Acolytes malgré eux [pv Larry N. Way]

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MessageSujet: Acolytes malgré eux [pv Larry N. Way] Sam 18 Déc - 23:06

Un bruit strident l’arracha à son sommeil. Il se réveilla en sursaut la peau recouverte d’une fine couche de sueur qui commençait déjà presque sèche. Il se passa une main dans les cheveux lentement comme pour tenter de remettre ses idées en ordre. La respiration haletante il balaya la pièce du regard à la recherche de cette affreuse chose et posa la main sur le petit appareil électronique : un réveil. Il le maudit dans à peut près toute les langues qu’il connaissait couramment puis se leva une fois la touche off pressée de l’index. Titubant mollement vers la salle de bain, il croisa son reflet puis soupira. Il avait les cheveux en bataille devant un visage encore bouffi de sommeil… Vraiment pas le genre de tête dont on est fier. Il s’empressa donc de faire coulée l’eau glacée de son bain et de s’y glisser. Aussitôt sa peau fut parcourue d’un frisson et d’une chaire de poule étrangement agréable. Il ouvrit les yeux en grand puis s’immergea complètement dans la baignoire. Ses cheveux flottèrent autour de lui en une étrange auréole tandis qu’il touchait le fond en céramique de ce qui lui servait de piscine avec son dos. Sous cette eau il se sentait si bien, les bruits qui l’entouraient étaient totalement étouffés et il ne percevait plus que le son de son propre cœur dans sa cage thoracique… Le bruit le plus apaisant du monde.
Lorsqu’enfin les minutes s’étirèrent pour devenir des heures il se résolue à quitter son cocon puis s’enroula dans une serviette de bain parfumée. Elle sentait la pêche et l’amande, des parfums qu’il affectionnait plus que tout depuis l’enfance déjà. Toru se dirigea vers le sofa ou il s’assit en tailleur. Il resta un moment nu comme cela dans le salon. La lumière qui passait au travers des stores à demi fermés séchait les quelques fines gouttelette d’eau qui persistaient à tracer leur petit bout de chemin sur son corps pour venir s’écraser sur le sol.
L’horloge murale indiquait 14 heures tapantes lorsqu’il se décida enfin à enfiler des vêtements. Il ne travaillait pas aujourd’hui mais il devait sortir. La raison étant qu’il avait faim et qu’en bon célibataire il n’avait pas du tout pensé à remplir le frigo. Difficile donc de se faire quoi que se soit à manger… une fois son jean et son pull noire enfilé à même la peau, il se dirigea vers le comptoir ou se trouvait son porte feuille. Il se trouvait en règle générale posé près de la cafetière mais tout ceci sans compter le fait qu’un célibataire endurcit laisse derrière lui un sacré capharnaüm. Bon …bon… il parait que c’est organisé. Ça n’en reste pas moins un foutoir organisé ou pas. Sous les restant de canette et autre détritus il récupéra tout de même son porte feuille d’où dépassait plusieurs billet… Amplement assez pour manger et boire quelque chose dans une brasserie.

Une fois dehors, il réajusta prestement sa veste et son col puis se dirigea un peu à l’aveuglette entre les passants et les poubelles qui étaient sorties ce jour là. Il ne savait pas trop où il avait envie de manger… Il ne savait pas trop non plus ce qu’il voulait manger tout court à vrai dire mais son estomac criait famine et il ne pouvait décemment plus le faire attendre ne serait ce qu’une demi heure. C’est donc sur cette misérable pensée primaire qu’il entra dans l’établissement le plus proche de lui et cela sans même regarder ne serait-ce que ce qu’il pouvait manger le midi. Pathétique n’est-ce pas, cette réaction animale que nous dicte nos sens lorsque nous avons faim… Certes, mais Toru s’en fichait complètement. Et puis lorsqu’il n’a pas sa dose de nourriture, le petit japonais devint réellement odieux… Oui bon c’est une réaction un peu exagéré mais bon c’est comme ça. Ses humeurs fluctuaient souvent en fonction de son taux de sucre dans le sang.
Il prit donc place à l’une des nombreuses tables qui se trouvaient disposées là. Le lieu avait un certain charme même si en règle général Toru préférait amplement les endroits un peu moins tape à l’œil. Il tira sur le menu plastifié puis sans vraiment réfléchir porta son attention sur le menu du jour. Il interpela ensuite une jolie serveuse à la chevelure blonde puis lui fit part de ce qu’il désirait. Celle-ci ne lui sourit puis après avoir noté le tout sur son calepin lui ramena une carafe d’eau dont il s’empressa de verser le contenue dans son verre. C’est alors qu’il remarqua la présence de plusieurs individus suspects non loin de lui. L’un d’eux le regardait avec insistance comme s’il savait tout de lui et le jeune artiste n’aima pas du tout ça. En règle générale on lui fichait une paix royale ici ! Et pour cause personne ne savait qui il était, ni ce qu’il était vraiment…C’est pourquoi se faire dévisager de la sorte n’augurait rien de bon pour lui… Peut être n’était il pas aussi intouchable qu’il le pensait avant. Mais trêve de bavardage… S’il agissait normalement personne ne lui chercherait d’ennuis. C’est donc ce qu’il entreprit de faire comme il le faisait chaque jour. Il détourna son attention des dites personnes comme si de rien n’était puis sourit à l’employée qui revenait vers lui son plateau à la main.

Un peu mal à l’aise malgré tout il se leva et se dirigea d’un pas nonchalant vers deux personnes un peu plus loin. Pas vraiment ensemble il semblait manger à une distance respectable… Un peu comme tout le monde lorsqu’on ne se connait pas. Il respira une grande goulée d’air tout en préparant mentalement ce qu’il allait dire. Il fallait qu’il paraisse naturel et ce n’était pas toujours facile pour lui surtout en ce moment même. Le stress inhibait un peu ses défenses naturelles mais il tint bon et entama la conversation d’un ton enjoué en faisant bien attention de ne pas regarder les trois personnes qui le fixaient depuis tout à l’heure jaugeant le moindre de ses faits et geste. Certainement attendant qu’il fasse un faux pas, le genre de faux pas qui lui seraient plus ou moins fatal.

« _ Bonjour… ça faisait un bail qu’on s’était pas vu ! Dit donc je me demandais ce que vous faisiez… Vous auriez put me passer un coup de fils tout de même ou me faire un petit coucou ! »

Sur le visage des deux personnes se peint de la surprise, ce qui en en fait était non seulement compréhensible mais légèrement prévisible. Qui ne serait pas étonné de voir un inconnu s’assoir à sa table en parlant comme s’il vous connaissait depuis la petite enfance. Ce qui en fait n’est même pas le cas… Ouai, personne…C’est sûr et certain. Mais il s’en fichait pas mal, un peu comme tout le reste. Tout ce qui comptait en ce moment même c’était que ces trois types cessent de se focaliser sur lui. Et pour l’instant, son plan ne marchait pas trop mal. Les trois molosses s’occupèrent de chercher du regard une autre table, un autre suspect potentiel.

« _ Désolé, il parlait maintenant à demi mot et sur le ton de la confidence pour que personne ne l’entende. Personne d’autre que ces deux acolytes forcés. Vous n’aurez pas d’ennuis je vous rassure. Dans deux minutes ils partiront et je ne vous embêterais plus… »

Il l’espérait sincèrement en tout cas. Il n’aimait pas l’idée d’entraîner dans ses problèmes deux inconnus qui n’avait absolument rien demandé… Peut être était ce aussi ça sa faiblesse : le fait de toujours trop penser au bien être des autres. Ce n’était en général pas vraiment compatible avec la survie pure et dure. Mais enfin, c’était plus fort que lui-même après de nombreuses années il n’avait pas réussit à se départir de cette part de remords chaque fois qu’il devait impliquer quelqu’un de la sorte.

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Dernière édition par Toru Nakajima le Sam 29 Jan - 17:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Acolytes malgré eux [pv Larry N. Way] Ven 21 Jan - 21:54

Larry aimait son travail. Il était exploité, certes, mais les tâches qui lui étaient confiées étaient intéressantes et il n'avait quasiment aucune responsabilité en son nom propre. Son contrat de travail était un phénomène en soi, un cas d'école presque. C'était le genre de paris que son frère, s'il ne gisait pas en morceau au fond de la poubelle la plus sombre de la rue la plus sinistre d'une grande ville, devait être amené à prendre dans le cadre de ses fonctions - qu'il supposait être un poste de petit chef. Engager quelqu'un en tant qu'employé peu ou pas qualifié tout en sachant que cette personne a des qualifications qui ne correspondent pas au poste qui lui est proposé pour ensuite lui proposer des promotions élargissant ses responsabilités sans pour autant être contraint de payer un tel employé à la valeur de ses qualifications puisque les qualifications reconnues sont celles issues des formations proposées par l'entreprise. Il avait étudié ces stratagèmes aussi immoraux qu'astucieux lorsque lui et son frère appartenaient encore au même établissement et cela ne le dérangeait absolument pas d'être le dindon de la farce tant qu'on le payait suffisamment pour qu'il puisse meubler son appartement et finir de le payer.

Ainsi, il ne protestait plus depuis longtemps : tout au plus avait-il vaguement grogné en apprenant que son déjeuner serait presque transformé en repas d'affaires. Enfin, repas d'affaires, tout était relatif bien sûr. Déjà, repas de cautèle aurait été une formulation beaucoup plus appropriée, même si c'était tout sauf officiel. Ensuite, un repas d'affaire impliquait un repas de qualité permettant à celui qui invite de manifester un ascendant économique sur l'invité. Ou pas, mais en tout cas ce n'était certainement pas un menu bon marché au bar le plus proche financé par de la monnaie liquide gracieusement offerte par un supérieur hiérarchique. Il aurait du se méfier aussi qu'on lui propose de payer son repas. A force de ne s'inquiéter que lorsqu'on semblait le considérer comme quelqu'un d'autonome et d'intelligent, il en oubliait de faire en sorte qu'on ne le prenne pas non plus pour une bonne poire.

Pour cette fois, c'était loupé. Son patron avait bien pris soin de laisser la cible, une stagiaire allemande, à côté de son bureau avant d'aller lui même s'offrir une collation. Il avait été briefé par mail avec la discrétion d'une girafe obèse et savait donc à peu près ce qu'on attendait de lui. Il devait proposer à cette aimable personne le déjeuner et en profiter pour la faire parler de ses projets, en particulier ses projets dans l'entreprise. Le but était qu'elle émette des idées précises applicables sans son aide. Qu'elle en exprime ou non, elle serait congédiée à la fin de son contrat. Et Larry, qui s'était jusque là toujours habilement tenu à l'écart de ce genre d'extras, avait inconsciemment mis les pieds dans le plat cette fois ci.

Ce n'était même pas logique : il était évident d'un simple coup d'œil que si les gens les plus inattendus faisaient parfois confiance à Larry, une majorité d'individus sains d'esprits se méfiaient de lui comme d'un crocodile souriant. Et même temps, ces gens avaient raison puisque Larry était louche et exactement aussi marginal qu'ils le supposaient. Du coup il ne comprenait pas les mystérieux rouages de la machine obscure qu'était le cerveau de son maître bien-aimé. En plus, les allemands avaient une culture extrêmement rationnelle et donc non seulement la jeune femme se méfierait certainement de lui, mais elle risquait de redoubler de prudence s'il avait le malheur de lui poser la moindre question. Il extrapolait peut-être un peu, mais tout de même, lui confier l'interrogatoire discret et subtil d'une allemande que son CV en béton autorisait à racheter l'entreprise... Comment avaient-ils fait pour qu'elle ne soit que stagiaire avec ses qualifications, là était la question. Lui même avait été immédiatement embauché avec pour seules diplômes ceux de traducteur. Peut être avaient-ils joué sur le fait qu'elle était étrangère. C'était moche mais c'était le genre de choses qui marchaient très bien quand il y avait litige sur un dossier.

Mais qu'il y ait eu ou non litige sur ce dossier en particulier, car après tout il était fort possible que personne ne se soit opposé au sous-emploi de la demoiselle, c'était maintenant lui qui se retrouvait à ses côtés et il hésitait un peu à lui adresser la parole. Il faut dire pour sa défense qu'elle ne le regardait pas et marchait droit devant elle. Difficile dans ces conditions de lui demander d'un air décontracté des informations personnelles dont il n'avait que faire. De toutes façons il n'avait pas l'intention de lui soutirer quoi que ce soit, et même si elle lui servait innocemment sur un plateau ce que souhaitait le patron sans que lui même ait à le demander il ne transmettrait rien du tout. La patron lui avait offert le repas, rien de plus. Et s'il avait voulu plus, il n'avait qu'à reconnaître sa responsabilité dans cette affaire vis à vis de l'entreprise, car pour le moment, dans le cas où Larry aborderait le sujet et si Kerstin s'en apercevait, il était évident que Larry aurait officiellement agi de sa propre initiative. Or, s'il y avait une chose qu'il avait réussi à insérer dans le saint contrat noir sur blanc, c'était qu'il dépendait entièrement de l'entreprise et ne serait en aucun cas responsable du moindre des actes de celle ci. Ce genre de précisions apparaissait en général plutôt sur les contrats des dirigeants d'une entreprise que sur ceux des salariés, moins susceptibles de prendre des décisions graves, mais on n'était jamais trop prudent.

Jamais trop prudent. C'était sans doute aussi l'avis de la jeune femme puisqu'elle s'arrêta avant la porte pour lui lancer seize mots avant d'entrer. Seize, pas un de plus n'était nécessaire pour ce qu'elle tenait à préciser. Elle savait. Plus exactement, il devait y avoir eu un autre essai avec un autre employé et elle s'en était rendue compte. Et elle lui avait signifié qu'il était inutile de recommencer cela en seulement seize mots. La clarté et la concision de la langue allemande l'étonnaient toujours. Tant de précision et de rigueur l'effrayait presque même, car en général le premier mot qui lui venait à l'esprit lorsque les gens s'efforçaient de raccourcir leurs phrases était le même que pour ceux qui voulaient à tout prix les rallonger : "psychorigide". Mais en fait, en l'occurrence il y avait une onomatopée admirative juste avant, parce qu'arriver à parler peu tout en étant clair relevait de l'exploit et il devait bien reconnaître qu'il en était le plus souvent incapable. Ceci dit, ce n'était pas une pensée intelligible, alors ça ne comptait pas, d'autant quet seuls les gens chez qui la concision était naturelle lui inspiraient le respect. Kerstin, par exemple.

Il ne connaissait pas son nom de famille. Le chef aurait pu, aurait du le lui donner mais il ne l'avait pas fait. Peut être espérait-il que la familiarité forcée adoucirait le tempérament de cette stagiaire ? Ou bien il avait bâclé son analyse, ou bien il avait affaire à une comédienne car Kerstin semblait plutôt décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds, quelle que soit la méthode utilisée et bien qu'il n'ait aucune intention de la provoquer. Elle semblait avoir une autorité naturelle, qui était telle que Larry n'osa pas ouvrir la bouche pendant qu'ils mangeaient. Il s'osait même pas se montrer un tant soi peu amical vis à vis d'elle. Rien ne pouvait prouver qu'ils mangeaient volontairement ensemble. En un sens, ils y étaient effectivement contraints mais pas par manque de place disponible ou déficit financier. Juste le travail.

Que les places ne manquent pas n'empêcha pas un jeune garçon de venir s'asseoir à leur table, mais lui non plus n'y avait pas été contraint. Chacun dans cette salle était parfaitement libre de ses mouvements et de ses actes. Peut être un peu moins de ses paroles, ou un peu plus. En tout cas, l'individu agissait familièrement, comme s'il avait connu les deux muets du jour et qu'ils étaient très bons amis depuis au moins deux ou trois ans. Il était difficile de confondre Larry avec quelqu'un d'autre que son frère, par conséquent sa première envie fut de détromper l'inconnu. Ce fut Kerstin qui l'en dissuada en adressant au nouveau venu un sourire radieux. C'était bien la première fois qu'il la voyait sourire. Peut être n'avait-elle rien contre lui en fait ? Un regard glacé dans sa direction le détrompa. Si sa traduction était bonne, cela signifiait "décide-toi subitement à ouvrir la bouche et je t'étrangle".

Cependant, étant donné l'explication que leur fournit l'intrus, il préféra prendre le risque de se faire incendier plutôt que de faire comme si de rien n'était. Il n'avait absolument pas conscience du danger éventuel, c'était juste un grand gamin qui avait l'impression de vivre quelque chose d'intéressant au milieu d'une vie banale. Une petite vois lui rappela qu'il hébergeait clandestinement des adolescents mutants et que c'était une aventure déjà suffisamment dangereuse mais il ne l'écouta pas et s'affala sur la table en regardant le jeune garçon en contre-plongée, de cette façon familière que seuls des amis de longue date peuvent se permettre. Il allait jouer le jeu.

- " On restera aussi longtemps qu'il le faudra, tes beaux yeux valent bien qu'on s'attarde un peu. Et puis, si on ne risque rien, pourquoi s'inquiéter ? Nous sommes trois amis qui avons l'après-midi devant nous afin de discuter de la difficulté pour des gens louches d'effrayer un individu qui n'est pas seul."

Il ne murmurait pas vraiment, il parlait plutôt sur le ton pas de la conversation dans les lieux publiques. Murmurer pour de bon comme l'avait fait l'Autre aurait paru étrange et pouvait attirer l'attention de gens curieux. Quant aux gens très curieux, il aurait tout de même fallu qu'ils s'approchent un peu pour l'entendre. Il était donc plutôt satisfait de sa réponse malgré le regard noir bis. Qui ne trouva aucune explication logique : il ne parvenait pas à savoir si elle voulait se débarrasser du jeune homme ou bien l'aider. Ou bien autre chose. Le chef avait vraiment fait un mauvais choix en l'envoyant lui. Il avait conscience d'être probablement le dernier recours, l'escroc de la dernière chance après lequel plus personne ne se risquerait à tenter le diable. Mais pourtant il restait consterné devant la logique patronale. Se redressant d'un air décontracté, il reprit de façon à ce sa phrase soit audible par des voisins proches mais toujours d'une voix basse :

- " Et je t'ai déjà dit de m'appeler Monsieur Neil quand nous sommes en public, faudrait pas qu'on nous pense proches. T'as vraiment pas le sens pratique, hein ? "

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MessageSujet: Re: Acolytes malgré eux [pv Larry N. Way] Ven 4 Fév - 23:03

Un instant le jeune homme se figea, et pas qu’un peu. Pendant un long moment il se contenta donc de froncer les sourcils et de pincer les lèvres en se demandant si l’un des deux allait enfin se décider à réagir et à le sortir de là! Bon sang, il était réellement dans une situation des plus délicates ! On ne pouvait pas dire que son entrée en la matière était des plus courtoise, ni même qu’elle était ne serait-ce que convenable vis-à-vis de ces deux clients respectables… Cependant, on ne pouvait pas vraiment dire qu’on lui avait donné le choix. Les deux molosses en costumes noirs l’épiaient avec minutie depuis longtemps. Ils semblaient décortiquer le moindre de ses mouvements d’humeur et cela avec une attention toute particulière... Comme si, un simple haussé de sourcils de sa part lui valait la discréditation… comme si être mutant ce n’était pas dans les gênes mais placarder au beau milieu de son front ! C’était franchement désagréable et il devait bien l’avouer, il lui était très difficile de cacher momentanément la peur qui le rongeait. Certainement qu’elle transparaissait quelque peu dans ses deux petites orbes sombres qui lui servaient de prunelles.
Mais alors qu’une goutte de sueur glacée lui coulait dans la nuque et marquait derrière elle un fin et sinueux sillon, l’une des deux personnes attablées fini par ouvrir la bouche : enfin ! Bon évidemment elle n’avait prononcé aucun mot mais toujours est il qu’elle venait de lui adresser un sourire admirablement sympathique se qui eut au moins le mérite de le calmer quelque peu. Il avait cru mourir d’inquiétude non de Dieu ! Sans un geste de leur part, il fallait se rendre à l’évidence il aurait finit ces charmants bonhommes de chaque côté des bras. Pas vraiment l’idée de la fin de journée qu’il s’était fait en sortant de son lit il y a peu… Parfois il pouvait lui arriver d’oublier partiellement que chaque jour il pouvait potentiellement courir un danger. Aujourd’hui, ce n’était pas vraiment le cas mais il avait tout de même mal évalué l’endroit en s’y étant installé… Enfin il ne manquait plus que ça vraiment ! Maintenant il allait être obligé de modifier ses habitudes alimentaires juste parce que deux ou trois pingouins se mettaient en tête, à juste titre d’ailleurs, qu’il avait LE gêne qu’il fallait pas et surtout au moment où il ne fallait pas. Enfin Bref…

Il sourit chaleureusement à la jeune femme, car c’était le minimum vital qu’il pouvait faire pour elle après tout. On disait souvent que les individus de sexe féminin étaient beaucoup plus sensibles et plus réceptifs aux malheurs et angoisses des autres. Visiblement la magnifique créature qui se trouvait devant lui n’était pas la première ni la dernière qui contredirait cette règle immuable et ancestrale. Il se contenta de l’évaluer sommairement avec une rapidité et une innocence qui n’avait rien de mal placé : en effet il voulait s’assurer qu’il n’était finalement pas tombé sur la mauvaise pioche, ce qui lui arrivait malheureusement assez régulièrement. Vous pensez trouver de l’aide et finalement, pas de pot, vous vous jeter dans un groupe d’extrémiste qui eux décide que vous lapider en place publique est encore la meilleure des solutions. Pas très réjouissant comme sauvetage in extremis… mais visiblement ses craintes n’étaient pas fondées. Du moins pour l’instant car personne ne pouvait prétendre prévoir le futur ni comprendre parfaitement et décrypter le mode de pensée de l’être humain, quel que soit ses origine géographique, son sexe ou bien ses façons d’agir. Elle semblait honnête en tout cas de prime abord… c’est tout ce qui lui importait et tout du moins ça le rassura au moins un peu.

Il se tourna ensuite vers le deuxième inconnu qui lui semblait un peu plus perplexe que sa compagne de l’après midi. Il n’avait pas ouvert la bouche depuis son arrivé et peut être finalement que le danger venait un peu plus de lui que de la jeune femme à la chevelure flamboyante. Alors qu’il le jaugea silencieusement et tout aussi imperceptiblement que pour Kerstin, il fut témoin d’un affrontement silencieux. Visiblement les deux personnes ne semblaient pas s’entendre aussi bien qu’elle le laissait paraitre de prime abord et leur regard s’était opposé un long moment. La victoire revenait sans équivoque pourtant à la jeune allemande qui lui avait enfin arraché enfin de brèves phrases de ses lèvres jusque là scellées.

Toru ne comprit pas immédiatement, se surprit à être interloqué mais répondit aussi vite que son cerveau le lui permit. Il se plia au jeu tout en tentant de ne pas tomber à côté de la plaque : c’était sa propre existence tranquille qui était en jeux après tout… ce n’était pas rien et ça motivait plutôt bien à jouer la carte de la théâtralité. Enfin, n’allez pas croire non plus que le jeune asiatique en faisait trop. Pour lui s’était simple, il suffisait de s’imaginer que les deux inconnus étaient tout à coup devenus de vieille connaissance perdu de vue depuis plusieurs années. Et ô miracle, la conversation lui paraissait étrange mais on ne peut plus naturelle. De ce fait il ne lui parut pas déplacé de répondre avec une certaine familiarité taquine… Comme si c’était le thème d’une plaisanterie mainte fois resservit entre eux.

« _ Bah…Désolé Monsieur Neil ! Tu sais bien que j’oublie sommairement ce genre de chose… Les petits détails ça m’encombre l’esprit et après je finis toujours par oublier un peu tout le reste : une vraie tête de linotte comme toujours. Toutes les choses qui sont un peu plus importantes se volatilisent peu à peu et il n’en reste rien quand je songe à trop de chose à la fois. La prochaine fois que je m’incruste à un dîner aux chandelles avec une jolie demoiselle comme celle qui t’accompagne en ce moment même, promis je tenterais de t’appeler monsieur Neil et je te servirais du vouvoiement autant que tu le souhaiteras ! Tu vois… Je ne suis pas si contrariant que ça sur les formalités… Il suffit seulement que j’y pense ! »

Il sourit après avoir émit un bref rire de gorge qui le caractérisait plutôt bien : doux mais grave, pas guttural et rauque pour un sous en tout cas. Une sorte de petit enchainement de son mélodique agréable qui finissait en règle général par être quelque peu communicatif pour peu qu’on soit porter sur le comique de la situation : ce qui n’était peut être par forcément le cas de Larry et de Kerstin qu’il avait mit sans s’en rendre vraiment compte dans une situation de fraude délicate… Enfin fraude… le mot était bien grand certes, cependant c’était à peu près comme ça que les choses se passaient dans les faits. Ils protégeaient un mutant et en ces circonstances… ils risquaient de graves ennuis…très graves même selon les personnes qui se trouveraient en face d’eux si la supercherie venait à être découverte.
Mais les deux molosses aux regards patibulaires se désintéressèrent sommairement de lui pour se focaliser à présent sur un autre jeune homme qui suait à grosse goutte. Dans le fond du restaurant, la peau rougeaude et les yeux un peu trop exorbités et affolés…Une proie facile pour ces deux traqueur du gêne maudit en somme. C’est d’ailleurs pour ça qu’il le dardait à présent de leurs prunelles couleur chocolat. Toru bénit le ciel de ne plus être à sa place, car il devait l’avouer la situation en plus de ne rien avoir de plaisant était franchement déstabilisante !

« _ Merci de m’avoir accueillit à votre tablée en tout cas. Vous sembliez vraiment occupé et je n'ai pas osé pendant un moment venir m'assoir près de vous deux… »

Une phrase anodine qui aurait certes put rentrer dans le cadre de leur conversation actuelle. Mais son vis-à-vis comme sa compagne ne pouvait pas se tromper sur la réelle signification de cette interjection : il les remerciait surtout de l’avoir sortit de cette fausse à purin ! il tambourina un moment sur la table puis avala une gorgée de soda brun et sucrée. Les bulles éclatèrent comme une myriade de petites étoiles acidulées dans sa bouche et rassasièrent sommairement son besoin liquidien : en gros sa gorge ne le brûlait plus et ne se desséchait pas par la même occasion.

« _ Ceci dit, si vous avez autre chose à faire je comprendrais aussi… Je vous ai interrompu dans ce qui serait semble t il un diner en amoureux entre deux plages horaires de boulot harassant ! »

Il leur décocha un clin d’œil complice tout en sachant qu’il ne pouvait pas plus se tromper. Après tout mis à part s’ils se prenaient le bec à longueur de journée, il semblait assez improbable que deux personne qui se dévisage de la sorte soit aussi proche. Mais sait-on jamais, parfois tout pouvait arrivé…

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MessageSujet: Re: Acolytes malgré eux [pv Larry N. Way] Ven 25 Fév - 14:31

Larry se plaisait bien dans le personnage qu'il venait de se créer et n'avait absolument pas l'intention d'en changer. Le regard amicalement réprobateur qu'il reçut de sa collègue n'y changeait rien. Au contraire, cela l'encourageait : puisqu'elle ne le désapprouvait pas ouvertement, elle acceptait implicitement de jouer le jeu. En tout cas, c'était comme ça qu'il l'interprétait, mais à bien y regarder elle ne s'était pas réellement montrée hostile au jeune homme. Même, elle était restée décontractée du début à la fin, comme si tout cela était normal, voire prévu, tandis que lui même n'avait pu empêcher son corps de manifester la surprise. En un sens,sa réaction à lui était beaucoup plus naturelle : "Neil" ne pouvait pas s'attendre à voir débarquer une connaissance pendant son repas aux chandelles. Mais il avait toutes les raisons d'être impressionné par le jeu de Kerstin. Une comédienne parfaite. En plus d'une employée parfaite. Elle aurait aisément pu le remplacer au travail si elle avait été un peu plus humble. Le patron n'aimait pas qu'on lui tienne tête, ou pire : qu'on exige du repos, un salaire décent ou de la considération. Il aimait exploiter les gens, et détenir le pouvoir. C'était un homme qui n'avait aucune classe, et cela lui convenait parfaitement car ainsi rien en lui ne venait lui rappeler de mauvais souvenirs.

Rien non plus chez l'invité qui lui rappelle quoi que ce soit. C'était sans doute pour ça qu'il était si détendu en sa présence. Pour ça qu'il lui était sympathique au point de jouer la comédie. Pour un peu, il aurait mis les pieds sur la table et sorti une cigarette en lui demandant ce qui l'amenait dans cette ville d'un air de mafieux. Seulement il y avait plusieurs obstacles à une lubie de ce genre. D'abord, mettre ses pieds sur la table le rendrait ridicule, ce qui était le cadet de ses soucis, et attirerait l'attention sur eux, ce que l'invité semblait vouloir éviter à tous prix et était donc un peu plus grave. Ensuite, il était interdit de fumer et Larry n'avait vraiment pas envie de se faire sermonner par la serveuse. Enfin, il n'avait rien d'un mafieux et préférait continuer ainsi, parce qu'il y avait certaines attitudes qu'il ne convenait pas de prendre à moins d'avoir réellement les moyens de soutenir la prétention initiale pour le restant de ses jours. Lui se ferait défenestrer dès le lendemain s'il s'avisait de provoquer de vrais mafieux et comme il ne pouvait être sûr qu'aucune oreille criminelle ne circulait dans les environs. Et vu les circonstances, alias un individu effrayé venu s'asseoir à sa table par crainte d'autres individus à l'air suspect, il valait mieux tabler sur la présence plutôt que sur l'absence de tels dispositifs. On ne savait jamais.

Larry haussa un sourcil à l'évocation de l'air occupé que lui et Kerstin affichaient, semblait-il, de l'extérieur. Ils étaient tous deux très absorbés par leur repas, certes, mais rien de plus, et ils ne s'étaient même pas adressé mutuellement la parole depuis leur entrée, c'est à dire depuis l'avertissement de cette adorable et intransigeante créature. Il n'appréciait pas vraiment Kerstin, et avait donc un peu de mal à s'imaginer engager avec elle une discussion qui ne soit pas d'ordre utilitaire. Elle ne serait jamais de ses amis, il en était certain.

Son air perplexe s'amplifia encore un peu plus lorsqu'il vit que Kerstin... rougissait. Et pour cause, l'invité continuait sur sa lancée. Un dîner en amoureux, rien que ça. Pour les plages horaires de boulot harassant, il tombait juste mais pour le reste... Quoi qu'on pouvait considérer qu'il avait presque raison : c'était bien un repas en amoureux. Un repas arrangé par le patron, dans l'optique de développer une certaine complicité entre les deux protagonistes, et qui pouvait donc s'assimiler à un genre de tête à tête sentimentale. Sauf que les intéressés n'étaient pas d'accord et s'entendaient comme chien et chat. Soumis, servile, maladroit et loyal, il était le chien. Fière, autoritaire et agacée par les manœuvre qui la concernaient, Kerstin était le chat. Elle lui avait lancé une patte griffue sur le museau en entrant et il n'avait plus osé aboyer jusqu'à ce qu'un autre animal se décide à entrer. Social, plaisantin, mais sauvage puisqu'il était venu par crainte... hum, pour l'instant il ne voyait pas, mais Kerstin continuait de rougir et il n'aimait pas ça. Il ne le reconnaissait pas facilement, mais il comptait un peu sur elle pour mettre le hóla s'il ne maîtrisait plus rien, s'il menaçait de faire une gaffe ou s'il se laissait manipuler. Il avait eu l'impression qu'elle saurait forcément comment réagir à n'importe quelle situation, et visiblement... c'était pas le cas. Peut être qu'on pouvait toujours compter sur elle, mais si elle se laissait aussi facilement déstabiliser il ne donnait pas cher de la constance de ses jugements. Enfin le plus urgent était de détromper le loustic sans mettre en pièce la couverture que lui et Kerstin lui fournissaient.

- " C'est là que tu te trompes bonhomme : rencontre arrangée. Et par les employeurs encore ! Ils savaient pas qu'on se connaissait déjà. Et désolé de briser tes fantasmes, hein, m'enfin tu sais bien qu'on n'a jamais pu se supporter bien longtemps. Les opposés qui s'attirent ça marche que dans les livres, les mecs comme moi qui tombent amoureux d'une fille c'est dans les sermons des prêtres, et les amoureux qui n'ont pas besoin d mots pour se comprendre c'est les films romantiques. Tout ça pour dire que non seulement tu déranges pas, mais en plus tu me donnes un prétexte pour prendre mon après-midi : journée enfant malade, mon patron va faire une crise cardiaque. Enfin si tu veux bien, je sais pas si t'as prévu d'aller voir les autres."

Réussi! Mais il avait gaffé. Tout à ses efforts pour cadrer le plus possible avec la réalité tout en inventant une histoire bidon qui justifiait que tous trois se connaissent, il avait dit deux choses très problématiques. Ce qu'il pensait de Kerstin d'une part, et ses préférences d'autre part. Il n'appréciait pas Kerstin, bien sûr, et il se doutait que s'ils avaient du se fréquenter sur le long terme ils auraient fini par ne plus se supporter. Seulement pour l'instant elle ne l'insupportait pas. Or, 'était ainsi qu'elle risquait de le prendre. Et galère. En plus, c'était bien le moment de préciser à des gens qu'il ne connaissait pas, ou à peine, qu'il était gay. Comme s'ils étaient concernés. En plus, après rétro-analyse de sa déclaration, il pouvait autant passer pour un homme sans sentiment. De ces gens qui séduisent mais ne se laissent pas séduire. Un salaud en somme. Bref, l'ensemble de sa tirade était à double-sens. Finalement, il n'avait pas si bien réussi que ça. Et Kerstin avait cessé de rougir pour lui offrir à nouveau sa marque de fabrique, son copyright, sa signature de peintre : son regard plus noir que noir.

...

Il avait vraiment gaffé. Kerstin avait eu la bonne réaction : jouer le jeu qu'il imposait et éviter d'attirer l'attention sur eux. Lui, il venait de gâcher sa comédie avec brio. Il aurait suffi qu'il se taise pour que tout aille pour le mieux. Elle savait bien mieux que lui ce qui valait mieux pour tout le monde. Et comme l'abruti qu'il était, il n'avait rien trouvé de mieux à faire que lui mettre des bâtons dans les roues. Il la gênait, c'était évident. Mais elle ne pouvait pas le lui dire sans mettre à mal la comédie qu'ils jouaient pour l'Invité. En plus, à présent qu'il entrevoyait vaguement ses plans, il ne pouvait qu'être admiratif. En jeune fille timide, elle aurait nié toute relation entre eux et amorcé une conversation banale très rapidement. Elle en était capable, cela ne faisait aucun doute. Pendant ce temps, son initiative de dire plus ou moins la vérité les plaçait tous dans une situation délicate. En effet, le scénario que Larry venait d'imposer était légèrement différent de ce que les deux autres avaient pu imaginer et il se sentait penaud à l'idée que Kerstin doive s'en accommoder pour la suite.

- " Il a raison, mais t'es pas si mauvais en divination : j'ai plein - de - boulot. Je vais devoir partir dans une minute. Neil avait aussi du travail mais puisqu'il m'a l'air décidé à te faire visiter le quartier, il va pouvoir te montrer nos appart's respectifs. Des fois que tu aies encore besoin d'aide."

Elle parlait décidément très bien les langues étrangères. Enfin il ne l'avait jamais entendue s'essayer au grec ou à l'espagnol mais étant donné le perfectionnisme qu'il avait déjà pu observer chez elle il était à peu près certain qu'elle maîtrisait à la perfection toutes les autres langues de son CV. Il ne se souvenait plus la liste exacte mais ça n'avait pas la moindre importance, parce que sa façon de parler, si parfaite soit-elle, s'appliquait à des mots qui formaient des phrases et surtout une intention : celle de partir. De le laisser se débrouiller. Le message était très clair : tu veux faire le fier, et gérer le problème comme un grand ? Hé bien débrouilles-toi, puisque tu es si sûr de mieux y parvenir que moi. Fais comme tu voudras, moi je m'en lave les mains. Parfaitement, elle lui avait signifié tout cela en choisissant de partir. Et elle ne réagit pas au regard désespéré qu'il lui lança.

- " Lâcheuse !" lança-t-il d'un air boudeur.

C'était puéril, et il ne se le serait jamais permis dans d'autres circonstances mais il ne savait vraiment pas quoi faire de l'invité sans elle. Il aurait voulu qu'elle reste et reprenne les choses en main, mais ce n'était pas vraiment le meilleur moyen pour y parvenir. Embarrassé et un passablement agacé par la tournure des évènements, il regarda l'Invité. Jeune, à peu près de son âge. Typé asiatique. Un jean et un pull sur le dos, plus une veste. Un garçon normal, qui peut être suivait des études et n'était donc pas encore entré sur le marché du travail. Un garçon qui n'avait rien d'un marginal, rien à voir avec lui. Il était sympathique, cela ne changeait pas, mais Larry ne savait pas trop comment continuer la comédie, surtout que sa bonne humeur enfantine et amicale avait maintenant cédé la place à une amertume qui ne cadrait pas avec le scénario. Il se força cependant à ne pas prendre un ton désagréable pour parler à l'Autre.

- " Tu veux rester avec moi pour l'après-midi ou pas ?"

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MessageSujet: Re: Acolytes malgré eux [pv Larry N. Way] Jeu 17 Mar - 23:02

Alors que son interlocuteur premier se lançait dans une longue tirade, Toru se pencha en avant sur son plateau repas et à la vitesse de l’éclair enfourna l’une de ses frites huileuse qui commençait déjà à refroidir à force de l’attendre. Se faisant, il mastiqua énergiquement le morceau de pomme de terre et laissa glisser l’étrange mélasse dans le fond de sa gorge. Le tout fut très vite dilué dans son liquide brunâtre préféré… autrement dit, non pas le café tiède mais le bon vieux soda américain Coca-cola qui était depuis très longtemps devenu dans son quotidien aussi usité que l’eau de source. Il s’essuya ensuite sommairement la bouche avec la serviette en papier froissé et appuya sa joue sur sa main disponible en souriant de toutes ses dents. On aurait put croire de prime abord que son sourire était un tantinet moqueur mais ça n’était en réalité pas du tout le cas. Il s’était tout d’abord imprégné d’une sympathie cordiale et naturelle envers son jeune vis-à-vis avant de clairement le trouver amusant. Son flot continuel et malhabile de parole lui avait même arraché un rire franc et sans détour qu’il ne laissait raisonner que très peu d’accoutumé. Celui-ci persista dans l’air un moment puis s’évanouit aussi subitement qu’il avait franchit le sanctuaire sacré de ses lèvres.

« _ He bien les rencontre arrangées ne tombes pas toujours si mal visiblement. Pour ma part, à chaque fois que mon patron à voulu me caser c’était catastrophique… Je suis content de voir que ce n’est pas toujours le cas ! Et pour ce qui est des amourettes de printemps et du batifolage animal avec la gente féminine je suis relativement mal placé pour en parler… je crois… je pense… j’en suis sûr même… Enfin on s’en fiche pas vrai ? Tout ce que je sais, c’est que je vois la beauté où elle se trouve en bon artiste et en poète raffiné… hors, Kerstin est resplendissante même dans ses plus simples apparats, ce qui n’est réellement pas donné à tout le monde vois-tu ! Mademoiselle veuillez donc accepter mes plus plates excuses pour m’être si méchamment trompé et vous avoir mis dans l’embarras à l’instant… Je ne voulais pas vous faire monter le rose aux joues comme je l’ai fais. »

Il sourit de plus en plus amusé par la tournure des choses et enfonça une de ses mains nonchalamment dans l’une des poches de son pantalon. L’autre bien en évidence sur la table était en train de picorer dans l’assiette et faisait à présent agilement le chemin depuis la table jusqu’à sa bouche ouverte et prête à engloutir tout ce qui se trouverait sur son chemin. La tension était à présent palpable entre les deux individus de sexe opposé et il tentait par sa simple présence tampon de faire diversion par quelques sourire et boutades plus ou moins bien placés… Bon ok, clairement maladroitement placées… mais après tout ce n’avait jamais été son point fort. En général il était plutôt le rabat-joie de service plutôt que le boute-en-train du groupe… Mais bon, qui ne tente à rien n’a rien et il essayait donc réellement de faire quelque chose pour que l’ambiance s’améliore tout du moins le temps du repas. Réajustant sa position dans son siège il réalisa à son tour que bien malgré lui, il avait également dilapidé beaucoup d’information sur sa personne… A dire vrai… Larry et Kerstin se comptaient dans les rares personnes qui savaient : un qu’il était un mutant et deux qu’il ne s’intéressait guère plus aux femmes qu’un eunuque sénile et rabougrit… Ouai… Décidément les évènements prenaient une drôle de tournures quand il y repensait vraiment. C’était vraiment très étrange de se confier comme ça sans retenu à deux personnes dont il connaissait à peine le prénom et dont l’existence ne l’avait jusqu’alors même pas déranger ou effleurée… Mais peut être le déliement de sa langue était-il entièrement dût au fait que la confiance, chose très rare et éthérée de sens pour lui, avait été accordé à ces deux jeunes personnes qui venaient réellement de le sortir d’un très très mauvais pas.

« _ Je n’ai pas grand-chose à faire… Alors ce sera avec plaisir que je visiterais vos nids douillets. Surtout ne te tue pas à la tâche prunette… Tu sais, c’est mauvais pour le teint et tout le tralala de faire des heures sup’ non stop ! Le plus important c’est que tu prennes soin de toi… le reste… bah c’est plutôt accessoire. Et puis t’en fais pas… tu trouveras des gens bien mieux que cet abrutit de Neil pas vrai ? »

Il lui décrocha un sourire made in Colgate et pour appuyer ses dires lança une grande tape amicale dénuée de toute force dans le dos de son voisin de table. Il se mit aussitôt à rire de sa familiarité qu’il avait cultivée pendant tout le temps de leur conversation puis lui fit un signe poli de la main, histoire qu’elle ne parte pas sur une mauvaise image de lui. Il la suivit du regard un long moment puis retint son souffle lorsque la porte d’entrée fut passée. Le battant se referma dans un bruit sec mais non violent et il put enfin se tourner vers son seul compagnon restant en se détendant un peu. Une fois la jeune femme sortie, il n’avait plus aucune raison de jouer la carte de la modération…

« _ Désolé que ça tourne comme ça… Si j’avais sut je serais certainement resté dans mon coin. »

Ce n’était pas des paroles en l’air. Il se sentait à présent relativement mal à l’aise… Être responsable du départ d’une tierce personne était certes dans ses habitudes mais il était bien tenter de dire qu’il se sentait affreusement coupable d’avoir entrainé les deux jeunes personnes dans ses histoires abracadabrantes… Alors mettre le dit « Neil » dans un état de morosité avancée était encore pire pour son moral à lui. Il se rembrunit à son tour, se morigéna mentalement puis soupira. Décidément, trop peu de noms d’oiseau lui venaient à l’esprit pour qu’il put correctement qualifier son comportement… mais ce qui était fait était fait, et il n’existait encore à ce jour aucun moyen de remonter dans le temps pour réparer ses âneries…Tant pis pour lui donc. Se redressant il attrapa une cigarette et, bien qu’il ne put décemment pas l’allumer dans un lieu publique comme celui où il se trouvait en ce moment même, la porta à ses lèvres en tremblant légèrement. Il en mâchonna le bout pensivement tout en se demandant clairement comment il allait pouvoir rattraper ses boulettes phénoménales…

Peine perdu, ce fut d’ailleurs son vis-à-vis qui enchaina la conversation mais bien qu’il tenta de dissimulé ses humeurs sont un ton paisible et clame, Toru en capta immédiatement la réelle contenance. Il tourna son visage vers ce dernier en prenant soin d’afficher son masque d’indifférence puis sourit chaleureusement comme il savait si bien le faire même en ces circonstances.

« _ Je ne voudrais pas te déranger plus encore. J’ai d’abord ruinée ta journée, puis fait fuir ton amie… maintenant si tu traîne en ma compagnie tu pourrais qui sait attraper la poisse. C’est une maladie encore plus contagieuse que la galle tu sais… je voudrais pas te la refiler. »


Il haussa les épaules en signe de soumission puis roula des épaules pour délier ses muscles endoloris et tendus à cause de l’inactivité. Il croisa et décroisa les jambes plusieurs fois avant d’enfin retrouver une position plus ou moins confortable. Se faisant il avisa que son plateau était totalement vide et qu’en ses circonstances, il avait dut bien à ses dépends manger à peu près tout ce qu’il s’y trouvait. C’était relativement inattendu étant donné qu’il ne se souvenait que d’avoir avalé une simple frite avec une lampée de soda… enfin…Ceci annonçait clairement une chose : la fin du repas… Non loin dans le petit restaurant, les deux molosses continuaient à présent d’épier les faits et gestes de toutes personnes se trouvant être dans leur champ de vison. Autrement dit, il ne faisait absolument pas exception à la règle infaillible. Il était temps de prendre un peu ses responsabilités. Il se redressa, attrapa à deux mains son plateau et contourna souplement le petit meuble après avoir réussit non sans mal à passer sans ébranler le tout. Il se dirigea vers la poubelle la plus proche et débarrassa d’un mouvement de poignet le petit carré de plastique digne d’une cantine scolaire. Il le posa ensuite sur la pile d’autres plateaux identiques puis il se tourna encore une fois vers Larry en souriant tristement.

« _ C’est déjà sympa de m’avoir accepté à votre table… Je vais bien trouver un moyen de me rattraper un jour où l’autre… »


Il plaqua une main sur la table puis se recula d’un ou deux pas en arrière. Aussi rapidement que possible il se dirigea vers l’extérieur où il s’empressa de se coller à la vitrine de dos pour fumer clope sur clope comme un droguer de la nicotine qu’il était bel et bien. Une fois ses poumons totalement carbonisés et englués de charbon, il s’ébroua un peu puis tâta ses flancs à la recherche de son cellulaire. Il savait qu’un peu plus loin, à l’intérieur de ce même restaurant où il s’était sustenté, se trouvait sur la table sa carte de visite. Pas trop difficile pour lui d’en laisser une puisqu’il s’avérait que quasiment tous les artistes de ce nom en possédait une… et possédait une galerie d’exposition dans le centre ville il était donc normal qu’il en ait eut une à ce moment là.

Après de là à savoir si le jeune homme allait la remarquer… Pire encore… Il pouvait tout simplement ne pas du tout avoir envie de le voir encore ne serait ce qu’une fois. Ceci dit, il le comprenait parfaitement… Il se demandait d’ailleurs ce qu’un pauvre bougre dans son genre pouvait apporter de bien à un type respectable… Pas grand-chose visiblement… Cette pensée acheva de la déprimé tandis qu’il composait d’une main distraite le numéro du téléphone fixe de son patron. Le recteur de son école décrocha, bougonna lamentablement au téléphone puis acheva tout de même de lui donner sa journée non sans lâcher un bon vieux « c’est bien parce que c’est vous Monsieur Nakajima ! C’est bien parce que c’est vous ! »

Un de ces quatres il finirait bien par lui dire ce qu'il pensait... Un bon vieux "vas te faire foutre" comme il n'en était plus sortit de sa bouche depuis des années...

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MessageSujet: Re: Acolytes malgré eux [pv Larry N. Way] Mar 22 Mar - 20:15

Les rencontres arrangées marchaient peut être. Ailleurs. Loin. Et quand les organisateurs de tels évènement connaissaient les intéressés personnellement. Mais là, c'était une rencontre professionnelle dont le seul but avait été de permettre à l'un des protagoniste d'extorquer à l'autre des informations. Rien dans ce repas ne tenait du dîner aux chandelles. Leurs caractères étaient incompatibles. Bref, c'était une catastrophe et Larry ne comprenait pas qu'on puisse juger le résultat satisfaisant. Puis il se rappela que le jeune homme n'était pas réellement là pour s'enquérir de leur moral respectif. Il se fichait probablement qu'ils ne se supportent pas, il n'abordait le sujet que pour donner l'illusion qu'ils entretenaient une conversation, comme l'auraient fait de vrais amis. Et ils n'étaient pas amis, il valait mieux qu'il s'en souvienne.

Ainsi, il n'avait pas à se sentir concerné par les déboires de l'invité avec sa propre hiérarchie. Même si, quand même, se faire organiser une rencontre amoureuse par son patron avait quelque chose d'abracadabrant. Et d'un peu choquant aussi, ce genre de choses concernait la vie privée tout de même ! Dans une toute petite entreprise éventuellement, il parvenait à l'imaginer. Si le patron était très proche des employés, c'était possible. Mais dans une firme multinationale, ça ne risquait pas d'arriver. Quoique. Il n'avait aucun mal à visualiser le pauvre stagiaire célibataire en entretien exceptionnel avec le big boss local. Si vous ne l'épousez pas, vous êtes viré. Nan ça c'était si l'autre protagoniste appartenait à la famille du patron. Vous y allez, sinon je ne vous paie pas. Voilà, là ça collait déjà un peu plus. Dans tous les cas, il ne pouvait que plaindre le malheureux contraint de s'intéresser à une inconnue par la faute de son travail.

Surtout si le malheureux en question annonçait sa vocation d'abstinent éternel. Vu la façon dont il qualifiait le noble art de la drague, il aurait eu sa place légitime au sein d'un monastère. Ou d'un temple bouddhique. Ovide était pourtant son maître à en croire les flatteries qu'il adressait à la jeune femme. Les tournures de phrase excessivement soutenues exprimaient le respect, l'admiration, et la galanterie d'un autre âge. Bref, c'était la technique de drague la plus prisée de ceux qui en avaient les capacités : le mot noble. Larry était une garçon difficile, que beaucoup de choses ennuyaient. Mais s'il y avait une chose qu'il admettait ouvertement rejeter, par principe et par goût personnel, c'était bien l'ensemble des fioritures du langage dont se parait avec coquetterie la haute société. Il ne supposait pas que l'invité soit noble, mais il était bien obligé de constater que cette façon d'être avait à ses yeux une certaines valeur. Et il ne la partageait pas. Il savait ce qu'était la noblesse, merci, et s'en passait allègrement. La préciosité de cet univers de cloportes esthétiques ne suscitait chez lui aucune admiration, et il se collait encore parfois des baffes lorsqu'il utilisait sans y penser une suite de termes trop soutenus. Ce langage était ancien, et il était déterminé à l'enterrer. Aussi faisait-il la gueule. Il se fichait qu'on drague Kerstin, elle était adulte et saurait très bien le faire comprendre si elle n'était pas consentante. Que l'Autre ait prétendu ne pas s'intéresser à la gente féminine ne le touchait pas non plus. Seul comptait le moyen, la façon. Cette façon odieuse qu'il avait de parler, souriant aimablement comme si tout cela était naturel. C'était nécessaire à la comédie, mais Lord, ce qu'il pouvait trouver ce sourire agaçant à présent.

Évidemment, il n'avait plus du tout envie de présenter son domicile. Il ne l'avait pas vraiment envisagé jusqu'ici en fait. C'était sa chère collègue qui avait décidé de cette éventualité - qui n'était pas un ordre donc zen - et il ne voyait pas trop ce qui avait pu lui passer par la tête. Elle occupait selon toutes probabilités un logement de fonctions, donc son "appart'" à elle ne pourrait peut être pas accueillir un invité-surprise. D'ailleurs, il ne savait pas où elle habitait exactement. Quant à son domicile à lui, c'était juste impensable de le présenter à n'importe qui. Il s'agissait d'un endroit plus adapté au squattage qu'aux retrouvailles entre amis. Il doutait que son vis-à-vis le suive ne serait-ce que jusqu'à son quartier.

Certes, il avait eu l'air d'avoir des ennuis au départ. Mais sans doute pas au point de se cacher sans l'appartement miteux d'un marginal trop conciliant. Même en admettant que l'individu soit désespéré, qu'il ait besoin de se cacher à n'importe quel prix et que la liste de ses hôtes potentiels se réduisent à Larry, ce dernier n'était absolument pas certain de pouvoir lui proposer une protection adéquate. Son domicile était ouvert à tout le monde et une partie de Hide, Shoot & Run pouvait à tout moment de déclarer dans les environs. Il n'avait jamais assisté à une descente de la police très près de chez lui et les seuls coups de feu dont il ait eu écho provenaient de gangs composés de mineurs. Les gamins armés n'avaient à sa connaissance jamais fait de morts. Restait que son petit nid douillet était indisponible pour le moment. Perdu, retente ta chance quand tu sera un peu moins fréquentable.

Et c'était reparti pour une couche de drague. Ça marchait en plus, Kerstin rougissait encore. Et il ne savait pas si ça tenait de la comédie ou pas. Bah, c'étaient pas ses affaires de toutes façons. Même si cet abruti de Neil était à peu près certain qu'aucune fille n'appréciait recevoir des conseils sur la façon la plus efficace de prendre soin de soi, qu'elles aient ou non pour préoccupation de conserver leur jeunesse et/ou leur beauté. Il ne savait pas si Kerstin appréciait l'attention malgré tout, mais quoi qu'elle en montre, zélée comme elle l'était, il était impossible qu'elle ait bien pris une remarque sur la quantité de travail qu'il convenait de fournir. En plus, monsieur le tombeur avait ous-entendu que la préoccupation principale d'une belle fille devait être de prendre soin de soi. Ce qui était propre à mettre hors d'elles la plupart des fille qu'il avait connues. Mais Kerstin ne semblait pas s'en formaliser. Elle souriait, même, et bien qu'il la sache excellente comédienne il n'avait pas la moindre idée de son niveau de tolérance quant à de telles démonstrations.

- " Ce n'est pas vraiment une révélation, trouver mieux que ce macho de Neil Way n'a rien de miraculeux. Mais si c'est une proposition je serai ravie de t'offrir ta chance. "


Il aurait été ravi de niaiser pour le futur couple s'il n'avait pas fait les frais de leur parade amoureuse. Sérieusement, lui, macho ? Ce n'était pas lui qui était à deux doigts de lui offrir une palette de maquillage en se disant qu'elle devait déjà en avoir deux ou trois mais que c'était sûrement le cadeau le plus approprié ! Ce n'était pas lui qui la draguait lourdement depuis tout à l'heure ! Et c'était lui qui se prenait tout dans la figure. En plus, elle avait donné son nom de famille détesté à l'autre. Peut être pour lui signifier qu'il n'aurait jamais du l'appeler par son prénom ? La belle affaire, il n'avait pas eu le choix. Elle en revanche, disposait de toutes les informations dès le départ. Il ne savait pas si elle avait espionné elle même pour les obtenir ou si elle disposait d'informateurs zélés, du genre prêts à se rendre coupables de vol de données confidentielles juste pour un sourire de sa part. Ce genre d'individu n'existait peut être pas à bien y réfléchir, mais Larry était sûr à 200% qu'elle n'avait pu savoir autant de choses sans fouiner là où elle n'en avait pas le droit.

L'idée d'aller le rapporter aux instances supérieures lui effleura l'esprit, mais cette éventualité lui parut automatiquement absurde. Elle serait mise à la porte de toutes façons, la seule chose qui faisait la différence, c'étaient les informations qu'elle était supposée détenir. Un véritable petite agent double, vraiment. Elle ne craignait rien, contrairement à lui. Et ce de tous les points de vue. Déjà, son domicile ne risquait aucun siège puisque Larry ne savait pas où le trouver. Il savait où trouver son adresse, mais n'avait pas le droit de farfouiller dans les dossiers adéquats. Même si elle-même ne s'en était sans doute pas privée, lui, il risquait le licenciement pour faute grave s'il jouait à l'apprenti-informateur. Ensuite, elle n'avait pas donné son nom, seulement celui de Larry. Ce qui mettait à nouveau l'intéressé en ligne de mire de tous les contretemps possibles et imaginables susceptibles de perturber sa petite vie presque normale.

Il lui jeta un regard noir tandis qu'elle s'en allait avec classe, le laissant au centre d'un imbroglio soigneusement ficelé. Il se demandait presque si elle n'avait pas organisé tout ça. Elle en était bien capable après tout. Et si elle jouait très bien la comédie, elle pouvait avoir des connaissances aussi douées qu'elle. Comme cet invité impromptu qui avait justement décidé de venir s'asseoir à leur table, et s'était plus ou moins efforcé de s'adresser prioritairement à elle depuis son arrivée.

Les excuses du malheureux quidam mirent fin à la paranoïa galopante du jeune interprète. Comédien ou pas, s'il avait été mandaté pour lui nuire, il ne se serait sans doute pas excusé. Et il n'aurait pas donné à Larry la possibilité aussi évidente de le renvoyer d'où il venait. Non, il n'envisageait pas d'enjoindre son interlocuteur à rejoindre le coin précédemment cité et à lui foute la paix, il était plus civilisé que ça tout de même. D'autant que c'eut été de la méchanceté gratuite, une discipline vulgaire et humiliante pour les deux parties. C'était une activité que n'importe quelle ordure pouvait pratiquer allègrement sans se mettre en difficulté, normal puisque cela ne réclamait pas la moindre micropoussière d'intelligence. Il avait plus de subtilité. Au-delà de ces considérations pratiques, il n'avait même pas vraiment envie de blesser son interlocuteur, tandis que sa collègue méritait amplement un peu de médisance...

Mais d'abord, il lui fallait écouter d'un air aussi intéressé que possible l'auto-flagellation de ce pauvre homme. Lui même avait beau ne pas se valoriser beaucoup dans sa vie de tous les jours, le mantra "je ne suis pas digne" lui donnait envie de coller des baffes. Ce qu'il s'abstenait de faire la plupart du temps parce qu'en général les individus concernés, si indignes soient-ils, avaient des performances de combat largement supérieures aux siennes et il craignait bien naturellement de recevoir la Loi du Talion dans les dents. Ou dans l'œil, selon la préférence.

L'invité s'accusait d'un peu n'importe quoi, ce qui alimentait de secondes en secondes le réservoir à mépris dont disposait l'héritier Way. Il avait même la prétention d'avoir gâché sa journée. Sans même savoir comment celle-ci avait pu se dérouler pour le moment, il avait le culot de croire que sa misérable intervention pouvait l'avoir perturbé au point d'influencer le reste de sa journée. Ce garçon n'avait pas son emploi du temps, et quand bien même il l'aurait eu, cela ne lui aurait pas permis d'établir l'humeur de Larry sur la totalité de cette journée. Il ne pouvait pas savoir ce qu'il en était. Et malgré ça, il se rendait responsable d'une prétendue mauvaise humeur généralisée, non sans effectuer tout de même les remerciements de base relatifs à l'aide vague que lui et sa chère collègue lui avaient apportée.

En plus de ça, il trouvait encore le moyen de pécher par vanité en croyant pouvoir un jour rembourser la dette imaginaire qu'il venait de contracter tout seul comme un grand. Comme s'il pouvait lui être utile en quoi que ce soit. Lord, sa vocation n'était pas de disposer d'une réserve de gens redevables afin de lever une armée. En outre, il aimait qu'on lui doive quelque chose à peu près autant que ses propres dettes. Autant dire qu'il n'était pas le bon prêteur pour un emprunt prolongé. Et puis, se rattraper un jour ou l'autre, vraiment, c'était tellement cliché.

- " Rattraper quoi ? Elle serait partie beaucoup plus tôt si t'avais pas été là, tu sais. Et je suis toujours ravi de tenir la chandelle à mes amis. En ce qui concerne ta poisse... Si on la cumule à la mienne, peut être qu'elles s'annuleront mais j'y croit pas trop. On va plutôt avoir double ration d'emme*des à mon avis. "


Il aurait continué un moment sur le même ton s'il ne s'était pas aperçu du vide consistant qui occupait la place précédemment attribuée à l'Invité. Il avait parlé dans le vide. Accessoirement, il était le seul à ne pas avoir touché à son assiette depuis l'arrivée de ce dernier et celle-ci était encore à moitié pleine d'un plat désormais tiède. Peut être même froid. Et il était en retard, puisqu'il n'avait plus aucune excuse pour prendre une après-midi de congé. Dommage, il aurait bien voulu utiliser une fois dans sa vie les congés "enfant malade". L'invité avait lui même déclaré souffrir d'une "maladie" donc ça collait très bien en plus. On adoptait bien des gens plus âgés que soi dans l'Antiquité après tout. Enfin, plus âgés... L'invité devait avoir son âge, peut être un peu plus ou un peu moins.

Si, c'est mon fils, il est aussi malchanceux que moi, j'vous jure. Un argument qu'il ne pourrait jamais utiliser. Il soupira et entreprit de ranger un peu le bazar qu'il avait mis autours de son assiette sans y faire attention. Il y avait plus de serviettes en papier qu'il n'en avait pris, mais peut êtres étaient-elles là avant qu'il ne vienne à cette table. Il n'avait vraiment fait attention à rien. Il allait poser gracieusement dans son assiette les papiers en question - comprendre balancer le tout vers la bouffe avec la subtilité d'un rhinocéros - lorsqu'il se rendit compte par miracle qu'il n'y avait pas que des serviettes en papier dans le lot.

Une carte de visite. L'invité, peut être. Ou un billet doux de la serveuse à l'intention de Kerstin. Toru Nakajima. La serveuse n'avait pas l'air asiatique, donc ça ne devait pas être ça. Un message du client précédent à la serveuse alors ? Ou bien l'invité, qui lui était plutôt typé... bah, il n'avait pas vraiment envie d'y réfléchir. Il mit le bout de papier dans sa poche, plus par habitude que par réelle volonté de s'y intéresser, et sortit sans rien débarrasser.

Quelle idée de laisser traîner une carte de visite dans un lieu public quand même. Certes, si on exerçait une profession publique, il valait mieux être connu. Mais rien ne lui disait que l'invité... oui enfin ce n'était peut être pas l'invité qui avait laissé ça sur la table, mais il fallait bien appeler le propriétaire de cette carte d'une façon ou d'une autre. L'assassin du 21 ? Nan, trop pompeux. Le docteur alors, les docteurs spécialisés avaient parfois des cartes de visite. Enfin par les temps qui couraient, laisser traîner la moindre chose un tant soit peu personnelle était une imprudence à la limite de l'illégalité, quelle que soit la profession. Demain, on n'aurait plus le droit d'écrire à la main son numéro de téléphone.

Larry était un gamin imprudent et il n'aimait pas les règles de méfiance civique. Autant de raison d'appeler, ne serais-ce que pour vérifier que le Docteur et l'Invité n'étaient pas une seule et même personne. Quoiqu'il doutât que l'Invité soit assez âgé pour être titulaire des diplômes suffisants pour exercer en médecine.

Il appellerait.

Et si on avait quelque chose à lui vendre il serait preneur. Il pouvait aisément prétendre qu'il avait toujours rêvé bénéficier de tel ou tel service. Évidemment si on lui proposait d'acheter un château il ne pourrait pas. Mais les agents immobiliers n'avaient pas besoin de cartes de visite. Ils avaient une agence, ou des contacts préétablis.

Il appellerait. Un jour. Pour le moment, il était en retard et il avait tout intérêt à courir parce qu'arriver à la fois en retard et non-essoufflé signifiait avouer qu'il n'avait pas tout fait, jusqu'à mettre sa santé et sa vie en danger, pour arriver à l'heure.

La tyrannie bureaucratique prévalait sur toutes les questions existentielles du monde, et l'identité de Toru Nakajima passait donc en second plan.

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Acolytes malgré eux [pv Larry N. Way]

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