Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira-

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MessageSujet: Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira- Dim 19 Déc - 18:56

Je me réveillais en sursaut, mais me forçais à garder les yeux fermés. Le temps de me calmer. J’avais toujours eu le sommeil léger, empli de rêves et de cauchemars. Ceci était peut être dû à l’environnement dans lequel j’avais grandi, qui, s’il me convenait, n’était certes pas le plus joyeux qui soit. Mais quelle qu’en soit la raison le fait était là, bien réel. Déjà, les bribes de rêves s’effaçaient, dans le clair obscur de ma mémoire. Je me demandais si ce n’était pas une réminiscence de mon passé, parce que les scènes m’avaient paru vaguement familières. Il m’était déjà arrivé de revivre mes premières blessures physiques, lors d’une des multiples missions que j’avais effectuées aux côtés d’autres membres de l’Opération Apocalypto. En plus de vingt ans de vie dans la base, les bases, plutôt, j’avais vécu de nombreuses choses. Je ne pouvais pas me plaindre d’une vie trop banale… Et j’appréciais cela pleinement, savourant cette chance que j’avais de combattre pour mes idéaux. Nos idéaux.

J’ouvrais les yeux, après deux ou trois minutes de réflexion dans le silence seulement troublé par ma respiration. Comme chaque matin, ma première vision fut le plafond blanc de ma petite chambre. Tristement banale, la pièce ne comportait que le strict nécessaire, mais c’était déjà beaucoup, par rapport à ce que d’autres mutants de l’Opération pouvaient avoir. Et je n’avais pas besoin de plus, au fond. Pouvoir aider me suffisait, pouvoir défendre une cause qui pour moi était juste, c’était bien assez. Je jetais un coup d’œil vers la petite table de chevet qui trônait à côté de mon lit, soupirais en constatant qu’elle était vide. Pas d’ordre de mission… Et ça faisait plusieurs jours que ça durait. Je ne sortais que pour des missions assez importantes de la base, et il fallait que d’autres membres de l’équipe Bastet m’accompagnent. Je comprenais aisément ces dispositions : mon ADN et mes pouvoirs ne devaient pas risqués d’être perdus, et je n’étais pas réellement une combattante. Mon entraînement m’avait appris à me faire discrète, à approcher une cible en silence, bref, à neutraliser les dons mutants dans de bonnes conditions, sans me faire devenir pour autant une soldate.

Je me redressais, sortais de mon lit, et traversais la pièce. Ce fut très vite fait, bien entendu. Avec des mouvements rodés par une longue habitude, j’enfilais l’uniforme d’Apocalypto que j’avais endossé pour la première fois des années auparavant. J’enfilais la montre posée par-dessus le tout, en vérifiant l’heure au passage. 7h12. Il était plus tôt que je ne le pensais, au final. Je prenais ensuite les vêtements, de type militaire bien évidemment, et m’habillais : en passant, je posais les yeux malgré moi sur mon épaule, et le tatouage qui l’ornait. Je savais pertinemment que j’aurais pu sentir la puce dont j’étais équipée en posant la main dessus, mais je ne le fis pas. Malgré ma compréhension de cette nécessité d’équipe de contrôler les mutants, je n’appréciais pas énormément la présence de ce corps étranger en moi. C’était perturbant, et je trouvais cela un peu dégradant par moment. Cependant, s’il ne fallait que cela pour que mes collègues de travail s’estiment satisfaits, ça ne me dérangeait pas. Et puis, elle n’était pas encombrante, cette puce, si ? Je prenais mon temps, vérifiais que j’avais ce qu’il me fallait, puis sortais de la pièce à la recherche de Dorian. A la fois parce que j’avais envie de parler à quelqu’un, avant que la journée ne commence réellement, et aussi pour lui demander s’il n’y avait vraiment rien que je ne puisse faire. Je savais déjà, pourtant, que j’allais sans doute passer la journée avec les chercheurs de l’opération, peut être à entraîner mes dons, également. J’avais sauté le petit déjeuner, n’ayant pas du tout faim, et malgré mes efforts, il n’était que 7h20 quand je partais. Ce jour promettait d’être long, à première vue…

Je traversais ces couloirs que je connaissais bien, ces couloirs qui constituaient mon seul chez moi, sans faire vraiment attention à ce que je faisais. Je vivais depuis un certain temps dans cette base ci, après tout. Je rêvassais tandis que je me rendais au bureau de l’agent Whitewood, saluant malgré tout poliment les personnes que je croisais, quelles qu’elles soient. Mauvaise surprise en arrivant cependant : la secrétaire de mon supérieur m’apprit que celui-ci était encore de sortie aujourd’hui. Il lui arrivait très souvent de partir en réunion, où je ne sais où, ces temps ci. Je restais un instant désemparée, devant la porte, avant de me reprendre, en me souvenant de ce qu’il m’avait conseillé si j’avais une quelconque question en son absence : d’aller voir sa collègue, Zahira Al-Mansûr.

Celle-ci m’intimidait, pourtant. Je la côtoyais bien moins que Dorian, et toujours dans un cadre strict : mission, rapport à rendre, ce genre de choses qui n’exigeait pas énormément de paroles, au final. Et puis, cette femme était impressionnante : sa force de caractère, son courage, ne cessaient de m’étonner. J’étais à l’opposé de celle-ci, clairement à l’opposé. Là où je me contentais d’obéir, elle donnait les ordres, et quand je ne devais qu’appliquer ceux-ci, elle avait la responsabilité de nous mener… Après une courte hésitation, je remerciais donc la secrétaire, dont j’avais oublié le nom sur le coup, et faisais volte face. La dirigeante de l’équipe Bastet était absente également, elle était, d’après ce que l’on me dit, partie donner des ordres de mission à divers membres de l’Opération. Je soupirais légèrement. Apparemment, ce n’était pas mon jour du tout. Je haussais pourtant les épaules, et me résignais à repartir dans ma chambre, pour attendre que l’on ait besoin de moi.

En chemin, je réfléchissais tranquillement à ce que je pourrais y faire. Je n’avais rien à écrire pour l’administration : j’avais au moins cette qualité d’être très ordonnée, et sitôt qu’une de mes activités exigeaient un quelconque rapport, je le réalisais consciencieusement. J’aurais pu aller m’entraîner au tir, mais je n’en avais pas la moindre envie. Alors que d’habitude j’étais très volontaire, et trouvais toujours quoi faire, aujourd’hui l’envie d’agir, réellement, vibrais en moi. Cependant, cela m’était impossible tant qu’on ne me l’ordonnait pas, c’est pourquoi je me morigénais intérieurement, m’adjoignant à garder patience. Je marchais les yeux baissés, une marque de ma timidité j’imagine, quand j’entendis mon nom prononcé. Je relevais le visage, et remarquais ma supérieure, plantée au milieu du couloir.

Je me disais que je l’avais trouvé, mais, maintenant que j’étais en face d’elle, les mots que j’aurais voulu prononcer, à savoir « est ce qu’il n’y aurais pas une mission pour moi », refusaient de sortir. J’étais intimidée en présence de cette femme, comme toujours. D’autant plus que j’ignorais ce qu’elle voulait me dire. Je me contentais donc de répondre d’une voix que j’espérais clairement audible (il me sembla que c’était le cas) :

    « Bonjour, Madame Al-Mansûr. Je peux faire quelque chose pour vous ? »


Je restais polie, et, avec une certaine joie, maîtresse de moi. Il m’était arrivé plus d’une fois de perdre mes moyens, en cas de situation imprévue comme celle-ci. J’appréciais d’avoir des certitudes, un cadre duquel je ne sortais pas, ce genre de choses rassurantes… j’espère que vous comprenez ce que je veux dire par là. Je restais debout, un peu raide, je m’en rendais bien compte, en attendant la réponse de ma supérieure. Je ne regardais pas réellement celle-ci, toujours déstabilisée par un contact direct. Je me savais incapable de soutenir son regard où brillait toute la détermination du monde, et peut être même un peu de dégoût à mon égard. J’avais l’habitude de voir ce genre de ressentis, et ils ne m’embêtaient pas tant, au fond, puisque je les comprenais… J’étais une mutante, une créature qui n’aurait pas dû exister, et je me surprenais souvent à acquiescer à ces réactions là. Les mutants n’apportaient rien de bon à la Terre. J’avais simplement pour moi l’avantage d’avoir les yeux ouverts sur cette réalité, de savoir où était le juste combat, de savoir ce que je devais faire. Je chérissais cet objectif, et j’essayais de me dévouer corps et âme à l’Opération du même coup. Même si cette envie de la voir triompher ne suffisait pas, généralement, et à mon grand regret. Puisque c’était ainsi, je faisais contre mauvaise fortune bon cœur. Et encore, parler de mauvaise fortune était singulièrement exagéré, je n’avais aucune raison acceptable de m’estimer malheureuse…

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MessageSujet: Re: Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira- Lun 27 Déc - 15:27

// encore désolé pour cette petite attente ma choute ^^ //

C'était un jour comme les autres, je sortais de ma maison de bon matin pour me rendre au travail, à une heure aussi matinale, 6h30 précise, je ne croisais personne dans les rues, mais les quelques regards que me jetais les gens me faisait devenir méfiante, étais-ce des mutants ou non ? J'avais tellement de difficultés à les reconnaître au premier abord, car rien ne les différenciais physiquement de notre race, tout était intérieur, et c'était ça le pire, ils étaient rongés par le mal dans leur génétique même et ils ne pouvaient ni lutter contre ni faire semblant. Je marchais droit vers mon objectif, j'essayais de ne pas prêter attention aux personnes autour de moi, je me forçais à rester calme, sans vraiment avoir le choix que de garder mon sang froid, même si je n'étais pas très accoutumée à croiser des inconnus, tout cela ne me faisait pas peur mais me rendait mal à l'aise. Le QG n'était pas loin, caché dans un asile de fou, cette cachette était presque parfaite car nous étions tout sauf fous. J'avoue que certains agents sortaient un peu du lot mais rien de grave ni d'alarmant, rien à voir avec une pathologie quelconque. L'asile était vide à cette heure et je ne m'attardais jamais au rez-de-chaussée car les cris étranges qui sortaient parfois des chambres ne me rendait pas particulièrement sure de moi. Je me rendis rapidement au sous-sol et c'est seulement au moment où je pénétrai le Que que ce sentiment de malaise me quitta, là tout m'était familier, j'étais plutôt heureuse de pouvoir retourner entre ses murs familiers que j'affectionnais tant. Pour une fois j'étais d'ailleurs partie la première, Sahid était resté couché encore quelques heures, j'avais besoin de travailler, je me sentais vide sinon. Dorian était encore absent, il devait être en mission car son absence était plutôt imprévue, ou encore une de ces réunions de dernière minute. Peu importe, c'était mieux sans lui de toute manière, ile ne faisait que me mettre des bâtons dans les roues et m'empêchait d'avancer comme je le voulais. En plus tous ses agents étaient dirigés vers moi ce qui me permettais enfin d'avoir un peu le contrôle sur eux, ce qui n'était pas le cas en temps normal, il gardait bien précieusement ses protégés, de peur peut-être que je leur fasse du mal. Je me serais bien passée pourtant de la visite de l'une d'elle, une mutante qui malgré son efficacité me répugnait. Je ne pourrais jamais l'apprécier à sa juste valeur, tout simplement parce-que pour moi elle n'en a aucune. Enfin, je ne pensais pas qu'elle me dérange, car ce jour semblait plutôt tranquille, j'avais de plus une mission à remplir dans les locaux même du QG, simple vérification dans les locaux où étaient menée les expériences sur les mutants, je me devais de vérifier les dispositifs de sécurité mis en place dans cette zone et surtout de l'utilité même de certaines expériences, il m'arrivait parfois aussi de devoir sélectionner les mutants qui servaient encore à quelque chose de ceux qui n'aurait pour seul destin que la mort.

Mais j'avais encore un peu de temps, je me rendis à mon bureau, il était à nouveau en ordre, ce qui je l'avoue n'était pas souvent le cas, il fallait croire que Dorian était passé par là et puis j'avais « prié » une secrétaire de faire son sale boulot dans mon bureau également, car ce désordre m'énervait et que j'étais absolument dépourvue du moindre sens de l'organisation. En tout cas l'ordre de mission qu'il me fallait remettre à un de mes agents, je n'avais pas encore décidé lequel, était soigneusement déposé sur la table, il ne me restait qu'à le donner à celui ou celle qui m'accompagnerait aujourd'hui dans mes vérifications. Cela pouvait paraître étrange mais cette mission me plaisait, j'aimais l'action c'était vrai mais le fait de pouvoir avoir main mise sur la vie de ces créatures me plaisait assez aussi. Je n'étais pas sadique, non, simplement j'avais des convictions et tenaces, ça me rendait un peu névrosée parfois je l'avoue. En tout cas ce n'était pas le moment de me reposer sur mes lauriers, je m'étais assise, avais ouvert le dossier qui contenait les fiches de tous les agents et je le consultait à présent. Oui je ne connaissais pas tous ceux qui étaient sous mes ordres, il n'y en avait pas des masses mais assez pour se perdre dans le peu de mémoire que j'avais. Les photos défilaient, les noms, j'essayais de rassembler quelque souvenirs sur eux pour ne pas avoir à consulter le reste de leur fiche, mais certains m'étaient décidément vraiment inconnus. Ils partageaient tous le même rêve que le mien mais je ne les connaissais pas, ni leur vie, ni leurs expériences ni même, parfois, leur rôle au sein de l'opération. J'aurais pu vouloir les connaître, réaliser cette mission avec eux, mais je n'avais pas envie, pour une fois que l'on me laissait le choix de mon coéquipier je voulais quelqu'un en qui, soit j'avais confiance, soit que je voyais parfaitement coller pour cette mission. Je pensais à Liam, qui aurait pu être le seul à ne pas avoir de scrupules à tuer n'importe quel mutant, mais notre dernière rencontre m'avait quelque peu refroidie. Ce qui était le plus énervant avec l'agent Liam Winchester c'était son incapacité à écouter et obéir aux ordres. Ce qu'il me fallait aujourd'hui c'était quelqu'un 'obéissant, comme ça il me serait facile de faire ce que je voulais, enfin plutôt de ne pas avoir quelqu'un de trop regardant qui irait tout raconter à Dorian si je faisais quelque chose à la limite de ce qu'acceptait mon collègue. Je parcourais toujours les fiches jusqu'à trouver celle de la mutante à laquelle j'avais pensé il y a quelques minutes, elle s'appelait donc Leeloo, je lui trouvait un visage très enfantin pour une jeune fille de 25 ans, comme si elle était apeurée, elle avait de quoi car si je l'avais pu je l'aurais tuée le jour même de mon entrée à l'opération. Elle était dîtes discrète mais avec un pouvoir efficace, oui, elle bloquait les pouvoirs mutants, parfait. Voilà ce qu'il me fallait, avec ça les mutants enfermés ne me poserait aucun problème, cela me garantissait une sécurité supérieure. Le seul, et pas des moindres, problème, c'était que cette jeune fille était une mutante, tout ce que j'exécrais, surtout ceux qui se prétendaient soutenir l'opération alors qu'il restait toujours ce que l'on devait exterminer, il n'existe pas de mutants différents, il n'existe qu'une race, qu'une nature de mutants : ceux que l'on doit tuer. Il me fallait pourtant me contenter cette jeune fille, de plus elle pourrait voir la réaction de cette fille au moment de choisir le mutant à exterminer, comme une sorte de test pour la jeune fille, il lui fallait vérifier la fidélité et la soumission de cette mutante, je pourrais peut-être m'en servir un peu, avant de trouver un moyen de la faire expulser de cette opération et la tuer. Il n'y avait pas d'autre destin pour elle.

Je reposai, mes fiches sur le coin de mon bureau, en désordre, pas de temps à perdre au rangement inutile. Je pris l'ordre de mission pour Leeloo, même s'il nous faudrait partir directement sur notre lieu de mission. Je sortis de mon bureau et me demandais où chercher la jeune fille, je savais qu'elle vivait dans une chambre dans l'opération, heureusement d'ailleurs car je n'aurais jamais pu tolérer qu'elle puisse se balader en liberté, j'acceptais déjà énormément de choses à son sujet. Je me dirigeais vers la chambre, à l'opposé de l'endroit où était mon bureau. Quelques minutes après être sortie de mon bureau, j'arrivai devant sa chambre, elle était sobre, très sobre, elle acceptait de vivre dans d'étranges conditions, contrairement aux mutants hostiles que je côtoyait d'habitude, elle acceptait des conditions de vies qui auraient horrifiées d'autres mutants de son espèce. Cette jeune fille était décidément bien étrange, je savais que je ne pourrais jamais l'apprécier, je ne voulais pas la connaître non plus, elle m'intriguait, pourquoi se laisser ainsi soumettre à des lois qui visait la destruction de sa race, c'était trop étrange. Il devait y avoir quelque chose derrière ce caractère trop soumis. Je frappai à la porte, après quelques secondes d'hésitation, personne ne répondit. Je frappai plus fort, un peu énervée d'être ignorée, toujours rien. Sans hésité j'ouvris la porte, personne n'était là, seul un lit aussi simple que la décoration, quelques meubles, rien. Je refermai la porte sans observer plus longuement la pièce, je n'avais pas envie d'essayer de me poser plus de questions, je voulais simplement trouver la jeune fille. Je me dirigeai dans les recoins de l'organisation, en direction de mon bureau, je cherchai la jeune fille, mais je ne savais pas du tout où elle pourrais être. Cela m'énervais de devoir la chercher alors que j'aurais déjà du être sur les lieux de ma mission.

J'étais au milieu des couloirs quand les cheveux noirs de la demoiselle que je cherchais m'apparurent. Je l'interpellai simplement, elle était devant moi, raide, l'air un peu timide mais cependant une certaine joie se dégageait d'elle. Elle me donnait vraiment l'impression d'être une gamine insouciante complètement dévouée à ses parents, et dans ce cas, chefs. Elle me dit avec une politesse, que j'entendais rarement de la part de mes agents, ce que je voulais d'elle. Je me rapprochai d'elle et tout en lui tenant l'ordre de mission lui répondit :

- « J'ai une mission pour vous. Non pas que ce soit un plaisir de faire cela avec vous, mais je pense que vous êtes la bonne personne pour cela. Prenez connaissance de l'ordre de mission et suivez-moi. »


Je lui laissai quelques instants pour parcourir le papier que je venais de lui tendre. Il fallait faire vite car ce genre de mission prenait comme même quelque temps. Je me dirigeai dans les sous-sols du QG tout en vérifiant que la jeune fille me suivait toujours. Les couloirs se succédaient, je n'avais même pas pris la peine d'attendre une quelconque réclamation de la part de la jeune fille, je voulais simplement commencer la mission au plus vite et observer les moindres réactions de Leeloo.

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MessageSujet: Re: Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira- Jeu 20 Jan - 17:06

J’étais décidément bien mal à l’aise en présence de ma supérieure. Sans le montrer pour autant, car tant que l’on ne me cherchait pas, j’arrivais à rester calme, sans perdre mes moyens. Simplement, je voyais bien que nous ne nous ressemblions en rien, et cela m’intimidait. Fine, un maintien sûr, ses longs cheveux bruns tirés en arrière, et surtout, surtout, des yeux qui montraient toute la détermination du monde. Zahira Al-Mansûr n’était pas de celles qui abandonnaient, c’était une battante, une femme de caractère qui s’était lancée corps et âme dans la guerre contre le gène mutant. Une femme impressionnante à tout point de vue, qui méritait, à mon sens, bien plus que du respect. J’avais l’envie et le besoin de faire ce qu’elle attendait de moi, de l’aider au mieux, avec mes quelques capacités… Madame Al-Mansûr m’avait interpellé alors que je m’étais résigné à retourner m’ennuyer un peu plus dans ma chambre. Ses paroles me mirent aussitôt du baume au cœur. Une mission, quelque chose à faire pour la cause de l’Opération… Certes, je voyais la désapprobation dans le regard qu’elle posait sur moi. Je voyais bien qu’elle n’aurait pas souhaité une mutante dans cette base autrement qu’enfermée. Je l’entendais même, puisque qu’elle m’annonça clairement qu’elle aurait préféré travaillé avec quelqu’un d’autre. Mais je passais outre, sans même le lui reprocher de quelque manière que ce soit. Ça me semblait tellement normal, en somme. J’assumais l’erreur de la nature qui avait modifié mes gènes uniquement parce qu’elle était utile. Sinon, je suppose que j’aurais eu de l’animosité envers moi-même. Je me contentais pourtant de faire avec la réprobation de mon entourage, qui considérait ces faveurs que l’on me faisait inutile, d’autant plus depuis que l’utilisation de balles au même pouvoir que moi s’était répandu. Et puis, ce que je ne comprenais pas, c’est qu’on trouve encore des personnes, rares, certes, qui acceptent de me côtoyer sans arrière pensée. L’idée générale était que je me fichais pas mal du regard que ma supérieure posait sur moi. Tout ce que je voulais, c’était réussir au mieux ma mission, pour contenter cette femme exigeante mais loyale à Apocalypto… Pour pouvoir dire que j’avais fait ce qu’il fallait. Si elle était venue me trouver moi, malgré son évidente réticence, c’est qu’elle comptait sur moi, au fond. Je m’enjoignais en moi-même à donner mon maximum, quelle que fut ma mission.

Je tendais la main pour récupérer la feuille de papier qu’elle me tendait. Ordre de mission, à l’intention de Leeloo Sacha Littleton… Je parcourais en diagonale l’entête jusqu’à trouver ce qui m’intéressait. A savoir la description par le menu de ce que l’on attendait de moi. Je lisais d’un air impassible mes ordres, bien que je ressente un certain dégoût au fond de moi. Je savais n’avoir pas le choix… Parfois, il me fallait faire ce genre de choses. Ce ne serait ni la première, ni la dernière fois. Je n’aimais pas trop dominer ainsi mes semblables (cela me répugnait, mais c’est bel et bien ce qu’ils étaient)… Ni dominer qui que ce soit par ailleurs. J’étais faite pour obéir, pas pour dicter des règles. Et en ce moment, il me fallait obéir au chef de l’équipe Bastet. Et j’allais le faire, puisque c’était mon devoir, plus que pour tout autre, de réparer l’erreur de la nature qui m’avait fait naître. A Apocalypto, Ils appelaient cela la « neutralisation de mutants dangereux et inutiles ». Je n’y voyais qu’une pure et simple élimination, qui allait bien mal avec mon tempérament que je savais doux et effacé. Je m’enjoignais cependant au courage : je m’étais construite impitoyable dans ma lutte contre le gène mutant, je ne m’arrêterais pas à si peu de choses. Si cette mission n’allait pas être une partie de plaisir, il me plaisait pourtant de pouvoir montrer mon utilité à ma supérieure, et peu m’importait que des innocents doivent y perdre la vie. Du moins est ce que j’essayais de penser. Pour une fois, et à ma grande joie, je parvins sans mal à cacher le débat qui m’agitait. Le gène n’avait rien apporté de bon à cette planète, à part cette guerre de l’ombre que je menais au côté des miens. Et dans une guerre, il fallait faire des sacrifices. Si l’on m’ordonnait de prêter mes capacités à Mme Al-Mansûr, et bien soit. Celle-ci avait déjà fait demi tour, et s’avançait d’un pas assuré dans les couloirs.

Je réagissais aussitôt, m’élançant en avant à sa suite, la rattrapant bien vite. Elle se retourna brièvement à cet instant pour vérifier que je la suivais. Déférente, je m’étais arrêtée un peu en retrait, la suivant à peu de distance. J’étais de loin inférieure à cette femme, et j’avais toujours montré un grand respect de ce qu’on pourrait appeler un protocole, au fond. Il fallait savoir respecter la hiérarchie. C’était tout à fait naturel, il y avait ceux qui donnaient les ordres, et ceux qui les suivaient. Ces derniers respectaient leurs supérieurs, et voilà. Je me serai de toute manière mal vue donner des ordres à qui que ce soit. Il n’était pas dans mes habitudes de faire preuve de trop d’esprit d’initiative. A partir d’une directive, je parvenais à raisonner suffisamment pour la réaliser, coûte que coûte. Et c’était ma propre force, de savoir obéir intelligemment.

Je suivais donc Zahira, tandis que nous nous enfonçions de plus en plus sous terre. Je devais forcer l’allure pour ne pas la perdre de vue,et je me demandais un instant si c’était dû à son envie de rester le moins possible avec moi, ou simplement son rythme habituel. Il nous fallut un certain temps pour atteindre les cellules des autres mutants de l’opération. Si la mienne était ailleurs, c’était pour plusieurs raisons. Il était de notoriété publique (au sein de l’opération, bien entendu) que j’aidais Apocalypto de mon plein gré, et non pas contrainte et forcée. Sans que je n’aie gagné la confiance de mes co-équipiers, cela avait suffi pour m’octroyer un peu plus de libertés qu’à d’autres. Pourtant, au départ, je vivais encore dans cet étage lugubre, et je devais attendre qu’un chasseur vienne m’ouvrir pour sortir. Jusqu’à ce que Monsieur Whitewood intervienne en ma faveur. Depuis, je vivais dans une chambre plus agréable, puisque je pouvais la quitter à ma guise, tant que je ne troublais pas l’ordre. Cette avancée était sans aucun doute possible également due à la puce que l’on m’avait injecté. J’étais reconnaissante de ce changement. J’étais mal à l’aise au milieu de mes semblables. Certains connaissaient mes idéaux, et me considéraient donc comme une « traîtresse ». Pourquoi ? Ils ne cherchaient pas à comprendre, et leurs yeux accusateurs me suivaient en permanence, jusque dans mes cauchemars, parfois. Je ne trahissais personne pourtant ! Aurais je dû supporter une cause néfaste sous prétexte que je portais sa marque dans mon sang ? Je me battais contre ce que j’étais, et j’étais réellement navrée que d’autres ne fassent pas de même. Etre un monstre par notre corps ne nous forçait pas à l’être dans nos têtes aussi, si ?

Pour cela, tandis que nous entrions dans le couloir où était détenus les mutants, je ressentais une vague appréhension. Courageusement, je la faisais taire, sous ma détermination, que je savais sans failles. Ma supérieure s’arrêta devant une porte sans distinction particulière, comme toutes les autres verrouillée grâce à divers systèmes tous à la pointe de la technologie. Je restais un pas derrière la jeune femme, me tenant bien droite et immobile dans l’attente de ses ordres. Mes yeux posés sur l’autre, je demandais de ma voix douce, mais claire et sûre :

    « Quels sont vos ordres, Madame Al-Mansûr ? »


Je me demandais si je devrais me servir de mon « don ». (malédiction aurait mieux convenu à mon sens). Je pensais que oui, puisque j’étais souvent appelé pour cette capacité, toujours même. C’était après tout ma meilleure arme. Je réunissais donc mes forces. Neutraliser les pouvoirs de quelqu’un n’était pas un acte anodin, même si la pratique avait fait peu à peu disparaître toutes les conséquences physiques qui suivaient. Mais je me sentais toujours étrangement vide, après coup, comme si mon corps refusait l’acte contre nature que j’accomplissais en quelque sorte. C’était déroutant, pas forcément désagréable, juste déroutant. Simplement ça…




/c'est vraiment nul, désolée -_-"/

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MessageSujet: Re: Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira- Mer 9 Mar - 20:41

//Voilà ta réponse tant attendue... désolé pour l'énooooooorme retard mon chou//

La jeune mutante me suivait difficilement mais arrivait tout de même à rester assez près pour que ne la perde pas de vue. Je n'avais aucune confiance en elle, et même si je la savais bien inférieure à moi, je ne voulais pas qu'elle me file entre les doigts, je préférais la surveiller, qu'elle reste bien sagement derrière moi, pour faire la seule chose dont elle était capable de faire, utiliser son pouvoir. Je me chargerais bien sur du reste, de toute manière elle ne pouvait rien faire d'autre, elle ne servais à rien et les bons à rien restent derrière et attendent leur heure. C'était la seule chose qu'elle avait le droit de faire, en mon sens, mais bien malheureusement elle avait plus de droits et de confort qu'elle n'en méritait. Arrivée à l'étage le plus bas, à ma connaissance, du QG, un long couloir nous séparait u lieu exact de notre mission, encore séparé par une porte, surement la plus sécurisée jamais conçue. Je m'approchai, sans plus prêter attention à la jeune mutante, et commençai à percer la sécurité de la porte, entre les codes, mots de passes, reconnaissance vocales et tout ce qui s'en suivait, j'en avais pour un certain temps. La jeune fille était désormais juste à coté de moi et attendait mes ordres. Elle avait posé la questions quelques secondes auparavant mais j'avais préféré ne pas répondre de peur de la tuer sur le champ, ce qui m'aurait causé plus de torts qu'à elle. Ses questions idiotes, et son ton faussement poli et détaché me tapait sur les nerfs, si je l'avais pu j'aurais aimé la faire taire à jamais, mais je l'avais choisie pour cette mission et je devais me tenir à ce choix, c'était comme si j'avais reçu un ordre du moi-même et un ordre ne se discute pas. De plus, son pouvoir était extrêmement utile en cette situation, même si le fait de dire qu'elle pouvait être ne serais-ce qu'un minimum utile à cette opération me répugnait.

La porte était désormais ouverte et on pouvait dire que l'on pénétrait désormais dans un tout autre environnement que celui que nous allions quitter. L'air sentait la mort, quelques cris émanaient parfois des cages, oui on pouvait qualifier ces cellules de cages, qui devaient pourtant être insonorisés, pour éviter quelques problèmes avec les « voisins ». J'étais habituée à cette atmosphère mais j'avoue que sans ressentir de la pitié, un dégout profond s'insufflait en moi à chaque fois que je pénétrais dans cet endroit. Un dégout à la fois vis-à-vis de cet environnement nauséabonde et pour les créatures qui le hantait. J'avais complètement oublié Leeloo et puisqu'elle n'était pas assez intelligente pour comprendre toute seule, et avec un ordre de mission en plus, ce que l'on attendait d'elle, je devrais lui répéter. Mais en attendant je fis un tour rapide dans la rangée de cellules dans lesquelles étaient enfermées les mutants. Ils avaient tous ce regard que je haïssait tant, ce regard de haine, mais pire encore dans lequel brillait la conviction d'être humain ou du moins de mériter leur place à nos cotés. Ils souffraient, j'en étais persuadée, plus ou moins, mais ils souffraient, et tant que malgré la souffrance cette flamme brillait encore dans leurs yeux c'est qu'il n'avait pas perdu leur peu d'utilité. Voilà tout ce que j'examinais, tout du moins pour le moment. Je voulais voir en eux toute l'horreur de leur nature, et c'était en réalité ce qui me réjouissais. Quand certains voulait voir ce qu'il y avait d'humain en eux et cherchais même à faire ressortir ce qu'il y avait d'humain en eux, comme Sahid essayait désespérément de le faire, moi je cherchais à enlever ce qui pouvait faire qu'ils ressemblait tant à des humains sans en être pour autant. C'est pourquoi j'appréciais ce genre de mission, ces missions où je pouvais faire valoir, enfin, me idéaux, sans avoir de faux défenseurs de l'humanité sur le dos, comme Dorian. En ce moment j'étais libre de dénigrer toute l'horreur de leur nature, libre de faire ce que je souhaitais, libre de leur montrer toute ma supériorité. A eux, comme à Leeloo, je voulais lui montrer à quel point elle ressemblait à ces créatures enfermées, à quel point la peur que je voyais dans leurs yeux ressemblait à la faiblesse que je voyais dans les siens. Je voulais bien croire que son pouvoir pouvait servir mais pourquoi lui donner tant de privilèges ? Décidément tout cela dépassait ce que je pouvais comprendre, non je ne pourrais décidément jamais comprendre ça.

Je dépassais la première partie de la pièce, séparée de la deuxième par ce qui avait été une cloison détruite par l'opération pour des raisons de manque de place, je voyais dans la deuxième partie des mutants moins de haine, moins de conviction, j'y voyais plus de peur et de désespoir, oui un grand désespoir et plus je me rapprochais de l'ultime cellule, plus ce désespoir grandissait dans leurs yeux, ils se savaient condamnés, ces mutants situés dans les dernière cellules étaient ceux qui n'avaient pour le moment rien apporté de concluant aux scientifiques et qui donc ne servait vraiment plus à rien. C'était dans cette poignée de créatures que je devais choisir les individus qui n'allaient pas passé la nuit, ni même la journée d'ailleurs. Quand mon choix sera fait, tout ira très vite, mais encore me fallait-il choisir, et cela n'était pas si facile. La question n'était pas de savoir qui j'avais envie de tuer, car si cela avait été ainsi j'aurais tué tous les mutants présents ici, Leeloo y compris; non, je devais faire un choix, presque contre mon gré, je devais m'approprier la logique des chercheurs, ou celle de Dorian d'ailleurs, pour ne pas éliminer les « mauvais » mutants. J'avoue que de vivre avec un mari comme le mien m'était particulièrement, nos deux caractères étaient nécessaires dans cette mission dans laquelle tuer avec froideur était nécessaire mais pas tuer n'importe qui, voilà pourquoi j'étais parfaite pour exécuter cette mission. C'était aussi une des raisons pour laquelle j'avais choisi Leeloo pour m'accompagner, car le seul reproche que je ne pouvais pas lui faire était celui d'être agaçante. A vrai dire elle était tout simplement invisible et en ce moment c'était ce dont j'avais besoin. Je n'ose imaginer ce qui se serais passer si j'avais eu Liam à mes cotés en ce moment, il aurait tué sans réfléchir le moindre mutant qui l'aurait regardé de travers, et bien que j'appréciais ce coté de sa personnalité, certains moments il m'exaspérait grandement. En repensant à Leeloo, et son inutilité, je me rendis compte que je n'avais pas répondu à son interrogation et qu'il était justement temps de faire comprendre certaines choses à cette petite.

- « Notre mission, comme indiqué sur votre ordre de mission,
j'insistai sur ces derniers mots, est de neutraliser les mutants, à ce jour, inutiles à l'opération ou tout du moins ceux que les scientifiques considèrent comme inutiles. La seule chose que vous devrez faire, avant que j'élimine nos cibles, sera de neutraliser le pouvoir des mutants dans cette pièce, j'aimerais éviter les escapades de mutants, si vous voyez ce que je veux dire. »

Le moment allait bientôt venir, celui où Leeloo pourrait me prouver qu'elle n'était pas complètement inutile, si seulement elle avait compris le pourquoi de cette mission, non c'était impossible elle était vraiment, comment dire, ce n'était même pas impassible, non végétative. Un mort-vivant aurait eu des réactions plus rapides. Je ne savais pas si ce trait était du à son caractère effacé, ou à son histoire, ou même à son origine, cette jeune fille restait un mystère pour moi, mystère que je n'avais aucune envie de percer d'ailleurs. Cela aurait été simplement intéressant de savoir si il était réellement possible de naitre aussi mou et de ne rien désirer de plus que de suivre sans cesse les autres. J'étais du genre à suivre les ordres que l'on me donnait, je l'avoue, j'étais même plutôt du genre à les donner mais je n'avais jamais vu pareille asservissement de la part d'un subordonné. Enfin, cela devait surement venir de sa nature mutante, après tout ils n'avaient rien d'humains, cette jeune fille peut-être encore moins que les autres.

J'eus fini de parcourir l'ensemble des cellules, je me plaisais à refaire des tours dans un sens et dans l'autre pour observer les réactions changeantes des mutants enfermés, observer tout ce qui se passait en eux, à l'intérieur de leur tête, je cherchais l'inquiétude en eux, je voulais voir monter en eux la peur de la mort, essayer de leur montrer tout ce en quoi leur race était inférieure à la notre, ce ne quoi elle ne valait rien et ne faisait que nous envahir. Je cherchais à voir leur réaction face à leur mort, si ce n'est imminente, inévitable. Je pouvais sembler quelque peu sadique, je crois que ça fait partie du métier et que sans cette pointe de sadisme on ne pouvait réellement être un exterminateur efficace. Car c'est ce que nous étions, rien de plus ni de moins, des destructeurs de mutants en masse et de plus un chouilla organisés pour être plus efficaces. Il était d'ailleurs grand temps que j'exerce ce rôle qui prenait l'entière place dans ma vie, grand temps que je vois, à nouveau le regard d'un mutant s'éteindre devant moi.

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MessageSujet: Re: Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira- Mar 15 Mar - 19:04

Spoiler:
 

Ma supérieure m’ignorait royalement, avec un dédain remarquable que je ne lui reprochais cependant aucunement. Je patientais en silence tandis qu’elle déverrouillait l’une après l’autre les multiples « serrures » électroniques qui barraient l’accès à ce quartier de haute sécurité. Toutes les précautions nécessaires n’étaient pas de trop pour contenir mes frères et sœurs de gène. Mon don était passablement inoffensif puisqu’il avait été créé uniquement pour détruire le gène qui causait ces mutations. J’étais d’ailleurs à la fois fière et consternée d’être née ainsi, avec cette souillure dans mon sang. Fière, parce que je servais la bonne cause, contrairement à des milliers d’autres. En tout cas, à côté de ces cellules ci, ma « chambre » était aussi sécurisée que la boulangerie du coin. Et pourtant elle ne s’ouvrait que de l’extérieur par un code, et quand je mettais les pieds dehors, on me passait un bracelet électronique au poignet : son rôle ? Me neutraliser en cas de problèmes. J’en étais soulagée, puisque j’étais ainsi sûre que jamais je ne cesserai de combattre pour l’humanité. Je m’inquiétais parfois de savoir ce que les mutants qui vivaient au dehors auraient pu me mettre dans la tête. Je ne doutais pas un instant qu’ils soient doués pour laver le cerveau à leurs confrères. Il n’y avait qu’à voir la montée en puissance de l’hostilité ces derniers temps. Bien qu’Apocalypto reste en position de force (nous avions pour nous les moyens, le soutien des autorités locales et fédérales, des technologies autrement plus développées, bref, tous les avantages que la condition mutante ôtait), l’acceptation des mesures anti mutantes étaient de moins en moins répandues.
J’attendais également qu’elle me réponde. J’avais peur de comprendre ce que l’ordre de mission m’ordonnait : participer à une exécution, ni plus, ni moins. J’avais beau m’être durcie, je savais que je menais chacun de ceux que j’aidais à capturer à une existence douloureuse et raccourcie, je n’étais pas insensible. Je me persuadais moi-même que je protégeais ainsi la vie de milliers d’humains innocents, que je me devais d’agir quels que soient les ordres, et que j’ôtais à Madame Al-Mansûr le souci de devoir se méfier des pouvoirs dangereux des prisonniers. C’était difficile, mais nécessaire, me répétais-je. Et puis, une créature créée de toutes pièces par l’Opération n’avait que faire des ennemis de celle-ci. Elle obéissait, simplement. Cette rengaine tournait dans ma tête, encore et encore, écrasant impitoyablement la voix de la pitié qui tentait de se faire un chemin en moi. Hors de question d’abandonner. Après tant d’efforts pour faire le meilleur de moi-même, ce ne serait pas cet acte, aussi horrible que tous les autres par ailleurs, qui m’arrêterait dans ma détermination.
Sans un mot de sa part, nous avancions dans le couloir, la porte derrière nous se refermant sans le moindre son. Je me crispais involontairement. Les quelques cris qui me parvenaient, qui exprimaient tant de désespoir, de douleur, la peur aussi, me paralysaient. Je m’arrêtais un instant, détournant le regard des cellules des cobayes de l’Opération avec dégoût. J’aurais dû me forcer à contempler le spectacle de ce que le gène mutant avait créé. Car oui, c’était bien à cause de celui-ci, que nous devions expérimenter. S’il n’avait jamais existé, jamais je ne serais née, ou peut être que si : j’aurais eu une vie paisible, dans un monde exempt de cette menace sans nom. Je déplorais en silence la nature qui avait autorisé une telle abomination. Ce n’était pas normal. Ce n’était pas ce que l’humanité méritait, aussi instable soit elle… Tandis que je restais immobile, le regard baissé, la co-dirigeante de l’équipe Bastet avançait le long de la rangée, contemplant avec une étincelle de haine dans le regard les pitoyables créatures qui y vivaient – y survivaient. Elle s’arrêta au fond, dans les cellules les plus éloignées : celles qui, je le savais, contenaient les mutants plus ou moins inutiles à l’avancement des travaux des chercheurs. Des mutants qui ne maîtrisaient pas vraiment leurs dons, dont les dons étaient trop atypiques, bref, qui n’apportaient rien de concluant. Je me sentais coupable de penser en ces termes, mais ils étaient inutiles. Ils devaient disparaitre un jour ou l’autre, et apparemment, certains ne seraient bientôt plus de ce monde.
Enfin, je me forçais à mettre un pied devant l’autre, consternée par tant de douleur, et à m’approcher du fond de la pièce. Là où il n’y avait plus de colère qui subsistait. Ma supérieure répondit enfin à mon interrogation, et je compris que j’avais vu juste. L’entendre de sa bouche était presque pire que sur le papier. Mais non, je devais vaincre ma douceur : j’étais trop clémente à l’égard de mes semblables. Je continuais donc de me sermonner intérieurement, et acquiesçais d’un signe de tête léger aux ordres de la Bastet. Pas de réflexion nécessaire, elle me désignait une cible, je n’avais qu’à appliquer mes mains une dizaine de secondes sur sa peau pour faire circuler les hormones qui neutraliseraient le gène mutant. Les scientifiques qui avaient décortiqué le fonctionnement de mon pouvoir durant ma prime enfance m’avaient expliqué de manière succincte ce qui se passait quand je faisais cette apposition des mains. Je portais en plus de mes cellules de peau des cellules sécrétrices d’une hormone particulière, qui lorsque je le désirais libéraient cette substance à leur surface. Etant positionnées à la surface de mon épiderme, un simple contact déposait dans les pores de ma cible suffisamment d’hormones pour neutraliser son don. La durée d’efficacité était elle plus mystérieuse : elle dépendait de ma concentration, du temps de contact, de la résistance physique et mentale du mutant visé, bref, d’une multitude de paramètres. Le peu que j’avais appris m’avait suffi à finir de maîtriser totalement mon pouvoir, cependant, et c’est à partir de là que j’avais commencé à être envoyé sur le terrain.
Zahira avait recommencé à déambuler dans la pièce, le couloir, regardant avec un certain… plaisir ? les mutants enfermés. Elle devait maintenant réfléchir à qui était inutile. Je levais furtivement le regard vers une des cellules, et tressaillit en percevant la haine dans le regard que je croisais. Oui, bien évidemment. On me détestait d’autant plus que j’aurais dû refuser la domination de l’être humain, soit disant. La plupart des personnes enfermées dans ces cellules pensaient sans doute que je n’agissais que pour sauver ma peau. Il ne comprenait pas que je puisse agir par conviction. Seule Caitlyn, qui comme moi était enfermée en dehors du quartier le plus sécurisé, comprenait, et agissait comme moi. Son don dangereux l’avait conduite à comprendre le risque énorme, toute l’horreur du gène mutant. J’admirais d’autant plus ma consœur qu’elle était née à l’extérieur. Elle aurait pu choisir de fuir la triste monotonie de la vie des mutants de l’Opération, mais non. Elle avait préféré voir où était le bien, avec justesse et clarté. Comme moi, elle portait la marque de l’Opération sur elle – et en elle. Je regrettais d’ailleurs de ne pas travailler plus souvent avec elle, puisque les responsables d’apocalypto hésitaient à laisser deux mutantes coopérer. Encore une fois, je comprenais aisément ce choix .
Madame Al-Mansûr avait visiblement choisi quel mutant (quels mutants ?) était devenu inutile. Arrêtée devant une des cellules elle me fit un signe de tête (du moins en avais je l’impression) brusque pour me dire d’approcher. Je quittais l’endroit où j’étais restée plantée depuis le départ et rejoignais docilement la jeune femme. Je jetais un coup d’œil rapide vers l’espèce de cage en face de moi : une jeune femme, qui devait être à peu près de mon âge, m’y retournait un regard misérable. Visiblement elle savait ce qui l’attendait. Mais il n’y avait plus de volonté de vivre en elle : sans doute ne voulait-elle plus servir les buts de ma « famille ». Je me disais que j’aurais été aussi docile et résignée si mon utilité pour l’opération avait fini par disparaître. Sans cela, je n’avais plus de but. Et je préférais mille fois m’imaginer mourir dignement, plutôt que d’avoir un sursaut de fierté, ou de voir cet instinct de survie si fort chez l’être humain se réveiller. Mais après tout, je ne savais rien du futur. Je détournais à nouveau les yeux, et faisais appel à mes capacités.


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MessageSujet: Re: Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira- Dim 20 Mar - 10:28

Je m'arrêtai devant une cellule, la jeune femme qui y « vivait » ne devait pas avoir plus d'une vingtaine d'année. Elle était apeurée, son visage, extrêmement amaigri montrait parfaitement qu'elle avait abandonné l'espoir. Elle était placée dans une des dernières cellules, juste avant un autre garçon qui avait cependant plus de force dans le regard. Les critères que j'utilisais pouvaient sembler drastique, je ne me préoccupais plus de l'impression extérieure qu'ils me faisait que de leur réelle utilité, mais il me fallait bien choisir. Cette jeune femme n'avait plus de colère dans les yeux, n'avait plus de volonté, il n'y avait que de la peur dans ses yeux. Elle était aussi molle que la jeune femme à mes cotés, qui pourtant été libre. Les mutants pouvaient bien être utiles, pour moi ils n'avaient pas d'autre destin que la mort, et bien que se servir d'eux paraissaient bénéfique pour certains membres de l'opération, pour moi cela me paraissait seulement comme si nous fermions les yeux face à la menace qu'ils représentent. Bien sur il existe de nombreux avis sur la question, et le mien est bien loin d'être celui de la majorité, mais je ne m'en cache pas et aujourd'hui je peux le faire respecter. J'avais beau être dirigeant d'une partie de cette opération, je n'avais pas l'impression d'avoir un réel pouvoir de décision et je ne pouvais malheureusement pas dérogé aux ordres que l'on me donnait. Je fis signe à Leeloo de me rejoindre près de la cellule et me dirigeai vers le bureau d'administration à l'entrée, où se trouvaient les dossiers des mutants, tout en disant à la jeune femme :

- « Reste là ! »

A coté du bureau se trouvait simplement un garde, à qui je ne pris pas la peine de m'adresser. J'avais beau avoir l'impression d'avoir des pouvoirs limités, ici, tout le monde savait qui j'étais et me devait le respect. Cet homme y compris. Je farfouillai dans les dossiers en cherchant celui qui correspondait à la cellule n°18, celle de mon cas. Cette mutante était donc le sujet d'expérience n°126, anciennement Marie Dawson. Je parcourrai les quelques rapports d'expériences, dont certains signés de la main de mon mari, visiblement responsable de ce cas. Les résultats étaient très mitigés à son sujet et elle ne semblait pas avoir fait avancé beaucoup l'opération. Cela me confortait dans mon choix, même si je n'en avait pas réellement besoin. Je me dis aussi que Sahid ne m'en voudrait pas trop. Il n'aimait pas trop voir « disparaitre » ces cas, surement parce-qu'il gardait toujours l'espoir de pouvoir un jour les guérir. Même si je respectais ce point de vue je ne pouvais m'empêcher de ne pas le partager. Heureusement nos conversations dans le privé, étaient complètement déconnectés du travail, même s'il nous arrivait parfois, dans de rares accès de colère de nous disputer à ces propos.

Je retournai, le dossier entre les mains, vers Leeloo. Après l'image de Sahid, la sienne m'apparut encore plus répugnante qu'auparavant. Je lui mit de force le dossier dans les mains, sans autre signe de politesse. Je sortis mon arme d'un geste vif, pour vérifier qu'il était bien chargé. Pas de problème. Je pris mon trousseau de clé, pour y chercher la clé passe-partout des cellules. La tâche me prit quelques secondes au vu du nombre plus qu'important de clés. J'ouvris, enfin, la cellule, tout en braquant mon arme en direction de la mutante, même si je doutais de sa dangerosité, vu l'état dans lequel elle était. La mutante eut un léger mouvement de recul et la peur que l'on pouvait lire dans ses yeux s'était accentuée. J'étais habituée à ce genre de choses, j'avais tué plus d'une fois et la pitié ne faisait pas partie de moi. Les ordres étaient les ordres et je ne pouvais avoir aucune pitié pour une mutante. Je fis un signe en direction de Leeloo, cela voulait signifier que j'avais, enfin, besoin d'elle. Elle n'avait pas bougé d'un pouce depuis ce temps, mais cela ne m'étonnait pas. Même si je n'arrivais pas à me faire à son caractère je commençai à la connaître et ses réactions ne m'étonnaient plus. Après quelques secondes je me décidai tout de même à lui dire clairement, j'avais eu des preuves, quelques minutes plus tôt, de son intelligence quelque peu sous-développée.

- « Utilise ton pouvoir. »

J'avais laisser la politesse de coté, que j'avais essayée d'utiliser avant. Cette mission, ou plutôt la compagnie de Leeloo m'exaspéraient quelque peu. Heureusement c'était bientôt fini, et je ne devrais plus me coltiner cette gamine que quelques minutes, le temps de finir ça et de la ramener dans sa chambre, pas question qu'elle traine dans le QG. On pouvait dire qu'elle avait fait sa sortie du jour, elle n'en ferait pas plus. Je trouvais ça déjà très dangereux de la laisser sortir quand elle le souhaitait de sa chambre, encore une idée de Dorian qui c'était pris d'affection pour elle. Quelques secondes plus tard, la jeune femme s'approcha de la cellule, puis utilisa son pouvoir. C'était comme si rien ne c'était passé, mais il fallait croire que si. De toute manière je ne pouvais pas réellement vérifié si la mutante était désormais inoffensive. Je remarquai tout à coup que les regards des mutants aux alentours c'étaient fixé sur moi, moi et mon arme braqué sur leur compatriote. Ils allaient assisté au spectacle duquel il serait bientôt les acteurs. D'un coup je tirai au centre de la tête de la jeune mutante, sans qu'elle n'eut le temps de réagir. Je n'avais pas de temps à perdre. Il y eut une détonation, inaudible par les n'importe quelle personne en dehors de cette pièce. La mutante tomba d'un coup et ses yeux n'exprimaient alors plus rien, ils étaient vides, fixé dans le vague, à jamais. Son corps, lui non plus, n'exprimait plus rien, il était étalé sur le sol froid de sa cellule, sans vie, elle était morte. Même si il ne semblait pas y avoir de doute, je me devais comme même de vérifier, et c'est là que le pouvoir de leeloo, encore en action, prenait toute son importance et nous faisait éviter les débordements. Je me rapprochai, en effet, du corps de la mutante, pour tâter son pouls. Elle était bien morte.

Je me rappelai, avant l'arrivée de Leeloo à l'opération et peu après la mienne, que les éliminations de mutants étaient bien plus délicates. Il était même arrivé à certains membres de l'équipe de frôler la mort. Certains incompétents n'avaient pas pris assez de précautions, et la méritait presque. Mais d'autres avait presque péri sous le pouvoir du mutant qu'ils devait éliminer. C'était aussi une des raisons pour laquelle on n,'éliminait plus que les mutants faibles, car certains très forts, étaient tout aussi inutiles mais risquait de faire plus de résistance. Il nous fallait être prudent. Cette nouvelle règle arrangeait d'ailleurs bien la section scientifique, qui avait beaucoup plus de sujets qu'avant, car ils nous était également interdit d'en tuer trop d'un coup, à mon grand regret. Il fallait désormais se débarrasser du corps, qui comme les autres avant lui, serait bruler, après autopsie. Tout cela n'était plus vraiment de mon ressort, et la seul chose qu'il me restait à faire, avant de pouvoir clore définitivement cette mission c'était d'envoyer ce corps à la morgue, accompagnée du dossier de la mutante, pour qu'ils subissent d'autres expériences après autopsie. La preuve que mort ou vivant les mutants ne servait pas plus. Mais ça je crois que je n'arriverais jamais à le faire admettre à qui que ce soit, malheureusement.

Je me dirigeai donc vers la petite salle à coté dans laquelle se trouvait des civières et des sac. J'en ramenai vers la cellule, puis me dirigeai vers l'homme que j'avais ignoré jusqu'alors pour lui demander d'un geste vif de me suivre, ce qu'il fit. Je ne me préoccupai plus du tout de Leeloo, j'avais compris qu'elle ne fuirais pas et puis je pensais que la scène qu'elle avait pu voir la refroidirais quelque peu. L'homme s'occupa du corps de la mutante et regagna sa place. C'était le moment de se rendre à la morgue, illico. La jeune femme sur les talons, je quittai les lieux pour me diriger quelques mètres plus loin, après avoir verrouillé la porte. J'apposai ma signature sur le dossier et indiquai l'heure et la date de la mort. Le destin de ce corps n'était désormais plus de mon ressort, ma mission était finie, il ne me restait plus que de ramener Leeloo dans sa chambre et me concentrer sur des choses plus passionnantes que de l'élimination de mutants, plutôt ennuyeuse.

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MessageSujet: Re: Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira- Lun 21 Mar - 19:48

Je m’étais donc approchée de ma supérieure. Celle-ci observait attentivement sa future victime, tout mon contraire en somme : après un rapide coup d’œil à l’intention de cette pauvre jeune mutante, j’avais baissé les yeux, soudainement absorbé par mes pieds. Je me sentais toujours un peu coupable au fond, malgré tous mes arguments. Enfin, Zahira m’ordonna d’un ton sec de rester où j’étais. Je la suivais du regard tandis qu’elle se rendait à l’entrée du quartier de haute sécurité, sans doute pour aller chercher le dossier de la mutante qui serait bientôt archivé. Je patientais quand à moi, mal à l’aise au milieu de mes semblables, tous ces monstres qui résistaient aux ordres de ceux qui toléraient déjà la présence de certains d’entre nous. Je sentais le poids de leur regard sur ma nuque, haineux, et j’entendais même un homme qui devait être – fait étonnant par ici – dans la trentaine marmonner d’un ton hargneux « traîtresse ». Je vous épargne les autres noms bien moins charmants qu’il utilisait en parlant de moi. J’étais de toute manière imperméable à ces réactions bien égoïstes de la part de mes semblables : ne voyaient-ils pas à quel point nous pouvions être dangereux. L’état avait assez à faire avec des criminels normaux, sans devoir se soucier d’êtres pour beaucoup sanguinaires, qui étaient invulnérables, qui maîtrisaient le feu, ou tout autre don à surveiller. Il fallait trouver un moyen de faire disparaître ce gène mutant. Il le fallait.

Au bout d’une attente, somme toute, assez courte, la co-dirigeante de l’équipe Bastet revint vers moi, un dossier peu volumineux dans les mains. J’eus le temps de saisir sur la couverture les mots suivants « Marie Dawson – sujet d’expérience n°126 ». au vu du peu de matière que contenait la pochette, je me doutais que cette Marie n’avait pas dû donner beaucoup de résultats à l’Opération. C’était sans doute pour cela qu’elle devait malheureusement disparaître en ce jour pourtant banal en apparence. Il ne le serait néanmoins pas pour moi. Prendre la vie, même indirectement, même celle d’un être inférieur à l’être humain, n’était pas un acte anodin. Mais un acte nécessaire malgré tout. Juste ensuite, elle me fourra le dossier en question dans les mains. Je regardais distraitement les informations. Son don était effectivement peu utile à l’opération, du moins l’un d’entre eux : vision améliorée, elle voyait dans le noir et avait l’infrarouge intégré, en quelque sorte. Son second don était celui qui méritait d’être neutraliser : elle pouvait apparemment se rendre immatérielle durant un très court laps de temps. Idéal pour éviter les balles. Je finissais tout juste de lire ces quelques informations utiles (le reste ne m’intéressait pas, je ne voulais savoir ni son âge, si son dossier familial… trop de culpabilité malsaine et inutile m’aurait envie), quand madame Al-Mansûr vérifia que son arme était chargée, et sortit son trousseau de clés. Celui cliqueta, tandis qu’elle cherchait avec des gestes assurés celle qui ouvrirait la cellule. J’entendis le mouvement de recul de la mutante, mais ne la regardait pas. Finalement, elle ouvrit la porte, braquant son arme en direction de la victime. Et me fit un signe de tête. Je m’approchais, elle ajouta pendant ce temps son ordre.

J’entrais dans la cellule d’un pas assez lent. La jeune femme était presque … transparente, ‘clignotait’ en fait, effet de son don. Par intermittence, et de manière très courte, sa silhouette semblait s’effacer. Je ressentis un pincement au cœur : sans doute se croyait-elle protégée ainsi. Elle ne bougeait pas, l’air un peu hagard malgré tout. Ce serait sa seule résistance. Je m’approchais, comptant trois secondes de ‘disparition’ pour quatre ou cinq d’apparition. Tout en gardant le rythme, comptant mentalement de manière posée, je m’approchais, puis, posais la main sur son poignet dés qu’elle fut normalement matérialisée. Elle ouvrit de grands yeux étonnés, tandis que l’activation qu’elle désirait sûrement ne venait pas. Je retins l’envie déchirante qui me prenait de m’excuser de cet acte, de lui garantir que sa mort ne serait pas vaine… Je maintins le contact une dizaine de secondes, comme j’en avais pris l’habitude pour être sûre de l’efficacité de mon don. Je regardais ensuite la énième victime du gène mutant, toute la tristesse du monde dans le regard alors qu’elle formait sur ses lèvres le mot « pitié », sans même trouver la force d’articuler un son.

Je voyais sa peur, je voyais ma faiblesse et ma peine, mais pourtant je reculais d’un pas, sortais de la cellule rapidement tandis, que retentissait une détonation. Le son déchira le silence qui s’était fait : la plupart des mutants, à la grille de leur cellule respective avaient contemplé la scène. Comme si ils ne pouvaient y croire, bien que ce ne soit sans doute pas la première fois qu’ils voient ce spectacle. Je remarquais leur colère, leur dégoût, leur peur pour certains, préférais regarder ces visages déformés par ces émotions, plutôt que de tourner mon regard bleuté vers la minuscule pièce où, sûrement, le sang coulait peu à peu. Je sentais une espèce de nausée me prendre : c’était toujours le même problème. J’avais l’impression d’avoir moi-même appuyer sur la détente, l’impression d’avoir vu la balle se ficher dans la tête de cette femme qui n’avait rien demandé, et pourtant, pas un instant, malgré mon mal être, je ne doutais du bien fondé des actions de l’Opération Apocalypto. Il fallait se salir les mains pour préserver le monde de la souillure mutante…je ne me retournais, bien que j’entendais Zahira s’approcher du corps encore chaud, et se pencher. Vérifiait-elle sa mort effective ? J’attendis simplement qu’elle ne repasse devant moi, en direction de l’entrée du quartier de détention.

Puis je la suivais en silence, plus pâle que jamais. Elle apporta une civière et des sacs dans la cellule, fit signe à l’homme de garde de s’occuper, signa le dossier que j’avais reposé avant d’intervenir, puis sortit. La suite n’était plus de notre ressort. Je m’étonnais toujours qu’elle ait décidé de venir elle-même accomplir cette tâche ingrate… Et admirais son sang froid, autant qu’il me glaçait le sang. Il était déroutant de voir à quel point ce meurtre semblait la laisser de marbre. Certes, nous étions des êtres inférieurs, indignes de voir la lueur du jour… mais, une vie restait une vie. Malgré tout, malgré notre tare. C’était, de plus, héréditaire. Que pouvions nous à notre condition. Agir n’excluait pas la compassion à l’égard de ces pauvres choses que la nature avait créé, en dépit de toute logique. Aussitôt que je pensais cela, je me morigénais. Je n’avais pas à juger. Elle avait ses raisons. C’était moi qui était trop faible, pas assez dur, rien de plus ni de moins. Alors, je m’imposais le silence et marchais silencieusement derrière ma supérieure jusqu’à ma propre chambre.

Elle m’ôta le bracelet qui servait à me maîtriser en cas de soucis éventuels, et me fit entrer dans la cellule, avant de verrouiller elle-même la porte. Je tournais en rond un instant, agitée, avant de m’asseoir lourdement sur mon lit. Je restais assise longtemps, les yeux perdus dans le vague, la main posé sur l’épaule qui portait ce fameux tatouage. Longtemps, je songeais à ce qui s’était produit aujourd’hui, longtemps je revoyais cette supplication adressée en silence, je ré entendais ce coup de feu qui était parti. Quand finalement, quelques larmes tracèrent leurs sillons brûlants sur mes joues, ma résolution était plus forte que jamais : pour que cette mort non plus ne soit pas vaine, pour que mes actes trouvent une justification… il me fallait faire disparaître le gène mutant. Il fallait que les miens parviennent à leurs fins. Dussé-je en mourir, il y avait bien une chose que je comptais réussir dans ma vie : porter le message d’Apocalypto, et protéger tous ces gens innocents de cette abomination ci. Protéger le monde du gène mutant.


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Ce jour semblable aux autres... -PV Zahira-

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