il parlait clairement et pourtant ne se faisait pas comprendre, c'était l'un des nombreux désavantage d'être considéré comme « fou ». Son regard ne quittait pas celui de l'hostile alors qu'elle lui demandait à quoi cela servirait qu'elle se prive de son addiction. Il n'entendit pas la suite, ça ne l'intéressait plus, son esprit avait tendance à repousser certaines phrases qui semblaient trop futiles pour être analysées. Il voyait des milliers de raisons pour qu'elle repousse ces addictions, déjà parce que ça forgeait un caractère, pouvoir résister à une chose qui nous faisait envie, c'était pouvoir repousser n'importe quoi. Marek, son moteur c'était la souffrance, autant celle de l'imposer aux autres que de la ressentir lui-même, un véritable délice dont il se délectait comme la meilleure chose qui puisse exister. Encore une chose qui avait fait de lui « un fou », visiblement la souffrance devait être crainte et refusée, et non appréciée et demandée. Mais le fou avait noté que cela lui donnait des avantages sur les autres, la souffrance était un moyen de pression, de peur, sans crainte la mort de la souffrance, il devenait maitre de sa destinée tout simplement, ce que peu de personnes pouvaient se targuer d'avoir comme chance. La brebis se détourna, le regard du balafré était dans le vague depuis déjà quelques temps, puis sa voix retentit, pleine de colère, visiblement elle n'avait pas aimé l'incursion du don de son compagnon du moment, mais il n'allait pas s'amuser à lui demander son autorisation, ce n'était pas son genre. Elle déclara que c'était uniquement lorsqu'elle réclamait la souffrance qu'elle l'appréciait, mais dans ce cas, où était l'intérêt ?
     Elle se mordit la lèvre en prenant une attitude qui rappelait certaines femmes que son géniteur qualifiait de « mauvaise fréquentation », mais il avait dit la même chose pour lui après tout. Elle détailla sa personne avant que son regard ne change légèrement, puis répliqua dans un murmure que la brebis ne croyait plus aux contes pour enfants et qu'un chasseur rôdait toujours pour éventrer le loup. C'était un fait, il en avait même déjà rencontré, mais le chasseur s'attendait aussi à ce que le loup le craigne et agisse d'une certaine manière, si le loup montrait les dents au lieu de partir en courant, le chasseur ressentait la peur, maitriser sa peur c'était maitriser les autres. Il dodelina légèrement de la tête comme si les paroles de la brebis le poussait dans les retranchements de ses pensées, puis son regard se perdit dans le vague, une légère absence qui lui donnait l'air d'être complètement ailleurs, mais la sensation désagréable que provoquait son don devait toujours être très nettement ressentie pour la brebis qu'il caressait mentalement. Après quelques secondes, Marek ignorait combien de temps, il ne faisait jamais attention à ce que les humains avaient déterminé comme le temps, le balafré reprit la parole, fixant le vide pendant quelques instants avant de planter ses pupilles charbonneuses sur le visage de la brebis, sans la voir. Il avait l'air de chercher à lire dans son esprit sans la regarder vraiment.

     « Le chasseur craint le loup qui ne connait pas la peur, c'est le moteur de l'humanité, maitrises ta peur et tu maitriseras n'importe qui. Je n'ai pas peur de la souffrance que le chasseur peut me prodiguer, pourquoi cela m'inquièterait-il ? Il marqua une légère pause en détournant son attention. Les contes pour enfants ont toujours un fond de vérité, ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Et si le croquemitaine n'était pas si enfantin que tu le penses ma brebis ? »

     Il posa ses pupilles une nouvelle fois sur le visage de la brebis avant de plonger son don dans son esprit, malaxant une nouvelle fois ses souvenirs pour chercher une peur enfantine. Tout le monde avait imaginé qu'il y avait des monstres sous son lit, un croquemitaine dans l'armoire, ou un mauvais esprit qui nous dévorait si on sortait la nuit, Marek cherchait ça. Lorsqu'il le trouvait, il hissa la souvenir à la surface pour le rappeler au bon souvenir de la brebis arrogante. Elle lui plaisait bien, malgré son esprit plein de choses étranges et d'addictions, elle possédait quelque chose qui l'intéressait, sans compter qu'elle semblait apprécier la souffrance, peut-être savait-elle réellement en profiter ? Elle détruisait son corps et son esprit avec sa drogue, elle ne devait pas connaître la véritable valeur de vie, avait-elle déjà frôlé la mort ? Dansé une petite valse avec Charon, il portait deux pièces de cuivres dans sa poche, si jamais le voyage se faisait à sens unique, il aurait de quoi payer sa traversée. Son don se retira de l'esprit de la jeune brebis après ce viol mental, puis il glissa sa main dont la manche était rigide de sang séchée, vers sa poche, et il en tira un magnifique rasoir, comme dans l'ancien temps. Plein de fioritures qu'il nettoyait avec application après chaque utilisation pour éviter que le sang ne l'abîme. Tout en argent, il devait valoir très cher, c'était un « cadeau » de son géniteur lorsqu'il était encore enfant, à l'asile. Son instrument de musique pour jouer son ode à la souffrance, les gémissements de la brebis l'accompagneraient peut-être ? Il approcha légèrement d'elle, réduisant encore la distance qui les séparait, son regard plongé dans le sien, et leva son rasoir en l'ouvrant d'un geste expert et mille fois répété, la lame brillait de milles feux sous la lumière de la lune, accompagnée d'un léger bruit du à l'ouverture de l'arme, un bruit qui faisait vibrer Marek de plaisir.

     « L'enveloppe charnelle n'est qu'une prison, il faut s'en délivrer pour pouvoir évoluer, ce n'est que la chrysalide qui emprisonne ton esprit ma brebis, ne penses-tu pas que t'en sortir te permettrait de mieux ressentir cette souffrance que tu sembles affectionner ? Je peux t'aider à y parvenir si tu n'as pas peur du loup. »

     Il approcha sa lame coupante du minois de la brebis, sans pour autant avoir l'air violent ou agressif, on aurait presque dit qu'il était en train de tenter de lui faire accepter quelque chose. Le plus étrange chez cet homme, c'est qu'il n'avait aucune violence, si la belle refusait de prendre son aide, il la laisserait, elle serait prête dans quelques temps, et il la retrouverait en temps et en heure. Les médecin de l'hôpital psychiatrique Saint Hélène avaient souvent dit que le patient 927 était un homme doué d'une très bonne éducation et qu'il semblait vivre dans un ancien temps avec de préceptes dépassés depuis longtemps, sans compter que sa vision de la souffrance physiques pour permettre à l'esprit d'évoluer, était on ne peut plus étrange. Mais ils étaient trop fermés pour comprendre le sens véritable de ces agissements. Un dernier murmure et Marek souffla quelques mots à la brebis devant lui.

     « Veux-tu permettre à son esprit de découvre que ton corps n'a pas de limites ? »

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Mar 12 Avr - 20:05

Est-ce que j’ai l’air blanche et couverte de laine frisée ? Non, je ne crois pas. Est-ce que je bêle quand je parle ? Encore moins. Non seulement ce n’est pas flatteur mais en plus ça n’a pas d’aboutissants.. tout autant que cette situation dont le sens m’effleure sans que je n’arrive à le saisir vraiment. A chaque pas en avant, la vérité semble me fuir. Moi, je ne suis pas vraiment du genre à me poser des questions existentielles sur la vie, je la prends comme elle vient. Ou plutôt je prends en elle ce qui me plait, rien de plus compliqué que ça. Un rire étouffé m’échappe en constatant qu’il ne comprend que ce qu’il a envie de comprendre, à moins qu’il ne soit tellement perdu dans les miettes de ses énoncés qu’il ne sache pas interpréter ce qui sort des sentiers battus qu’il s’est lui-même tracé. C’est si lamentable d’être égocentrique au point de penser que ce que je dis a pour but de coller à sa façon de parler. Ce qui aurait pu être un sourire sur mes lèvres passe alors dans mes yeux en voyant la lueur lointaine qui marque les siens au moment où il s’aperçoit que je ne suis pas qu’une pintade boostée aux hormones de synthèse. Autrefois j’ai été riche de connaissances, curieuse de savoir. S’il s’agit d’une autre vie, je n’ai tout de même pas tout oublié.. Mais ça n’ira pas plus loin, je le sais, je le constate presque aussitôt. Je délie un soupire entre lassitude et contentement. Je me demande encore sur quel pied j’ai envie de danser ce soir..

Au niveau de mes propres dons, que ce soit l’un ou l’autre, j’ai beau être venue aussi près de lui, je ne sens rien du tout. Je sais ô combien je peux avoir de l’influence sur les autres sans éprouver le moindre changement, la plus petite évolution. J’aurais aimé pourtant, que ces sensations viennent fourmiller le long de mon échine comme le frisson qui monte avec plaisir. Mais au lieu de ça, je dois agir en aveugle.. ou ne pas agir. C’est exactement ce que je fais.. rien. Je ne tente pas le diable et je ne lui claque pas la porte au nez. Je reste juste là, les pensées vagabondes autour de nous, prêtant une oreille distraite au poison distillé par le.. berger ? Le regard ténébreux qu’il plonge dans le mien provoque bien un trouble quelque part en moi mais je n’ai pas l’habitude de faire pas dans l’expectative.

“Je ne suis pas humaine.”

Les mots sont tranchants, craché calmement mais craché quand même. Là, franchement, je ne me sens plus concernée. Ce n’est pas mon monde, pas celui que j’admets disons, alors ça explique facilement un soudain détachement narquois dans cette simple phrase que je me dois de jeter à la va vite comme on se débarrasse d’un boulet.

“Allons chéri, laisse les leçons de vie pour les autres.”

Je n’aime pas parler de tout et ce que je n’aime pas, je n’ai tout bonnement pas à le faire. Ma tête tombe sur le côté et roule en arrière jusqu’à ce que mes yeux se rouvrent sur le ciel. Je songe, je perds du temps et je me rends bien compte de que je ne mets pas à profit l’artifice de ma sérénité. Qu’il se noie dans ses illusions forgées de son temps, ça m’est égal mais je ne m’empêche pas de lui jeter un regard empreint de cette curiosité inspirée par la façon dont nous nous faisons face sans réellement nous voir. C’est comme un arrêt sur image.. cependant je reprends vite le rythme de la vie pour fouiller au fond de ma poche et allumer une autre cigarette, qu’au moins je ne les ai pas piquées pour que dalle. A cause de lui j’ai tellement la sensation de ne plus avoir les deux pieds dans le présent que je pourrais dessiner le chemin de la sainte nicotine dans mes veines. Ah bah finalement le revoilà parti dans les théories des grands pouvoirs de l’existence. Je relève un regard frondeur sur lui et ses grandes phrases fumeuses pour lâcher

“Intéressant ; mais montrer les dents ne sauve pas d’une cartouche en pleine gueule. Un faible sans peur reste un faible. Au mieux l’habileté est un salut, au pire l’attaque devient suicide. C’est quoi ta catégorie à toi ?” On entend souvent ces préconceptions à propos des enfants, tout ça parce qu’ils sont francs et qu’ils ont la chance de n’avoir jamais appris ce qu’est la diplomatie. Mes sourcils se haussent, ça ne me convainc pas mais je peux toujours faire semblant si ça lui fait plaisir. “Encore faudrait-il que les enfants aient inventé les contes.. au lieu de ça, c’est un nid mensonger à obéissance.. mais admettons. Donc si je ne suis pas sage, à quelle sauce me mangerait cet enfoiré de croquemitaine ?”

Amis du discours, bonjour. Nous parlions bien de défis n’est-ce pas ? Mes grands yeux bleus le narguent, alertes et scrutateurs du fond de folie qui traverse les abîmes de cet illuminé paumé. Je crache une fumée opaque sans détourner la tête et je m’apprête à continuer à prendre ma dose. Seulement dès la deuxième lattes mon bras se.. bloque et retombe mollement le long de mon corps. J’en oublies d’expirer sur le moment.

Exit le paysage de ce bâtiment pourri dans cette zone toute aussi pourrie, je me revois dans ma chambre marine de mioche. J’ai sept ans et je suis terrorisée par cette putain de branche d’arbre qui gratte à ma fenêtre toutes les nuits que je passe chez mon père. Il arrête pas de me dire que ce n’est rien mais je le sais moi que ce sont les trois doigts dégueu aux os noueux et à la peau rugueuse du monstre qui sait qu’au lieu de terminer l’anomalie de la nature que sont les choux de Bruxelles présents une fois par semaine dans mon assiette, je les balance tout le temps au chien pendant que mon père a le dos tourné. Ce n’est tout de même pas ma faute si ce golden a été éduqué comme une poubelle de table. Et ça m’énerve parce que je la ressens cette vieille angoisse, elle me prends aux tripes et je sais le connard arrogant qui se tient devant moi dans le présent responsable de cette connerie aussi décalquée que lui. Il m’oppresse et j’ai beau fermer les paupières, rien n’y fais. Si je ne veux pas réutiliser aussi tôt mes pouvoirs, je n’ai pas d’autres choix que d’attendre en prenant la haine car aujourd’hui j’ai dix neuf ans et que mes inventions de gamine me paraissent aussi censées que l’invention de la glace au thé vert -qui soit dit en passant est vraiment à gerber-.

C’est un juron qui le premier franchit mes lèvres lorsqu’il me libère de son pouvoir. Il a de la bouteille, il maîtrise bien mieux que moi ce que le gêne lui a prodigué et j’ai du mal à cacher que je suis contrariée d’avoir besoin de plusieurs foutues secondes pour que l’angoisse me lâche. Je crois même que maintenant que mes yeux balayent le sol et que je vois ma clope fumer à mes pieds, je n’essaye même plus. Je voudrais lui arracher sa colère en lui lacérant l’âme de mes ongles pour qu’elle nourrisse la mienne.. si seulement il n’était pas aussi à côté de la plaque ! La paix me quitte, je dois compter sur ce que j’ai et mon visage se ferme quand il s’approche dans le bruit caractéristique d’une lame bien effilée qui se déplie. Un reflet rayonne et attire mon attention sur le rasoir qu’il tient dans sa main. Rien qu’à voir sa tête, je peux dire que ça lui suffit pour prendre son pied ; ça me fait ricaner sans honte. Non mais quel taré.. J’espère qu’il ne croit pas sincèrement à ce qu’il dit, ou alors il a trop joué à docteur maboule quand il était petit.

“C’est marrant c’est pas comme ça que je joue au Docteur moi.” Il lève sa lame vers moi et j’attrape son poignet en penchant la tête vers son fétiche. Je ne me suis pas sentie menacée une seconde, plutôt étrange hein, mais c’est là que se trouve tout le paradoxe alors que je suis face à quelqu’un qui est sciemment entrain de me proposer de me charcuter. A quelques centimètres de ma joue, mon regard glisse sur l’objet qui luit sous la lumière blanchâtre de la lune.

“On abîme pas les jolies choses, on t’a jamais appris ça ?”

Oui, c’est moi la jolie chose, non mais regardez mon visage, je suis peut-être bassement matérialiste mais je n’ai pas envie qu’il ressemble à celui de mon joyeux Dr Jekyll. Qui le voudrait ? En plus c’est mon outil d’arnaque autant que mon outil de travail -non pas pour ces choses-là, bandes de pervers-. Mais ça gâcherait les clichés de mon cher Law, quoique avec lui on est jamais sûr de rien. Je chasse mes divagations hors sujet et un regain d’intérêt vient égayer l’expression de mes traits pendant que mes doigts fins remontent pour couvrir les siens autour du rasoir. Ma prise est plus de velours que de fer, je presse à peine.. et pourtant on ne peut pas dire que la douceur soit une de mes qualités. Je ne suis pas mignonne, je suis létale. Autant que la candeur de mon souffle est feinte.

“Pourquoi on ne commencerait pas par le tiens ? Je vois que le chantier n’a pas été terminé.”

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Dim 17 Avr - 15:19

     La brebis sembla prendre très mal le fait qu'il parle de l'humanité, le dédain et l'air hautain avec lequel elle prononça les quelques mots qui traversèrent la barrière de ses lèvres, montrait clairement à l'hostile qu'elle devait faire partie de ces mutants persuadés d'être supérieur aux autres. S'il avait été capable de rire, Marek l'aurait certainement fait, ça le dépassait et de haut, toutes ces personnes qui parlaient comme si le gène supplémentaire que la nature leur avait offert, faisait d'eux des êtres uniques et supérieurs. Lorsqu'il la regardait, il ne voyait rien de plus qu'une jeune brebis trop imbue d'elle-même pour se permettre d'ouvrir les yeux suffisamment pour briser les écailles qui bloquaient sa vue. Elle n'avait pas évoluée et pourtant le balafré ressentait un vif intérêt chaque fois que ses yeux de charbon croisaient ceux de la jeune âme en peine. Elle possédait quelque chose qui lui permettrait de devenir meilleure, pas supérieure, mais tout simplement meilleure. Seulement, fallait-il encore voir si elle était capable de passer outre tout ce qui la plombait et l'empêchait de s'élever vers l'évolution que Marek lui offrait depuis tout à l'heure. Un léger soupir contrit passa la barrière des lèvres balafrées de l'Américain qui ne quittait pas le visage encore intact de sa brebis, elle serait tellement plus belle si elle se donnait la peine de lui accorder son aval. Oh, il aurait aussi bien pu l'y obliger, faire fi de ses protestations et lui imposer son évolution comme il le faisait souvent avec ses autres élèves, mais cette jeune âme lui semblait plus intéressante avec une autre approche. Il calquait son comportement sur les réactions de l'autre, une empathie malsaine qui était complétée avec les souvenirs qu'il pouvait piller.

     « Humaine, mutante, c'est du pareil au même, tes souvenirs sont les mêmes que ceux d'une humaine. Te sens-tu supérieure à eux parce que tu possèdes quelque chose de plus ? Moi aussi je possède autre chose dans mon esprit et l'on m'a enfermé des années durant en me reprochant d'être différent dans le mauvais sens du terme. »

     Oui, on l'avait enfermé dans un asile depuis son enfance tout simplement parce qu'il ne pleurait pas lorsque le chien de la maison venait de mourir, parce qu'il ne souriait pas, ou encore parce qu'il ne ressentait aucun amour vis-à-vis de ses géniteurs. Des stéréotypes qui faisaient la norme, tu n'entres pas dans le moule, adieu, on l'avait enfermé, oublié, manipulé, « soigné », puis il s'était enfuit pour reprendre pleinement possession de son existence. Si elle se jugeait comme supérieure simplement parce qu'elle avait la possibilité de pouvoir user de son don sur un humain sans défense, lui-même pouvait se considérer comme supérieur à elle en raison de son esprit « malade ». Mais il ne le faisait pas, ce n'était pas son genre, Marek ne voyait que l'évolution par la souffrance. Elle l'appela par un surnom qui lui sembla inapproprié mais il n'en fit pas état, se contentant de rester silencieux alors qu'elle laissa rouler sa tête sur le côté en cherchant dans ses poches un tube de nicotine dont chaque bouffée allait la rapprocher un peu plus d'une mort certaine. Mais qu'est-ce que c'était donc la mort ? Inévitable, mais rien d'autre, elle ne méritait pas l'intérêt qu'on lui portait, à trop perdre de temps à chercher comment éviter la mort, on oubliait de vivre. Plutôt ironique pour quelqu'un à qui l'on imputait de nombreux crimes, de se soucier ainsi de la vie et de la joie de vivre. La brebis lui décrocha un nouveau regard dont elle semblait avoir le secret en faisant à son tour des figures de style sur la peur avant de lui demander ce que c'était sa « catégorie ». Il la regarda en silence après une brève pause alors qu'elle enchaînait en parlant des contes et d'autres choses qui le dépassaient, en dehors de ce qu'il disait, le balafré ne comprenait pas trop les traits d'esprit qu'on lui servait.

     « Je sais contrôler ma peur, c'est tout ce qui m'importe. La peur est un bon conducteur, sans peur, tu pars droit à ta ruine, elle te permet de comprendre les limites qui te sont imposées, mais en te laissant submerger par elle, tu mourras aussi sûrement. Ne ressens-tu aucune peur ? C'est que tu serais bien aveuglée par ta vantardise ma brebis. »

     Ça pouvait avoir l'air vexant qu'il parle de la sorte, mais ce n'était pas du tout le cas, il parlait simplement comme ses pensées lui venaient, rien de plus. Leurs regards ne se quittaient plus, aussi clairs qu'étaient les siens, aussi sombres qu'étaient ceux du croquemitaine qui parlait tout seuls, ils ne se ressemblaient absolument pas. Pourtant, les mêmes gènes faisaient d'eux des ennemis de l'humanité, ils n'hésitaient pas à faire souffrir les autres, mais Marek c'était pour leur bien et la brebis, pour son bien. Alors que le don du balafré s'activait dans les souvenirs de la brebis, son bras retomba le long de son corps, la cigarette fumante retombe sur le sol sans bruit, il n'avait pas apprécié la vague de fumée odorante qu'elle venait de lui souffler en plein visage. Il était très regardant sur les odeurs et les bruits, des choses qui pouvaient sembler futiles à certaines personnes et qui prenaient des dimensions énormes chez lui. La brebis ferme les paupières comme si elle pouvait échapper à son don de la sorte, en vain, puis elle lâcha une insulte qui ne ralentit pas le fou pour autant, mais après quelques secondes il décide de se retirer pour le moment. Son regard semble perdu, elle cherche quelque chose sans le voir alors qu'il sort son rasoir si cher à son cœur pour le caresser doucement avant de l'approcher de son visage. Nouveaux mots pleins de dédain, elle parle du docteur et Marek ne comprend pas le sous-entendu graveleux qui y est lié, il se contente de la laisser poser sa main sur son poignet alors que penche la tête vers la lame luisante sous la lumière de la lune. Il ne manque plus qu'une coulée carmine sur cet instrument d'argent pour le satisfaire pleinement, à défaut de pouvoir stopper un loup-garou il sert à trancher net dans le sujet.

     Elle parle alors de ne pas abîmer les « jolies choses », il ne comprend pas qu'elle parle de son visage sur le coup, cherchant ce qu'elle pouvait bien dire. Après quelques secondes à fixer son minois, le balafré se dit que la beauté est une affaire de point de vue, tout comme la perception de la folie. Le balafré aurait trouvé cette brebis bien plus séduisante avec les lèvres ornées d'un sourire de l'ange et avec quelques bouts de chair en moins, mais il y avait fort à parier qu'elle préférait se borner à sa vision de la beauté sans s'ouvrir au reste. Certainement qu'elle craignait de ne plus entrer dans le moule, une vague déception le traversa alors qu'il constata que son intérêt pour elle venait de diminuer quelque peu avec ces simples mots. Une pression de sa main alors qu'elle bouge sa main pour la placer sur la sienne et presser légèrement pour entailler la peau. La lame est très effilée, il prend toujours soin de s'assurer qu'elle puisse couper une feuille en deux dans le sens de la largeur, certainement doit-elle ressentir une sensation de chaleur alors qu'un filet purpurin se dessine sur sa joue, zébrant son visage pâle sous la lueur blafarde de la lune. Un faux maquillage d'Halloween version améliorée. Comme hypnotisé par ce sang, Marek n'entant qu'à moitié la suggestion qu'elle lui fait, celle de s'occuper de son visage à lui. Mais son évolution est terminée, il n'est toutefois jamais opposé à de nouvelles améliorations, son visage ne représente aucun intérêt à ses yeux, si ce n'est qu'il peut être modulé suivant ses envies, remanié, amélioré, évolué. Son visage toujours aussi sérieux, le balafré la regarde en silence avant de reprendre la parole d'un ton sérieux.

     « Un travail de cette ampleur, une évolution aussi poussée, n'est jamais terminée, il serait stupide et vain de penser que je dois m'arrêter là où l'humanité me le dit. La Chapelle Sixtine est en permanence en train d'être améliorée, chaque fois que le besoin de toucher cette zone se fait ressentir, j'y apporte ma contribution. »

     Il n'avait pas peur de devoir modifier son apparence physique, même s'il n'y avait pas eu recourt depuis quelques temps à présent, mais il fallait aussi dire que rien ne lui en avait donné l'occasion. Comme pour prouver à la brebis qu'il n'avait absolument aucune peine à tailler dans sa chair comme s'il s'agissait d'une argile qu'il pouvait modifier à sa guise, Marek éloigna légèrement son rasoir du visage de la jeune femme pour l'approcher du sien et entailla sa joue avec profondeur, en contraste étrange avec la douceur dont la brebis venait de faire preuve juste avant. La lame affutée trancha la chair, ouvrant la cicatrice de son sourire de l'ange et permettant au liquide chaud et à l'odeur métallique, de se répandre sur sa lame et ses doigts. Dans une habitude presque maniaque, Marek baissa sa main, essuyant rapidement le sang de son arme sur sa veste souillée de sang séché. Il pouvait contracter le SIDA en imaginant que la brebis le porte en elle, mais ça lui était égal, le balafré ne voyait pas les choses évidentes sous le même angle que la majorité des gens. Il redressa alors son arme, approchant cette fois-ci l'arme étonnamment propre de l'autre côté de sa joue, puis il la fit glisser jusqu'à son oreille pour entailler légèrement la partie située près de la mâchoire, à la jonction des deux parties. Avec un geste appliqué et maîtrisé, il fit remonter la lame en suivant la courbe de sa mâchoire, le tout avec douceur et précision, comme un peintre dessinant sur une toile. Souffrait-elle ? Il l'espérait, se délecter de cette sensation de souffrance qui émanerait d'elle. Il reprit alors d'un ton sentencieux, concentré dans ce qu'il faisait.

     « Exige-tu aussi chaque fois un geste d'amour en échange de chaque geste que ta moitié a à ton égard ? Ou est-ce que tu te défies simplement des inconnus portant un rasoir ? Pour quelqu'un qui n'éprouve pas la peur, je trouve que tu me demande beaucoup en échange. »

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Mar 26 Avr - 18:56

“Différente, dans le bon sens du terme.”

Je préfère le corriger tout de suite avant qu’il ne reparte en vrille pour pas grand chose. Le ton qu’il prend n’est apparenté à aucun autre et pourtant je sens qu’il me juge, qu’il se permet de me juger alors qu’il ne me connaît pas. Ses intrusions en moi ne résument pas la personne que je suis, ni comment, ni pourquoi. Ça m’agace et l’intonation toujours sèche de ma voix le montre. Est-ce que ça veut dire que je ne me pense pas supérieure à l’humain ? Peut-être pas, qui sait ? Moi ? Non même pas moi, j’ai renoncé à me mettre dans un lot qui ne m’a jamais reconnue pour ce que j’étais, c’est tout. Je n’ai jamais comprit comment on pouvait se sentir humain puisque les humains eux-mêmes ne nous considèrent même pas comme tels.

J’ai tellement de mal à évaluer son âge, son état, ses ambitions.. et plus je m’enfonce dans son brouillard plus j’ai envie qu’il m’enveloppe. J’ignore pourquoi, j’ignore ce qui me débecte et qui me fascine autant à la fois. D’une seconde à une autre j’ai envie de tourner les talons et de la planter là, ou bien de m’approcher d’avantage encore pour friser une décadence qui ne laisse plus de place au doute. A croire que je cherche le mal pour qu’il me frappe, me libère et me laisse avec la sensation de plénitude que seuls ceux qui savent l’apprécier connaissent. Je penche la tête, j’approche mon visage du sien et je détaille avec envie chaque marque qu’il porte sur lui.

“Tu t’es laissé enfermé ? Pourquoi ? A moins qu’ils aient trouvé comment ne pas te laisser le choix ?”

Comment aurais-je pu savoir qu’il était encore enfant lorsqu’il avait été interné ? D’ailleurs je n’arrivais pas à l’imaginer dans la peau d’un gosse. Je m’intéressais peu à eux, je n’avais pas réellement que de mauvais souvenirs de mes plus jeunes années mais j’étais plus que ravie d’être sortie de tout ça, d’avoir mon indépendance, peu importait le prix qu’elle m’avait coûté. Soudainement je me redresse et je rejette mes cheveux derrière mes épaules d’un mouvement de tête, je suis presque impatiente, j’ai envie d’en savoir plus encore, j’ai envie.. s’il savait de quoi j’ai envie. Je lâche un souffle comme si je l’avais retenu jusqu’alors et je souris de ces pensées qui resteront miennes car il ne les comprendrait pas plus que le reste. Je vois bien qu’il est hermétique à mes allusions, je trouve ça franchement dommage en passant.. ça aurait rajouté un peu plus de piquant à notre charmant tête-à-tête. A croire que je ne l’intéresse vraiment pas pour les mêmes raisons que tous les autres hommes que je rencontre. Quelle déception..

Et la peur revient comme une ritournelle dans cette conversation, serait-ce notre base ? Je croyais que mon problème c’était que je me pourrisse la vie toute seule, sans avoir besoin de lui ? Ma tête me fait mal encore, par sa faute peut-être, ou parce qu’il dégage à lui seul assez d’énergie psychique pour remplir mes réservoirs.. un peu des deux sans doute. Je tire une latte sur ma clope tranquillement pendant que je la détient encore. Un peu de folie par-ci et d’indifférence par-là, ma désinvolture est presque difficile à tenir sous la lune, face au loup qui me regarde de ses yeux hypnotiques. Mon appétit grandit, il ne cesse de s’accroître. Et quand il s’évanouit ce n’est que pour mieux refaire surface.

“Je devrais avoir peur, maintenant ? Est-ce que je devrais te craindre ?” Je prends sa main et je l’approche de ma tête. “Je devrais la ressentir ici ?” Je la descends vers mon cœur, puis encore vers mon estomac, frôlant le contact sans jamais l’établir. “Là ? Ou encore à cet endroit ?” Puis je le lâche en soupirant, mes yeux roulent sur le côté, vers la nuit, et se détournent de ce grand malade. “Elle doit être quelque part mais je ne l’entends pas.. je ne l’entends plus mon loup. Mais je peux me montrer horrifiée si c’est ce que tu veux, je peux crier d’effrois.” Par à-coups je reviens à lui, le cobalt de mes yeux se perd dans ses Abymes. “Quelle est celle que tu contrôles si bien ? De quoi le monstre du placard a-t-il peur ? Raconte-moi, j'ai envie d'y croire..”

Pourquoi je lui explique tout ça ? Parce que je ne vois pas quelle différence ça peut faire, c’est un prêté pour un rendu. Je ferme les yeux, je lutte silencieusement contre lui alors que je n’ai pas la moindre chance de m’en sortir indemne. C’est vain, je le sais, je le fais quand même, j’expérimente. Ma lucidité doit être un témoignage, je ne suis pas si vantarde que ça même si je le suis un peu tout de même. Mon habituel sentiment de puissance doit provenir de ce que je m’envoie d’ordinaire, de ce que je n’ai pas ici et tout de suite. Mon pied écrase ma cigarette tombée au sol avec une moue mécontente mais ce n’est pas fini, ça vient tout juste de commencer en fait..

Et comme l’inconsciente que je suis, je me laisse prendre au jeu. Il me captive avec ce jouet qui a l’air d’être son préféré et qui brille autant sous la pâle lueur de la nature. C’est la main qui le tient que je recouvre cette fois de mes doigts, ce nouveau contact est synonyme de conséquences pour moi bien que je ne les sente pas encore, tant pis c’était un risque à prendre. Je ressens une montée de violence brutale en moi mais je maîtrise cette manifestation d’excitation malsaine liée à mon mental altéré par le gène que je porte, je me contrôle encore, il est hors de question que je cède à cette basse pulsion. A la place j’appuie la lame, si effilée que je ne la sens pas entailler ma chair superficiellement, ce n’est que le sang qui coule sur ma joue que je sens descendre sur ma peau. Ainsi j’arrête, je ne veux rien qui ne disparaîtra pas dans les prochains jours sans laisser de trace. Je ne veux que des souvenirs impalpables, je refuse de ressembler à ce croquemitaine aux dents trop aiguisées. Cependant je me délecte en un sourire mauvais du magnétisme que créée chez lui un si mince filet d’hémoglobine. Intéressant. Ma poigne se desserre et le bout de mes doigts fins vient se mêler à la coulure cramoisie, je retourne ma paume vers moi et j’observe mes extrémités souillées en lui jetant quelques coups d’œil attentifs. Je dois avoir l’air si sérieuse tout à coup, si concernée par rapport à tout à l’heure.. jusqu’à ce rire qui naît dans ma gorge mais que j’étouffe avec rapidité. Ses comparaisons ont le don de m’amuser, sincèrement.

“Rien que ça..” Machinalement, mon autre main vient saisir une mèche de mes cheveux sombres et elle s’enroule avec habileté dans mes doigts. Je désigne son visage par un signe du menton. “Toutes ces cicatrices sont tes œuvres ? Qu’essayez-vous vraiment de m’enseigner, Professeur ?”

Il me rend curieuse mais une douce ironie est là lorsque j’utilise ce titre et le vouvoiement qui lui convient, cependant il peut m’apprendre quelque chose, me transmettre.. et il ne recule pas devant une démonstration directe. Le discret sourire qui était venu illuminer mes lèvres me quitte, j’hésite entre la sensation d’être dégoûtée et celle d’être épatée. Il a bien plus tranché sur lui que sur moi, et à un endroit qui m’aurait très amplement déplut. Pauvre taré.. Paradoxalement c’est à ce moment-là que je regarde à nouveau mes doigts ensanglantés, le liquide chaud a déjà séché dans les sillons de mes empreintes. Il continue de faire danser l’instrument de ses desseins que mes prunelles suivent avec attention. Je ne me rends même pas compte que je suis entrain de me mordre la lèvre avec force, jusqu’à ce que j’en ressente la douleur et que j’arrête, me laissant à moi-même une marque violette qui commence déjà à s’atténuer. Même si j’étais vraiment folle, je ne jouerais pas dans sa cour, ça me rassure d’un côté.. mais sa nouvelle prise de parole me fait réagir promptement ; j’inspire pleinement en plongeant la clarté de mes iris dans leur contraire avec un air mutin.

“Tout dépend quel amour.. et quelle moitié.”

Je ne comprends pas exactement ce qu’il veut dire mais j’ai pourtant saisi à qui il faisait référence. Il a dû voir ceci dans l’une de ses aventures au sein de mes souvenirs. D’ailleurs je n’arrive pas à m’empêcher de songer à ce bâtard de Clyde ni de voir son image ; même si la définition du mot nous est propre et qu’il y en a eu d’autres, il incarne toute la passion qui parcoure mes veines chaque jour depuis des années, qui ne s’amenuise pas et qui vit au rythme des assauts corrosifs de nos plaisirs et de nos souffrances. Maintenant que j’y pense, il sera loin d’être heureux de constater qu’il n’a plus l’exclusivité des blessures sur ma peau. Mes dents se serrent et grincent un instant. Je ne souffre pas de mon entaille mais de celle que mon loup vient de s’infliger ainsi que des pensées qui vient de provoquer chez moi. C’est malin, je ne peux pas le nier mais je veux à tout prix me reprendre.

“J’obtiens surtout, c’est la meilleure partie de l’exigence.. mais ça demande parfois des sacrifices. Quant à toi, mon inconnu portant un rasoir..” C’est sûrement la phrase qui éveille le plus mon défi, comme il dit. Mon regard se reflète dans le sien et je lève la main pour effleurer sa cicatrice ouverte au coin de ses lèvres, il saigne et je recueille les gouttes de cette épaisse sève écarlate.. que je porte à mes lèvres sans lâcher ses yeux des miens. Combien de fois j’ai mordu Clay à en goûter son sang ? Je serais incapable de le dire mais je reconnais cet arôme caractéristique bien que légèrement différent. “..ça n’a rien d’un échange, c’est un remplacement. Ton goût en matière d’esthétisme est un véritable émerveillement mais la brebis ne sera pas ta poupée à sculpter. Si tu en veux plus, il faudra forcer le plus et.. laisse-moi émettre quelques doutes, tu aurais pu le faire depuis le départ. La question est : qu’est-ce que tu attends véritablement de moi ? Et d’ailleurs, pourquoi moi ?”

J’ai peu d’espoir de saisir ses raisons mais on ne sait jamais. Toujours est-il que je hausse les sourcils mais que ma garde ne se baisse pas. J’avais probablement raison en disant que si une soit disant peur ne m’interpellait pas, ça n’excluait pas que je me méfiais de ce qu’il pouvait me faire. C’était ça aussi de vouloir marcher sur la limite, de vouloir à tout prix savoir où est-ce que celle-ci pouvait bien se situer pour lui, pour moi.. et surtout entre lui et moi.

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Mar 10 Mai - 10:04

     Dans le bon sens du terme, Marek avait du mal à concevoir que l'on puisse envisager cela autrement, de toute manière, chaque fois que quelque chose touchait quelqu'un, cette personne lui disait que « c'était différent » ou encore « dans le bon sens du terme ». Il ne voyait pas pour quelle raison le fait d'être différente devait toujours être associé à cette expression, après tout chacun pensait être LA personne idéale, qui ne le pensait pas n'avait qu'une piètre estime de lui-même. Le balafré ne répliqua pas. Il n'y avait rien à redire à tout cela de toute manière et la brebis ne lui en laissa pas l'occasion, approchant son visage du sien en le fixant comme si elle cherchait à décrypter quelque chose au travers des cicatrices qui lui couturaient le visage comme celui d'une ours en peluche maltraité et reprisé à de nombreuses occasions. Il n'avait pas été maltraité, si ce n'est pas sa propre main et encore, il ne voyait pas les choses sous cet angle, pour lui c'était tout simplement la chose la plus bénéfique qui lui soit arrivée. La voix de la brebis s'éleva, lui demandant s'il s'était laissé enfermer et si oui, pour quelle raison, avant de suggérer qu'ils avaient trouvé le moyen de ne pas lui accorder la liberté de le choisir. Il ne se souvenait pas, ironique pour un homme qui fouillait en permanence dans les souvenirs des autres, Marek perdait les siens peu-à-peu, ne les estimant que d'un intérêt secondaire, voir même tertiaire, il ne tenait pas à s'encombrer inutilement l'esprit par des souvenirs sans importance. Pourquoi ? Parce qu'il se sentait bien là-bas, ils étaient tous aussi « fous » que lui et lui apportaient beaucoup plus de choses que les personnes « saines ». Le balafré n'était sorti que parce qu'il en avait ressentit le besoin après quelques années, lorsque son don lui avait fait comprendre qu'il devait débuter l'apprentissage de ces pauvres âmes.

     Il l'observait, si proche de lui, habituellement les gens cherchaient la distance, ils n'aimaient pas voir son visage couturé de la sorte. Plutôt surprenant qu'elle le contemple de la sorte, une infirmière lui avait dit qu'il aurait été bel homme sans toutes ces balafres, lui s'en moquait au final. La beauté était une question de point de vue, comme de nombreuses choses dans ce monde, il ne savait même pas s'il trouvait la brebis face à lui séduisante. Ce concept lui échappait, bien qu'il la trouvait plus attrayante depuis que sa joue avant été agrémentée d'un léger sillon purpurin. Le balafré ne la quittait pas du regard, répondant d'un ton sérieux, ne comprenant pas réellement quel intérêt cette âme pourrait bien trouver dans le récit de son passé.

     « Je suis resté le temps qu'ils m'ont été utiles, puis je me suis en-allé lorsque j'en éprouvais l'envie. Ni plus, ni moins, seul le résultat importe. »

     Dit comme ça, tout cela semblait on ne peut plus aisé à faire, alors que la réalité était toute autre. Il avait frôlé la faucheuse en faisant un pari avec un autre résident de l'asile Sainte-Hélène, celui-ci l'avait expédié à l'hôpital avec la gorge tranchée, des médecins performants l'avaient sauvé, puis il s'était évadé en se servant de l'attrait qu'une jeune infirmière éprouvait à son encontre. Pauvre brebis, il avait été presque désolé lorsqu'elle l'avait dévisagé de ses yeux brillants de larmes en comprenant qu'elle s'était trompée à son sujet et qu'il était bien le « monstre » qu'on disait à la télévision. Souvenirs inutiles, il les chassa avec facilité, comme une mouche qui venait vous agacer alors que vous vous reposiez d'une dure journée. La brebis se redresse alors, elle s'agite beaucoup, ça le laisse toujours perplexe de voir à quel point certaines âmes ont besoin de bouger en permanence pour se sentir bien. Il ferme un instant les yeux pour échapper à ces mouvements agaçants qui perturbent son esprit si posé, l'agitation permanente l'épuise tout simplement. Sa voix s'élève alors, Marek ouvre à nouveau les yeux, percevant les mouvements de sa langue qui s'agite dans sa bouche, encore quelque chose qui lui porte tout doucement sur les nerfs, il n'est pas habitué à avoir de si longues conversations avec une même brebis, habituellement c'est lui qui palabre pendant que l'autre le regarde avec un air inquiet, les yeux humides de larmes et emplis de terreur. Que dit-elle ? Il ne comprend pas alors qu'elle saisit sa main, leur peau entre en contact et il constate encore une fois que c'est le genre de choses que les autres élèves évitent généralement, ils craignent peut-être de se brûler à son contact qui sait ? Elle parle de la peur, une fois de plus, comme une seconde peau, elle semble le suivre partout où il va, Marek ne quitte pas les yeux de la brebis de son regard sombre.

     Elle fait descendre sa main qui enveloppe toujours la sienne, en direction de ses organes qui laissent l'hostile de marbre, que désire-t-elle en agissant de la sorte ? Il reste impassible face à cette manifestation qui apparaîtrait très claire pour un homme « normal », mais qui semble surtout inutile du point de vue du balafré. Elle lui libère finalement la main, il aime toucher la peau des autres personnes, mais uniquement lorsqu'il peut y planter son rasoir, la redessiner, lui faire prendre une nouvelle apparence, les mouvements qu'elle vient de faire n'ont aucun réel intérêt, une fois de plus. Ils ne sont pas sur la même longueur d'onde, Marek laisse son bras retomber le long de son corps alors que sa voix continue, insistante, pénétrait son esprit sans pitié, la peur, encore une fois. Elle explique qu'elle ne l'entend plus mais qu'elle peut crier d'effrois, ce qui a pour effet de déclencher un regard légèrement contrarié de la part de l'hostile. Non, il n'en a pas envie, ça l'agace au plus haut point d'entendre ces hurlements inutiles, les cris ne servent à rien, ils ne libèrent pas et jamais un inconnu ne s'arrêtera pour sauver une brebis qui hurle. Ils préfèrent s'enfuir pour ne pas être la proie suivante, les habitants de cette ville sont des lâches voilà tout. Elle accroche à nouveau son regard, lui posant cette fois-ci une question, Marek tente de se reconnecter avec la réalité, dur effort qui ne lui plait pas, elle souhaite savoir de quoi il peut avoir peur. De quoi ? De l'arrêt de la souffrance tout simplement, que son plaisir lui soit refusé, qu'on lui interdise d'éprouver à nouveau ce délectable sentiment de douleur qui fait vibrer tout son être. À ce souvenir, il ferme un instant les yeux, répondant d'un ton toujours aussi lent qui peut lui donner l'air d'être retardé, ce qu'il n'est pas, au contraire.

     « De l'absence de souffrance tout simplement. »

     Il ne s'arrêtait pas aux mêmes choses que les gens « normaux », il avait aussi peur de ce qu'on pouvait faire pour lui bloquer l'accès à ses souvenirs, comme cet homme qu'il avait rencontré à la fête et qui avait réussi – il ne savait comment – à lui interdire de pénétrer dans ses souvenirs. Allez savoir pourquoi, ce n'était pas une peur panique, une simple inquiétude qui l'avait fait se demander s'il n'avait pas perdu son don. Ses pensées sont brutalement coupées par le rire de gorge de la brebis face à lui, elle tripote ses cheveux, provoquant de nouveaux mouvements qui attirent l'attention de l'hostile qui sent son agacement le titiller. Calme de nature, il pouvait des fois se mettre brusquement à être agacé par une chose sans importance, son esprit était affaibli par la longue discussion, longue de son point de vue du moins. Elle parla alors de ses cicatrices, optant pour un nouveau ton en se mettant à le vouvoyer, il ne comprend pas la raison de ce soudain changement de comportement, les sarcasmes et l'humour le dépassent totalement. Ses yeux ne quittent pas le visage de la brebis qui arbre alors un air de satisfaction, les yeux de l'hostile se ferment à nouveau pour éviter d'être importuné par les mouvements de son doigt sur ses cheveux, puis elle reprend la parole pour lâcher quelques mots qui n'ont aucun intérêt immédiat pour le balafré qui se contente d'ouvrir les paupières au moment où elle enchaîne avec une autre réplique. Elle obtenait ? À quoi bon posséder des choses ou des informations sans intérêt ? Il ne désire pas s'engager dans une impasse, tout cela n'est pas de son ressort, il veut lui offrir autre chose que des vaines paroles sans intérêt.

     Son regard croise celui de la brebis alors qu'elle lève sa main pour frôler sa blessure toute fraîche, il sent la chaleur familière du plasma sanguin qui s'écoule de cette balafre béante, puis elle porte le précieux liquide à ses lèvres. Que désirait-elle ? Sa voix s'éleva encore une fois dans la nuit éclairée par celle lune blafarde, tantôt visible, tantôt masquée par d'épais nuages, puis elle explique que s'il en désirait plus, il allait devoir en faire davantage. Cela l'ennui, il n'a aucunement l'intention d'en faire plus, il lui offre la possibilité de devenir meilleure, d'en apprendre plus sur la souffrance et elle considère que ce n'est pas assez ? Puis une question et une autre, encore des questions, toujours des questions, pourquoi les humains et les mutants éprouvaient toujours le besoin de poser autant de questions aux autres ? Un léger soupir passe la barrière des lèvres closes du professeur qui s'impatiente tout doucement, il détourne son attention du visage qu'il oubliera bien vite, de la brebis, avant de répondre d'un ton où filtre une légère incompréhension.

     « Des questions, toujours des questions ! Ne peux-tu pas prendre ce qui t'es offert pour argent comptant ? Ta curiosité finira par te jouer des tours ma brebis, tout comme ta désobéissance et tu finiras comme la chèvre de monsieur Seguin. Il reporte son attention sur elle. Toi, parce que ton esprit est éveillé, mais il manque quelque chose pour que tu puisses apprendre à mieux apprécier la douleur. Elle ne te fait pas peur, tu me l'as montré, alors pourquoi poser des questions lorsque je te propose d'en apprendre plus ? Son regard se détourne une fois de plus, il fatigue doucement. J'attends que tu sois une bonne élève. »

     Une bonne élève, c'est-à-dire qu'elle se laisse gentiment faire, qu'il puisse s'occuper de son corps pour l'amener vers une évolution qui lui offrira encore plus de possibilités. Son don le titille soudain, il lui semble avide, comme s'il avait une certaine difficulté à la contrôler tout à coup, plutôt étrange. Passant outre ce léger détail, il conclut alors, observant la cigarette sur le sol bougeant légèrement son rasoir dans son autre main, impatient de débuter l'apprentissage.

     « J'attends de toit que tu te détaches de ce corps qu'il finira par se flétrir avec l'âge, que tu le contrôles sans avoir besoin de ton poison pour survivre. »

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan Mer 11 Mai - 18:17

Il y eut encore l’un de ces fameux instants de flottement, je dirais même de jugement. Il est septique, sans doute, à quel moment ne l’avait-il pas été au long de cette conversation ? Mais n’était-ce pas lui qui avait commencé par parler de différence dans le mauvais sens du terme ? Le problème c’est qu’il veut me montrer une vision qui n’est pas la mienne, autant je veux bien être conciliante quelques temps, pour rire, mais il ne faut pas non plus tirer sur l’ambulance. En faisant l’effort, qui par ailleurs me coûtait en temps, je réussissais à m’en rapprocher.. Mais à chaque dernière minute, mes parades m’en éloignaient de nouveau. Je le jauge, j’observe la curiosité de son regard par mes prunelles éveillées, la profondeur des plaies me laisse dessiner chaque mouvement qu’il a entreprit pour trancher dans sa chair. Je peux l’imaginer faire tous les gestes les uns après les autres, le voir dans ma tête élargir le sourire d’un homme qui ne sourit pas. J’arrive aussi à voir ce qu’aurait été son visage sans toutes ces marques.. il était séduisant avant.. moins sombre que son âme malade ; il aurait pu me plaire. L’énigme d’un sourire traverse mes lèvres humides, mes yeux s’agrandissent momentanément en reflétant la lune.

Je me demande à quoi il pense en me regardant faire. Il n’est pas violent, il n’a pas mal réagit quand je l’ai touché, pas une fois il n’a esquissé le moindre mouvement de recul ou de rejet. Il s’est uniquement contenté de me laisser faire sans résister.. A dix contre un… je miserai sur une très vieille frigidité. Il pense au moins ? A mon avis il est indifférent, je pourrais presque croire qu’il est vide, déjà mort.. mais je l’entends cet infime petit crépitement qui vit encore dans les braises de son intérêt, je peux le sentir ; mais si je cherchais à le toucher, je sais que ça me brûlerait les doigts. Nous avons tous un sixième sens caché quelque part, on l’appelle l’instinct ou le discernement et il nous lance un appel en sourdine quand nous sommes en danger. Si je n’ai pas peur, je n’en ai pas moins cette imparable disposition animale.

Je n’ai pas l’expérience, j’ai toute conscience que ma vie est plus devant que derrière moi ; j’aime ça. J’aime ne pas me référer à un passé que j’oublies petit à petit, que j’occulte sans réellement m’en rendre compte parce qu’il ne ressemble plus à celle que je suis devenue. Avec le temps, j’ai sorti de mes pensées toutes références au père dont je ne me rappelle pas grand chose, à la mère trop faible pour s’empêcher de s’accessoiriser d’un connard de second mari. Si, je me souviens de lui comme de ma première victime.. Je crois en moi maintenant, je suis forte de ma propre dualité entre la dépendance qui fait naître et s’oppose à mon indépendance.. et je ne suis pas si naïve que ça. Les gens aiment résumer les choses de la façon qui les arrange, garder le meilleur, le plus facile et le plus admirable. Ils aiment faire croire aux autres que tout vient d’eux et de ce qu’ils ont décidé.. Qu’il ne me fasse pas rire avec ce détachement d’auto-persuasion, je n’en crois pas un mot.

“Tu enjolives.” Un souffle vers le ciel et voilà que mes yeux se posent sur la vitre cassée du premier étage de ce bâtiment à l’abandon avant de retourner à lui, mon loup, mon attrayant cauchemar.. “Le résultat n’est qu’une somme d’opérations. Il n’est que la valeur d’une multitude additionnée.”

Le résultat compte mais seul, je ne crois pas. C’est un tour de l’esprit, une erreur de raisonnement. Si les éléments qui conduisent à la somme sont dérisoires, le résultat est insipide. Mais à quoi bon prendre la peine d’expliquer, il se fiche pas mal de ce qu’il n’admet pas. Je laisse mes mots en suspends, j’en baillerai. C’est bien pareil pour moi, je suis pas bête au point de le nier : l’intérêt de tout homme se trouve au sein de son propre intérêt. Le contraire est un mensonge. Nous sommes tous égocentriques, les plus doués le cachent bien c’est tout. Pas lui, pas moi.. à vrai dire je me demande s’il ne l’est pas encore plus que je ne le suis.

Il s’impatiente ? Est-ce que je ne serais pas tout doucement entrain d’agacer mon si fascinant inconnu au rasoir ? Il ferme les yeux, on dirait la même irritation silencieuse qu’ont les personnes lasses de faire semblant de prêter attention aux autres. Mais c’est lui qui est venu à moi, peut-être bien qu’il aime trop le dégoût et la peur qu’il doit inspirer pour supporter avec sérénité ces manifestations visibles qui me font tant défaut.. Est-il capable de se mettre en colère ? A-t-il d’autres émotions que du vent ? Je me demande.. et je devrais pouvoir le savoir sans trop d’efforts. Tout ça ne pourrait être qu’un banal test sans utilité mais ce n’est pas dans cette idée que je provoque le contact. Le toucher.. doit être mon sens préféré. Quoique le goût.. je retiens mon sourire en chassant quelques flash de ma nuit dernière et je plisse légèrement les yeux. Le regard qu’il me jette à l’évocation d’une éventuelle comédie dramatique me pousse à me mordre l’intérieur de la joue avec satisfaction. Amateur du réaliste donc.. mais tout s’achète. Et ici c’est avec les réponses à mes questions. Pourquoi devrait-il avoir le monopôle de la leçon ? Je n’ai jamais été une élève passive, j’ai toujours cherché à comprendre ce qu’on a voulu m’enseigner. Il ne fait pas exception, loin de là. Je mentirais si je disais que sa réponse ne m’étonne pas, je mentirai également si je disais qu’elle me choque. Après un silence de courte durée, une contenance, je note

“Je vois, mais ne nous confond pas.”

Mes derniers mots sonnent ironiquement comme un avertissement. Il ne faudrait pas qu’il se leurre entre la souffrance qui l’a attiré à moi et la douleur qu’il pourrait provoquer. Le mal que je me fais appartient à deux catégories distinctes sur lesquelles je n’ai pas tout pouvoir. Il y a celle qui murmure à mon oreille, qui alimente et fait languir mon agressivité.. et celle que j’entretiens parce que j’aime tant la partager avec Clyde, mon intime et éternelle petite vengeance qui ne prendra fin que le jour où l’un de nous deux finira par en crever. Rien de d’y penser me fait un bien fou, je n’ai même pas remarqué que j’ai fermé les yeux l’instant d’un fourmillement traversant mon corps. Je suis profondément ravie de ce petit intermède introspectif car il me permet de poser comme un nouveau regard, tout neuf, sur celui dont je ne connais pas le nom et dont l’idée ne me vient même pas de le lui demander. Je n’ai pas terminé, tout comme lui je n’ai pas eu ce que je voulais et j’ai horreur de ne pas entrevoir ce que je prends le temps de guetter. Alors je recommence, ou plutôt je continue ; je touche et pour la première fois je goûte mais à peine le bout de mes doigts quittent-ils mes lèvres que l’arôme du sang disparaît rapidement de ma bouche.. trop court. Je sais déjà que ça ne me marquera pas et c’est décevant. Alors je parle, ça compensera, jusqu’à la question de trop qui le fait réagir. Ce n’est pas extraordinaire mais c’est toujours ça, enfin. Je hausse les épaules avec la pensée qu’en plus de la douleur, il est complètement obsédé par les caprinés, ce qui doit être le plus inquiétant des deux.. ou le plus ridicule, j’hésite encore. Au delà de ça, je suis assez satisfaite de ce qu’il me dit.. cependant je préfère commenter cet élan de coopération de sa part.

“J’aime. Je préfère. Démontrer un semblant de vie n’est pas un luxe quand on souhaite façonner celles des autres, tu sais ça ? Tu es mignon.” J’appuie le terme aussi insensé qu’inapproprié avec insolence. Le fait est que je ne ressens ni le besoin ni l’envie d’être une « bonne élève ». Mon corps et mon visage sont très biens comme ils sont, s’ils ne plaisaient pas autant je m’ennuierais même probablement beaucoup plus dans la vie. “Mais c’est un coup dans l’eau, mon loup. Ne sois pas trop déçu..”

Comment pourrais-je me faire prédatrice de l’ombre de ce montre ? Je l’avoue j’y ai songé, je l’ai désiré pendant plusieurs secondes quand je l’ai vu chatouiller sa lame brillante. Mais je prends une longue inspiration et je lui adresse un sourire qui n’aurait pas lieu d’être.

“En fait, tu viens plutôt de me convaincre d’en profiter avant qu’il ne soit mordu par le temps. Tu vas trouver ça fou mais on va dire qu’il a une valeur sentimentale à mes yeux.”

Je doute qu’il comprenne toute l’utilité de bien paraître devant la majorité et je ne veux ne veut pas devenir aussi creuse qu’il ne l’est. Vivre pleinement, ressentir.. mais pas que l’entaille fine et délicate d’une arme blanche bien affûtée, il ne connaît pas ces choses et je n’ai pu que le constater. Il se croit au-dessus mais il manque tout. Je pourrais le plaindre mais il n’apprécierait pas ça. Et pour le moment me vient l’acide l’intuition que si je ne mets pas fin à cette conversation, elle pourrait mal tourner. J’imagine mal cet homme me retenir mais je pressens un éveil, difficile de savoir exactement de qui et de quoi par contre. Je fais mine de réfléchir en détournant les yeux et en enfonçant ma main dans ma poche. Ce n’était pas par provocation que je sors une autre cigarette, c’est une façon de mettre un point final. Mais juste avant de me détourner pour partir, je me penche doucement vers mon inconnu au rasoir.

“Range ton jouet, on dirait que le Croquemitaine va devoir rester sous le lit cette nuit..”

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MessageSujet: Re: Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan


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Il n'y a pas d'art pour découvrir sur le visage les dispositions de l'âme ▬ Dylaan

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