Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard]

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Jaina D'Arcy
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MessageSujet: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Sam 27 Nov - 17:28

L'intitulé avait attiré l'attention de la jeune femme. Il était plus obscur que ceux qu'elle avait déjà reçus auparavant. Il s'agissait simplement d'une exécution dans sa forme la plus pure. Une balle, un shoot, un cri silencieux dans la nuit, des passants affolés, et elle qui se fond dans l'ombre, tranquille, le fusil sur l'épaule, le canon encore fumant, l'oeil orange de sa cigarette la suivant. Elle ne prendrait même pas la peine de ramasser le corps, les flics s'en chargeraient. Elle était un peu comme dieu, en somme. Elle avait le droit de vie ou de mort sur ses concitoyens. En tout cas, c'est ce qu'elle croyait. Au final, elle n'était qu'un vulgaire chasseur de prime qui aimait voir les zéros s'alignaient pour que la tête de sa proie prenne de la valeur. Elle était devenue un animal chassant d'autres animaux. Son humanité disparaissait lentement, subtilement, pour finir par n'être qu'un autre de ses souvenirs enfouis, qui ne resurgissaient que par intermittences.

Elle se leva comme tous les autres jours, plaça son mug directement sous le bec de la cafetière, frottant son visage dans un effort vain pour se débarrasser des brumes du sommeil. Elle bailla, enclencha la cafetière, qui produisit son bruit caractéristique. Son fils s'était déjà levé. C'était censé être un de ses jours de repos, et elle devrait accomplir cette mission bonus. D'ordinaire, elle disposait de tout le temps dont elle avait envie. Pour glaner des informations, cerner le personnage, le coincer, puis l'interpeller, ou le liquider. Mais là, il s'agissait bien d'une mission des plus étranges. On lui avait fixé rendez-vous. Elle sera simplement l'arme de cette mission. Elle ne voyait pas trop pourquoi ils avaient besoin d'elle plus que d'un simple larbin. Mais bon, elle faisait de bons scores dans ce qui était de tuer des gens. Elle ferait équipe, pour une fois. Elle était curieuse de voir ce que ça donnerait.

Elle regarda l'enfant qui frottait lui aussi ses yeux endormis et descendait l'escalier d'un pas pesant. Elle éteignit sa cigarette, le souleva dans ses bras et embrasse son front.

Jaina : - Salut, bonhomme.

Elle aimait tenir son fils entre ses bras. Le poids rassurant de ce petit corps, comme la seule chose qui pouvait la rattacher à la réalité. L'odeur familière, un peu chaude, à l'arrière de son cou. La petite cicatrice au coin de son oeil, une griffure qu'il s'était fait récemment. Elle se sentait une mère indigne, incapable de protéger la dernière personne qui lui restait des aléas de l'existence.

Keryan : - Salut, m'man.

Elle le regarda. Elle croisa ses prunelles sombres. Les traits de ce visage... Son coeur se serra, sans qu'elle n'y fasse attention : elle n'avait que trop l'habitude... Elle se força à sourire, le reposa sur le sol.

Jaina : - Bon, je t'ai préparé ton petit déjeuner. Irène ne devrait pas tarder. Je devrais revenir dans la journée, le plus tôt possible. Et si je rentre assez tôt, on ira au cinéma.

Cette idée eut l'air d'enthousiasmer le jeune garçon, libérant l'agent Apocalypto d'une lourde charge.

Keryan : - Tu vas faire quoi?
Jaina : - Euh... Une course. Rapide.
Keryan : - Dangereuse?
Jaina : - Hin, hin.
Keryan : - Tu vas retrouver maman?

Et merde. Jaina détourna les yeux, se mordit la lèvre supérieure.

Jaina : - Je vais essayer.

Ces promesses dans le vide avaient jusqu'ici eu l'indulgence de fonctionner. Keryan ne posait plus d'autres questions, en général, lui épargnant la difficulté de devoir lui expliquer qu'ils ne verraient probablement plus jamais Elizabeth. Des années. C'était si lourd à porter. Le deuil... Il y avait bien Nemesis. Mais jamais son coeur n'arrêterait de saigner. Cette quête impossible était devenu son moteur. Quand elle se prenait des balles dans la carrosserie, elle n'avait pas d'autres raisons qui la poussaient à se relever et à tenir le coup.

Le garçon se leva de son tabouret, et il saisit la jeune femme par la taille, arrivant au final pas plus haut que ses cuisses, la serra contre lui. Elle s'accroupit, ferma les yeux. Quelque chose la bouleversa dans ce contact impromptu.

Keryan : - Tu es la plus forte, maman...

Et dans ces simples mots résidaient leur désespoir commun. Comme si, à travers cette phrase minimaliste, son fils faisait voler en éclat tous ses efforts pour dédramatiser la situation, et pour mettre une barrière entre eux et le désespoir. Jaina hocha la tête, les larmes aux yeux. Et pourtant, il n'y avait... Aucun espoir... De revoir Elizabeth vivante. Elle avait été enlevée. Mais être enlevée par des mutants signifiait purement et simplement ne jamais remettre les pieds chez soi... Jaina se releva, embrassant encore son fils. Dans le ton de sa voix, il y avait aussi de l'inquiétude. Une inquiétude qu'elle n'avait encore jamais perçu. C'est vrai... Si elle crevait bêtement la bouche ouverte, Keryan n'aurait plus personne...

La sonnerie la tira de ses pensées. Irène. Effaçant immédiatement toute expression qui aurait pu la trahir, elle accueillit la jeune femme, les salua. Elle devait se concentrer de nouveau. Elle se rendit au garage, vérifia que le matériel était bien là. Pour cette mission, comme elle avait carte blanche sur l'armement, elle avait choisi un Dragunov SVD qui servirait à faire sauter la cervelle de sa cible sans qu'elle n'ait à se fouler, même si elle préférait le combat à mains nues. Mais son commanditaire n'était pas forcément d'accord sur ce point. Il fallait un travail propre et rapide. Elle n'eut même pas besoin d'enfiler un camo noir. Un simple costume sombre suffirait. Elle ganta ses mains d'un cuir noir et s'installa au volant de sa mustang.

Elle ne ratait jamais un rendez-vous, et était toujours à l'heure, voire en avance. Ce fut le cas ce jour-là. Elle se rendit au point de rendez-vous, fixé sous un porche obscur. Un homme au visage inconnu, probablement un émissaire, se présenta à elle. Il lui donna un émetteur, qu'il lui suffirait de mettre à son oreille, pour engager la conversation.

Jaina : - Salut.
Emissaire : - Soyons clairs, je ne suis pas là pour vous faire la bise ou pour faire copain-copain. On va buter la cible. Point barre. Je vais me mettre à la terrasse d'un café. Vous voyez le grand bâtiment là? C'est la fac d'Achaea. La cible enseigne là-dedans.
Jaina : - Je n'aime pas trop tirer sur les enseignants.
Emissaire : - Est-ce que le million de dollars au bout du compte ne serait pas suffisant?

Jaina détesta bien sûr le jeune homme de prime abord, avec son air condescendant. Mais elle ne dit rien. Il avait de bons arguments, et elle n'avait pas plus envie de discuter avec lui que lui avec elle.

Emissaire : - Elle a ses habitudes dans cette rue. Elle devrait avoir bientôt terminé les cours. Vous n'aurez qu'à la flinguer, moi je m'assure que le contrat est bien assuré. Vous n'aurez qu'à suivre mes indications, et à la fin du mois, vous aurez votre argent.
Jaina : - Qui est-ce?
Emissaire : - Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus. Il s'agit d'un mutant au pouvoir terrifiant, qui peut mettre à feu et à sang une ville entière, d'après nos relevés. On ne peut pas laisser un tel personnage dans la nature, son pouvoir est simplement titanesque.
Jaina : - Okay.

Elle regarda le type partir, retenant un soupir. Elle repéra donc le bâtiment et une des sorties de ce dernier. Des jeunes gens affluaient. Elle se servirait de ce repère. Elle remarqua du coin de l'oeil son mystérieux interlocuteur prendre place à la terrasse du café, et, comme dans tous les vieux films, il sortit une édition de l'IHT et se dissimula habilement derrière. Elle ne put réprimer un ricanement. Elle sortit son Dragunov de son étui, l'installa sur son épaule et escalada souplement l'escalier de secours d'un immeuble, face à la fac, tandis que son contact lui donnait des indications.

Emissaire : - Magnez-vous, elle ne devrait pas tarder à sortir. Elle a tendance à parler à ses étudiants après les cours.

Jaina se retint de l'envoyer balader. Elle connaissait son travail... Elle se posta au sommet de l'immeuble.

Emissaire : - Je la vois sortir. Tenez-vous prête. Et ne butez pas un étudiant à la place.

Jaina ne fit même pas attention à ce qu'il disait, et chargea une cartouche dans le canon de son arme. Elle pesait lourd dans sa main, une pesanteur rassurante. Elle épaula, régla la lunette rapidement, une cigarette entre ses lèvres, presque décontractée. Que pouvait avoir ce contrat de si important? Elle avait déjà abattu des mutants dotés de pouvoirs plus emmerdants, dans le genre précognition. Il ne semblait pas que ce soit le cas.

Elle posa son oeil bleuté à la surface de la lunette de son Dragunov.

Emissaire : - Ca y est. A 12h05 pour vous. Une brune. 1m75. Plutôt mince, avec le sac en cuir.

Elle dirigea le canon de son arme en fonction des informations de son interlocuteur et son cerveau commença à faire le tri. Blond, blonde, brune, mais petite, pas de sac, à lunettes, boutonneux... Son doigt ne tremblait pas, et effleurait la gâchette en acier, bien réglée pour qu'elle ne se déclenche pas trop rapidement. Soudain, le temps s'arrêta...

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Sam 27 Nov - 21:02

Elizabeth regarda ses élèves, les sourcils froncés, un tas de copies sur le coin de son bureau. Aucun ne discutait. Pas un n'osait ouvrir les lèvres alors que leur professeur était visiblement de mauvaise humeur. Elle fit quelques pas et déclara d'un ton glacial.

Elizabeth : - Je vais vous rendre vos copies. C'est une catastrophe. Une hécatombe. Je ne veux pas un commentaire. Il n'y aura pas de corrigé. Vous allez utilisé les quelques neurones qui vous restent et vous mettre au travail. J'ai l'impression de perdre mon temps avec vous.

Sans un mot de plus, elle attrapa le paquet de copies et le jeta aux élèves plus qu'elle ne les donna. Il n'y en avait pas beaucoup. La plupart avait abandonné. Ils ne sentaient pas capables de réussir avec un professeur aussi strict. Elle n'avait pas de pitié pour ses élèves, pas de favori, seulement un stylo rouge qui s'amusait à trouver une faute à chaque phrase. Si la copie ne valait rien, elle l'écrivait purement et simplement. Ses élèves apprenaient que l'excellence est un but difficile à atteindre. Surtout avec Elizabeth.

Elle regagna son bureau, s'appuya contre et attendit les réactions. Les élèves suffoquaient en voyant la note qui récompensait leurs efforts. Le découragement les gagnait. Certains professeurs prévenaient leur collègue que bientôt sa classe serait vide. Elle répondait à cette remarque par un sourire confiant. Le silence était pesant. La jeune femme ne se permit pas un geste, un soupir. Elle attendait, souriante. Enfin, un élève redressa la tête et osa poser la question qui visiblement les travaillait tous.

Elève : - Madame...
Elizabeth : - Mademoiselle.
Elève : - Mademoiselle Kennard... Pourquoi est-ce qu'il y a un extrait d'un texte d'Aristote dans nos copies ?
Elizabeth : - Après avoir les corrigées, je me suis rendue compte que vous ne connaissez même pas la base de la philosophie. Alors je vais faire comme pour les petits, vous prendre par la main et recommencer depuis le début avec d'Aristote.
Elève : - Mais mademoiselle...
Elizabeth : - Ou alors, vous vous prenez en main. Et vous participez. Je sais que le vieux crouton... Enfin votre ancien professeur se contentait d'un cours magistral mais vous n'avez rien retenu. C'est à vous de choisir des cours que vous voulez avoir. J'en ai un très beau sur l'Imaginaire si ça vous tente. Avec Sartre. Je vous en ai suffisamment parlé quand même.

Les élèves sourirent. Sartre était l'auteur chéri de leur petite prof. Dès le début, tous l'avaient compris. Et rapidement la « sartromania » les avait contaminés. L'existence devenait un sujet de conversation qui les occupait pendant des heures dans les cafés. Parfois leur professeur se joignait à eux, orientant les débats. Les étudiants prenaient plaisir à travailler leur philosophie. En attendant, le cours touchait à sa fin, mais comme d'habitude, ils ne voulaient pas quitter la salle, à part certains qui couraient à des rendez-vous. Les autres s'attroupèrent autour de leur professeur, lui demandant des explications, avides de ce savoir qu'elle possédait. Et surtout de pouvoir améliorer leurs résultats. Elizabeth avait réussi à donner à sa matière une aura mystérieuse qui la rendait passionnante. Ils restèrent ainsi à discuter plus d'une demi-heure. Les étudiants prenaient des notes tout en regardant leur professeur. La jeune femme avait un certain succès, sans doute dû à sa bonne humeur et à ses cours plus intéressants que la moyenne. Mais il leur fallait libérer la salle. Quelques poignées de main, des saluts chaleureux et les étudiants s'éloignèrent en se taquinant sur leurs notes catastrophiques il faut le dire.

Elizabeth enfourna dans son sac de cuir, qui faisait très pro d'après ses étudiants, ses affaires et enfila son manteau. Un nouvel achat dont elle était très fière. Un beau manteau au col d'officier, soulignant sa taille fine et tombant jusqu'à mi-mollet. Noir bien sûr. Elle posa ensuite son borsalino sur sa tête d'intellectuelle et quitta la salle d'un pas léger. Dans les couloirs quelques étudiants l'accostèrent, souhaitant rejoindre son cours mais craignant de ne pas être à la hauteur. La jeune femme leur répondit avec sa voix grave, lui donnant une légère inflexion pour la rendre encourageante, qu'ils pouvaient toujours venir voir comme cela se passait avec ses étudiants et constater rapidement si ils avaient ou non la capacité de les rejoindre. Ils la remercièrent. Quelques professeurs l'arrêtèrent pour prendre de ses nouvelles, par une pure politesse tintée de séduction. Elizabeth se retint de rire, et put enfin sortir du bâtiment en suivant le flot d'étudiants.

D'un pas dansant elle se détacha de la foule et leva les yeux au ciel, un grand sourire aux lèvres, heureuse de retrouver l'air libre. Elle consulta sa montre et se dirigea tranquillement vers une boutique, se félicitant d'avoir près de deux heures de libres. Elle poussa la porte et salua avec une voix joyeuse.

Elizabeth : - Bonjour Iollan !
Iollan : - Bonjour à toi, fidèle cliente !
Elizabeth : - Elle est arrivée ?
Iollan : - Oui.
Elizabeth : - Comme prévu ?
Iollan : - Oui.
Elizabeth : - Sans difficulté à la frontière ?
Iollan : - Non, nous sommes des professionnels vous savez !
Elizabeth : - Parfait.
Iollan : - Je vais vous donner la marchandise.

Ils éclatèrent de rire. Les clients les regardaient par en-dessous en pensant qu'ils parlaient de drogue. Les deux amis l'avaient fait exprès. Iollan était le gérant de la petite boutique spécialisée dans la vente d'instruments de musique. Cet homme entre deux âges, les cheveux poivre et sel, était connu pour son talent de luthier. Elizabeth lui avait confié un violoncelle récemment acquis mais dans un état douteux. Mais ce n'était pas cela qu'elle venait chercher, il s'agissait d'une superbe flûte traversière faite sur mesure, avec un doux éclat et un son d'une limpidité étonnante. Iollan posa l'instrument sur son une tablette de bois lustré.

Iollan : - La voici. J'ai fait graver la lettre que vous m'aviez demandé près de l'embouchure.
Elizabeth : - Je vous remercie.
Iollan : - Je suis curieux de savoir à quoi elle correspond.
Elizabeth : - Vous voulez le savoir ?
Iollan : - Oui. Ce « J. » m'intrigue. Et vous savez que je suis curieux.
Elizabeth : - Eh bien...je n'en sais absolument rien.
Iollan : - C'est original ça !
Elizabeth : - Vous trouvez aussi ?
Iollan : - Cela ne m'étonne pas de vous !
Elizabeth : - Je ne vais pas prendre le risque de vous demander comment je dois le prendre.
Iollan : - Vous faites bien !

Nouveau rire. Le regard sombre de la jeune femme caressa la flûte, sa main la prit avec beaucoup de délicatesse, la soupesa, l'admira sous tous les angles. Puis, satisfaite, la démonta et la rangea dans sa housse de cuir. Elizabeth régla la somme assez coquette demander pour un instrument d'une qualité supérieure et prit des nouvelles de son violoncelle. Elle discuta ainsi longtemps avec Iollan avant de sortir à regrets de la petite boutique où il flottait une douce odeur de café. Elizabeth contempla longuement l'étui qu'elle tenait à la main, souriante. Elle avait hâte d'en jouer, mais il lui fallait encore effectuer quelques achats. Elle fila vers la librairie, demander si sa commande était arrivée. Elle ressortit avec une petite moue boudeuse, une vendeuse lui avait répondu avec un ton sec et méprisant. Elizabeth lui avait gentiment conseiller d'aller voir ailleurs...la pauvre jeune femme l'avait fait. Avec tout ça, ses livres n'étaient pas arrivés. La jeune femme s'installa à la terrasse d'un café, posant son sac sur une chaise à côté d'elle ainsi que son chapeau et commanda un chocolat. Passant une main dans ses cheveux, elle se nota mentalement qu'il faudrait qu'elle les coupe à l'occasion. Sans plus y penser, sachant que toute façon elle allait oublier cette note, Elizabeth fouilla dans son sac et en sortit un recueil de poème de Samuel Beckett. Tout en lisant, elle murmurait les mots, rêveuse, son regard se teinta de mélancolie.

Elizabeth : - Que ferais-je sans ce monde sans visage, sans question, où être ne dure qu'un instant où chaque instant verse dans le vide, dans l'oubli, d'avoir été sans cette onde où à la fin corps et ombre ensemble s'engloutissent...

Le serveur posa la tasse devant elle, accompagnée d'une amande enrobée de cacao, une faiblesse gourmande de la jeune femme.

Serveur : - Si vous en voulez encore, miss Elizabeth, j'en ai en réserve.
Elizabeth : - Ne me dites pas cela, je vais vous vider vos stocks !
Serveur : - « De toutes les vraies passions, la seule vraiment respectable me paraît être la gourmandise » disait Maupassant. C'est vous même qui me l'avez dit.
Elizabeth : - Peut être. Mais Maupassant n'avait pas de problème avec une balance qui surveille la masse graisseuse !
Serveur : - Allons, elle ne doit rien avoir à redire.
Elizabeth : - Moi j'ai quelque chose à redire à vos résultats jeune homme ! Et une cliente vous appelle.
Serveur : - Vous êtes méchante mademoiselle. Pas de supplément d'amandes alors !

Un sourire amusé étira ses lèvres, elle régla sa commande et le jeune homme s'éloigna en courant vers l'autre cliente. C'était un de ses élèves qui travaillait à mi-temps dans ce café. Il avait eu de grosses difficultés au début de l'année, mais Elizabeth lui proposait une petite heure de soutient pour rattraper son retard. Ses efforts commençaient à payer. Mais au dernier devoir, il s'était raté d'une manière magistrale. Elle en avait été surprise.

Buvant son chocolat à petites gorgées, elle lisait tranquillement, sans se soucier d'un bonhomme qui faisait semblant de lire l'IHT alors que celui-ci datait de deux semaines déjà. Il l'observait de temps à autre, semblait surpris puis rapportait son attention sur la page qu'il lisait depuis une dizaine de minutes. Elizabeth le sentait tendu. Elle n'aimait pas être proche d'un individu louche comme celui-ci. Changeant de position pour lui tourner légèrement le dos, elle savoura l'amande dont l'enveloppe chocolatée commençait à fondre. Elle ferma un instant les yeux, gardant son livre ouvert, perdue dans ses pensées. Son regard survola la foule et se fixa sur la course des nuages. Un léger vent s'était levé, les poussant en avant et faisant tourner les pages de l'ouvrage ouvert sur les genoux d'Elizabeth.

La jeune femme rangea l'ouvrage qu'elle tenait encore à la main et sortit une pochette dans laquelle se trouvait des partitions. Elle en tira une, la posa bien à plat sur la table. Les portées étaient vides de notes. Elizabeth composait quand elle en avait le temps. La douceur de la journée l'inspirait, elle chercha un crayon et commença à tracer quelques notes, sa main gauche pianotant sur la table. Cette technique l'aidait à imaginer le résultat de la mélodie et le rythme lui plus approprié à certains passages. Toute à son imagination musicale, elle ne vit pas l'homme au journal se lever et approcher d'elle avec un Smith & Wesson à la main.

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Dernière édition par Elizabeth D'Arcy Kennard le Dim 28 Nov - 19:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Sam 27 Nov - 23:46

La jeune femme était rapidement entrée dans une boutique. Ce n'était pas à cet instant que le temps s'était arrêté. Elle n'avait pas vraiment eu le temps de la dévisager, étant déjà submergée par les attaques agressives de l'émissaire qui s'excitait sur son IHT. Elle l'intima sèchement au silence, tandis que son regard vairon cherchait la jeune femme qu'elle avait regardé une fraction de seconde. Une fraction de seconde, ce fut suffisant pour que le doute s'insinue dans son coeur. Il lui semblait qu'elle connaissait ce visage. Non, ça devait forcément être une illusion. Elle avait déjà fantasmé le visage de sa femme dans la foule, parce que des traits, une odeur, la démarche, lui semblait familière. A plus forte raison qu'elle se trouvait près d'un lieu de travail qui lui rappelait Elizabeth. C'était à la fac qu'elles s'étaient rencontrées, c'était à la fac qu'elle enseignait quand elles s'étaient mariées, pour le meilleur et pour le pire. Les visions commençaient à l'assaillir. Elle se recentra, et épaula de nouveau, attendant qu'elle ressorte.

Emissaire : - La voilà ! Tirez-lui dans la tête, qu'on n'en parle plus.

Le viseur se positionna sur ce visage. C'est là où le temps s'arrêta. Où le sang de la jeune femme sembla se figer dans ses veines. Elle retint sa respiration, son doigt trembla un instant sur la gâchette. Brutalement, elle se souvint, violent épisode de mémoire involontaire qui aurait étonné plus d'un Proust.

[FLASHBACK]

Les couloirs encombrés de la fac de Berkeley. La journée avait été longue. Les cours de psychologie avaient beau être des plus intéressants, quand l'envie de nicotine étreignait la jeune femme, rien ne pouvait l'apaiser, à moins d'un shoot direct de nicotine. Elle était sortie, le pas vif, la cigarette déjà dans ses lèvres avant même d'avoir atteint la sortie de l'université. Elle avait fouillé dans ses poches en grommelant. Un groupe de cheerleaders l'avait dépassée en gloussant, agitant sous le nez de la marginale étudiante des briquets neufs. Elle avait senti, pendant une seconde, la vague envie de les claquer et leur prendre leurs briquets. Mais c'était très peu gentleman.

Elle se souvenait de l'odeur un peu moite de l'été californien, de ces derniers cours avant de terminer l'année scolaire et reprendre les petits boulots. Des tenues qui étaient un peu plus légères. Elle se souvenait parfaitement qu'elle portait, encore et toujours, son costume sombre, assorti avec une chemise blanche, le tout arrangé d'une telle manière que son allure nonchalante lui donnait quelques manières d'élégance.

Soudain, son regard vairon s'était levé vers un visage qui lui était familier, se sentant observée. Familier, non parce qu'elle avait déjà parlé à la propriétaire de ce regard, mais parce qu'elle l'avait souvent inconsciemment épiée dans la fac. Elle savait qui elle était, elle savait qu'elle s'appelait Elizabeth Kennard, qu'elle était étudiante en philosophie, d'une année son aînée, qu'elle ne fumait techniquement pas, qu'elle était très belle, mais très hétéros, bien qu'on ne lui connaisse point de petit ami à cette époque.

A l'époque, Jaina était déjà connue pour ses frasques sexuelles, pour enchaîner les conquêtes sans avoir aucun remord, pour être une grande gueule sûre d'elle. Pourtant, quand elle regarda Elizabeth, quand elle lui demanda du feu (et par bonheur, elle en avait), elle ne put s'empêcher de balbutier. Elle était tellement belle...

Et c'est à cet instant, sans se douter qu'elles auraient une relation, qu'elles se marieraient et qu'elles auraient un enfant, qu'elle se promit de ne jamais oublier son regard, de l'inscrire à jamais dans sa mémoire et de s'en servir comme d'un trophée les jours où ça n'irait pas.

[/FIN DU FLASHBACK/]

Et ce regard avait toujours été unique. Jaina, au cours de sa brillante carrière d'agent du FBI, avait eu l'occasion de croiser de très jolies femmes. Et jamais personne n'avait atteint la profondeur du regard de sa compagne. Il y avait cette part de mystère, de beauté, l'intelligence vive qui agitait ses iris... Cette femme avait exactement le même. C'était impossible.

Emissaire : - Qu'est-ce que vous foutez? Tuez-la !

Jaina n'entendait pas. Le pas de la jeune femme, cette démarche, portant son sac en cuir... Son doigt trembla plus fort sur la gâchette, caressant par intermittences l'acier lustré, sa lèvre s'agita. Aucune parole ne s'échappait des lèvres de la jeune femme, elle ne pouvait pas être sure. Mais... Enfin... C'était impossible... La coïncidence était tellement énorme... Elizabeth était enseignante de philosophie.

Emissaire : - Bordel, elle s'est assise à côté de moi. Ca va être déjà moins discret de la buter... Qu'est-ce que vous branlez, D'Arcy?

Rien. Elle la regarda s'asseoir, retirer son chapeau, elle fixa ses prunelles impairs sur les lèvres de la jeune femme qui bougeaient pour prendre sa commande. Elle plaisantait avec le serveur. Bien malgré elle, Jaina sentit monter de la jalousie. S'en étonnant, elle supposa que c'était un indice de plus. Et vint le sourire. Ce sourire. Le même que celui qu'elle lui avait fait avant de lui donner un briquet. La certitude était là, elle rongeait son coeur, elle la bouleversa au plus profond de son être, la paralysant.

Elizabeth....

Mais non, par Zeus ! Elle était morte ! Elle avait disparu ! Si elle avait survécu, pourquoi n'avait-elle pas donné de signes de vie à sa femme ou au moins à son fils ! Non, c'était inexplicable. Jamais Jaina n'avait fauté, une fois qu'elle était avec elle. Jamais elle ne l'avait trahie. Elle connaissait Eli par coeur, elle ne pouvait pas... Elle... C'était impossible...

Les pensées tourmentaient le cerveau de la jeune femme, et elle se rendit compte que son fusil reposait désormais sur le rebord du muret du toit de l'immeuble. Elle l'épaula de nouveau, et se servit de la lunette comme d'une jumelle. Elle lisait, elle avait pris un chocolat.

Jaina (d'une voix étranglée) : - Elizabeth... Regarde-moi...
Emissaire (alarmé) : - Qu'est-ce que vous marmonnez, D'Arcy?!

Beckett. Un bouquin de Beckett. Quelle était la chance pour que sa cible lise les mêmes recueils que ceux de son épouse? L'expérience lui hurlait que c'était elle, pourtant dans son coeur subsistait le doute. Elle aurait attendu, cherché sa femme, pour finalement la retrouver dans son viseur, parfaitement vivante, et surtout muette depuis des années?... Non, c'était... Elle devait en avoir le coeur net. Et si ce n'était pas elle, elle aurait le loisir de la tuer plus tard, Jaina n'était pas une professionnelle pour rien.

Emissaire (très énervé) : - Bon Dieu, ils ont eu raison de m'envoyer avec vous !

Quoi?!

Elle fit légèrement pivoter le canon de son arme, et fixa l'Emissaire de sa lunette. Son coeur rata un battement : son plan de reconnaissance allait lamentablement échouer s'il tuait lui-même la jeune femme. Elle remarqua l'éclat métallique. Elle avait reconnu un Smith and Wesson, arme de service de nombreux services de police.

Bordel !

Elle regarda de nouveau la jeune femme, innocente, assise à la terrasse, bouquinant tranquillement, sans se douter que ce serait la dernière chose qu'elle ferait, et que sa beauté s'évanouirait lorsque la balle, lancée à 300 mètres par seconde, atteindrait son crâne, traversait son cerveau, formerait un cratère de sortie assez important vue la distance, éclabousserait les autres clients d'un mélange immonde de sang, neurones et d'éclats d'os, puis se ficherait dans le mur derrière, et c'est ainsi qu'elle finirait, belle, seule, innocente, et, et...

Et merde, elle perdait le fil de ses pensées. Il fallait agir vite. L'émissaire arrivait à sa hauteur et elle ne le remarquait pas.

Tu vas le regretter, Jaina... Tu vas VRAIMENT le regretter...

Son doigt pressa la gâchette. La tête partit en arrière avec violence et le menton s'appuya sur la poitrine. Les lèvres s'entrouvrirent pour laisser passer un filet de bave où se mêlait du sang épais, qui se mit à couler sur la chemise. Le corps s'affaissa, un genou à terre, et tomba sur le flanc, lâchant son arme et l'IHT. Comme elle l'avait prédit, des cris se mirent à retentir dans la seconde, et la foule céda à la panique. Jaina arracha l'oreillette, la jeta dans le vide, le coeur battant.

Tu viens juste de faire la plus grosse conne**e de ton existence...

Le temps s'accéléra brutalement. Elle rejette son canon sur son épaule, se met à courir. Elle descend rapidement l'échelle en se laissant glisser le long des barreaux, puis saute à terre. Elle rangea son arme rapidement, la jeta dans le coffre de sa voiture, garée dans une petite ruelle retirée et en cul de sac, essayant de paraître la plus discrète possible au milieu de la folie ambiante.

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Dim 28 Nov - 20:28

Un moment de suspens. Comme si le temps ralentissait. Elizabeth entendit la balle arriver, la détonation. Elle redressa lentement la tête. En face d'elle se tenait l'homme au journal, une arme à la main, le regard terrible. Son doigt s'apprêtait à presser la gâchette quand la balle lui traversa le crâne de part en part. Ses prunelles reflétèrent l'espace d'un instant de l'étonnement, puis de la consternation avant de s'éteindre. Au coin de ses lèvres, un filet de sang coulait, goutant de son menton et tachant sa chemise. Il posa un genoux à terre, ses mains laissèrent tomber pistolet et journal avant de s'écrouler sur le sol avec un bruit sourd. Elizabeth regarda le cadavre à ses pieds et soupira. Alors que clients et serveurs prenaient lentement conscience de la scène qui venait de se dérouler sous leurs yeux, la jeune femme rangea ses partitions dans son sac et se redressa, plaçant son chapeau sur sa tête. Ce geste fut comme un déclencheur et les cris paniqués d'une dame assez âgée (qui possédait néanmoins une capacité de vocalise aigu très étonnante) terminèrent de dramatiser l'atmosphère. Les clients se bousculaient pour s'éloigner, en pensant que bientôt, une autre personne se ferait tuer. Les serveurs avaient laissé tomber leurs plateaux, les tasses se brisèrent sur le sol, le café, l'alcool et un jus de pomme vinrent se mélanger au sang qui lentement s'insinuait entre les pavés. La panique était totale. Un enfant manqua de peu de se faire piétiner. L'étudiant d'Elizabeth trébucha sur le cadavre, tomba, se cassant le nez, apeuré, il se redressa aussitôt et partit en courant.

La jeune femme soupira à nouveau, grimpa sur sa table en prenant soin de ne pas mettre le pied dans sa tasse et contempla la foule. Un sentiment de toute puissance l'envahit. Son regard devint grave, le vent faisait voleter les pans de son manteau. Ses doigts serrèrent plus fermement son sac de cuir, ses yeux interrogeaient les toits où le tireur avait dû se positionner. Un mouvement. Une silhouette descendit rapidement une échelle avant de disparaître dans une ruelle. Sur son épaule se trouvait un fusil au canon encore fumant. La cible était repérée. Mais avant de l'intercepter il lui fallait calmer la foule, ses mouvements de panique risquaient de tuer quelques innocents en les étouffant. Elizabeth se concentra, le temps ralentit à nouveau. Elle entrouvrit les lèvres, prit une profonde inspiration.

Elizabeth : - Calmez vous. Il ne s'est rien passé. Cet homme est blessé. Vous appelez une ambulance. Écartez vous.

Sa voix était différente, sa gravité était plus profonde. Cette profondeur se répercuta sur les bâtiments, sur chaque être, faisant tressauter les cœurs. Sa puissance était amplifiée, sa douceur aussi. Sa voix devenait presque matériel, voluptueuse et forte, immobilisant les promeneurs affolés. Elizabeth entra dans l'esprit de chacun, balaya leur terreur et y implanta ses quelques mots qui devinrent des certitudes. Un homme en costume sortit son téléphone portable et appela une ambulance avec une voix posée, leur indiquant la rue où se trouvait le blessé. Lorsque la standardiste lui demanda l'importance de la blessure, il répondit avec tout le naturel possible que le pauvre homme avait une balle dans la tête et qu'il fallait se dépêcher.

Elizabeth : - Retournez à vos occupations. Vous avez autre chose à faire.

Elle sourit. Les clients reprirent leur place, les serveurs ramassèrent les débris de tasses et de verres, prirent les commandes et retournèrent à leur travail. La foule se dispersa, un enfant passa à côté du cadavre, demandant à sa mère pourquoi cet homme était allongé sur le sol. Celle-ci répondit qu'il était blessé et ne devait pas bouger. Sans plus de détails, ils s'éloignèrent. Satisfaite, Elizabeth sauta sur le sol et s'élança, il lui fallait à présent arrêter le tireur. Savoir qui il était. D'un côté il lui avait sauvé la vie. De l'autre cela ne se faisait pas de tirer ainsi sur quelqu'un. Elle ne courait pas, elle semblait voler au-dessus du sol. La vigueur de ses jambes la portèrent rapidement à l'endroit où elle avait vu le tireur descendre de son perchoir. Une petite ruelle qui se terminait en cul de sac s'enfonçait dans l'ombre. Guidée par son instinct, la jeune femme l'emprunta, étouffant le bruit de ses pas. Le tireur rangeait son arme dans le coffre de sa voiture, la jeune femme se redressa, usant à nouveau de son pouvoir.

Elizabeth : - Arrêtez. C'est vous qui avez tiré sur l'homme au journal ? Répondez moi.

Rien. Sa voix avait la même force qu'avant, la même puissance dans l'intonation, la même inflexion qui la rendait autoritaire et douce, pourtant il n'y avait aucune réaction. Ce n'était pas normal. Pas normal du tout. Pendant une fraction de seconde Elizabeth se sentit désarmée. Son pouvoir qui n'avait pas de prise sur quelqu'un, c'était une première. Elle fouilla sa mémoire à la recherche d'un événement similaire. Non. C'était nouveau. Et anormal. La jeune femme ne bougeait plus, un léger sourire flottait sur ses lèvres. Elle se préparait à réagir en cas d'attaque. Mais le tireur ne bougeait pas plus qu'elle. Prenant une profonde inspiration, reprenant sa voix normale, elle fit encore quelques pas et lui toucha l'épaule.

Elizabeth : - Excusez moi, ce n'était pas très délicat de poser ma question ainsi.

C'était une femme. Une jeune femme. De son âge environ. Les cheveux en bataille. Son regard cloua Elizabeth sur place. Des yeux vairons. Qui reflétaient une agitation profonde et une détresse totale. Elle ne s'attendait pas à ça. Un tueur a un regard froid, en général. Alors que la personne qu'elle avait en face d'elle semblait perdue.

Elizabeth : - C'est peut être un peu incongru de commencer par là seulement maintenant, mais je me présente. Elizabeth Kennard. Enchantée. Je voulais vous remercier, vous m'avez sauvée la vie. Mais je suis surprise. Si vous étiez positionnée sur un toit, c'est que vous vouliez tuer cet homme de manière intentionnelle. L'assassinat est rarement la bonne solution.

Elle cherchait le regard de la jeune femme, perplexe.

C'est toi qui dis ça alors que tu as tué une bonne centaine de personnes voire plus... Tu es gonflée Elizabeth ! Mais ce n'est pas le moment.

Elle sourit, un sourire franc de prof de philo qui n'a pas peur de se prendre une balle dans la tête. Sa conscience professionnelle lui interdisait de mourir, elle avait des cours à préparer et corriger des copies de partiels. Ce n'était donc pas le moment de s'envoler vers l'au-delà. Surtout pas dans une ruelle sombre, les rumeurs seraient plutôt mauvaises et la jeune femme avait un honneur.

Elizabeth : - Je suppose que vous aviez une bonne raison pour vouloir le tuer...mais quand même...

Elle fit une petite moue, elle même n'avait jamais de raison véritable pour tuer quelqu'un. Elle n'aimait pas cela, et cela valait pour les membres de l'Opération Apocalypto aussi. Elle soupçonnait d'ailleurs la jeune femme d'en faire partie. Il s'agissait là d'une simple intuition. Elizabeth devait se montrer prudente, elle le savait. Son pouvoir n'avait pas d'effet elle. Il ne lui restait que ses jambes et un couteau caché dans sa manche. Avec son sac plein de livres, de copies et contenant la précieuse flûte, le combat serait difficile. Il ne fallait surtout pas que l'instrument s'abime.

L'absence de réponse l'inquiéta. Elizabeth cherchait une réaction dans le regard bicolore qui la fixait. Une sirène retentit. L'ambulance. Une autre. La police. La jeune femme restait détendue. Elle était en présence du tueur, de la tueuse en l'occurrence, après avoir affirmée à la foule que le bonhomme avec un trou dans la tête était juste blessé et non pas mort. Quoi de plus normal ? Elle se rapprocha encore de l'inconnue, et murmura.

Elizabeth : - Les flics vont forcément passer par ici. Nous nous connaissons, nous sommes de vieilles amies, vous vous êtes garée dans cette ruelle parce qu'il n'y avait plus de place. Ne me demandez pas pourquoi je fais ça. Je n'en sais rien. Réaction spontanée. Okay ?

Sans attendre sa réponse, elle prit une pose plus nonchalante, confiante. Trente secondes plus tard, un policier pointa le bout de sa visière et aborda les deux jeunes femmes, le visage grave, une cigarette fumante entre les lèvres. Il demanda, avec une nuance d'énervement dans la voix :

Policier : - Vous savez qu'il y a eu un meurtre dans la rue ?
Elizabeth (jouant la pauvre femme horrifiée) : - Un meurtre ? Mais c'est horrible !
Policier : - Vous avez vu quelque chose de suspect ?
Elizabeth : - Non...je ne me suis pas vraiment occupée d'observer les environs.
Policier (se tournant vers l'inconnue) : - Et vous ?
Elizabeth : - Non plus.
Policier : - Ce n'est pas à vous que je parle.
Elizabeth : - Moi si. Partez, s'il vous plait. Vous nous dérangez.

L'homme les salua en retirant sa casquette et s'éloigna d'un pas tranquille. Elizabeth avait légèrement usé de l'Autosuggestion pour le faire partir plus vite. La jeune femme et son regard vairon l'intriguaient. La masse sombre de son passé qui s'obstinait à rester dans l'oubli remuait depuis qu'elle avait son regard plongé dans celui de l'inconnue. Cela non plus, ce n'était pas normal. Un sentiment étrange prit possession d'elle. Sa main tenant son sac tremblait légèrement. Mais elle ne quittait pas son sourire.

Elizabeth : - Votre visage me rappelle vaguement quelque chose. Pardonnez moi de vous le demander ainsi mais... Qui êtes-vous ?

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Lun 29 Nov - 21:00

Elle ne viendrait pas. Non, bien sûr que non. Ce ne serait que pure folie.... Elle allait la reconnaître, c'était certain. On n'oubliait pas la femme avec qui on avait passé près de sept ans, comme un vulgaire passant qui aurait à peine fait irruption dans sa vie... En tout cas c'est ce que Jaina espérait. Elle se hâtait de ranger l'arme et de la faire disparaître dans le coffre, mais la lanière de cuir de son étui s'était coincée quelque part, et elle luttait désormais pour la dégager, ses tremblements accentuant sa détresse. Des bruits de pas. Elle suspendit son geste. Et de nouveau, le temps se figea, tandis qu'elle se retournait lentement pour dévisager la silhouette en contre jour.

La silhouette parla. Son coeur se déchira. Elle parla sans que Jaina l'entende. Elle reporta son attention sur l'étui de son arme et dégagea avec un grognement de soulagement la lanière. Elle poussa le tout dans le fond du coffre. Avec des gestes empreints d'une lourde pesanteur, elle referma le coffre avec un claquement sec. Toute cette espèce de théâtralisation lui permettait de prendre son temps, de se préparer psychologiquement à la confrontation. Elizabeth... Qu'étais-tu devenue pendant ces années? Brutalement, son cerveau décoda ce qu'elle avait dit un peu plus tôt.

Elizabeth : - Arrêtez. C'est vous qui avez tiré sur l'homme au journal? Répondez-moi.

La jeune californienne fronça les sourcils. L'intonation de la voix d'Elizabeth était... Différente. Oh, bien sûr, entre mille voix, elle aurait su reconnaître la voix de son épouse. Mais il y avait quelque chose en plus. Quelque chose de malsain, de l'ordre de la coercition. Evidemment, comme tout un chacun, la jeune femme abhorrait la coercition. Elle se retourna, le regard incertain. La jeune femme était encore dans la lumière, et ne pouvait probablement pas la distinguer d'entres les ombres. Elle devait voir sa haute silhouette mince, en costume. Peut-être la prenait-elle pour un homme. Il y avait donc encore un espoir qu'elle n'ait pas encore reconnu sa compagne. Ce n'était peut-être qu'une question de minutes...

Jaina sentait la tension de la jeune femme. Il y avait quelque chose comme de l'échec dans sa posture. Elle la sentit... Comme surprise de cet échec, comme si sa moindre parole sèche devait lui assurer un pouvoir total sur son interlocuteur, et que désobéir était tout bonnement banni. Pourtant, cela avait plus agacé la jeune flic qu'autre chose. Elle se réévalua, tandis que Jaina restait immobile, la dévisageant. Telle un félin, Elizabeth semblait prête à réagir au moindre faux pas de la jeune femme. Jaina avait bien une arme, son Sig Sauer dont elle ne se départait pour ainsi dire jamais, qui était glissé dans un holster de ceinture, bien dissimulé derrière son dos. Elle restait calme. Sa main était éloignée du holster.

C'est Elizabeth qui esquissa le premier geste pour l'approcher. Comme si elle avait... Confiance... Pourtant, elle savait bien que c'était elle qui venait de coller un pruneau entre les deux yeux de son agresseur. Et elle n'avait absolument aucune raison à cela. Bordel. Quelque chose ne tournait décidément pas rond dans cet instant... Elle lui toucha l'épaule, et ce geste, au lieu de la réconforter, l'effraya. Il n'avait rien de la chaleur des gestes qu'elle avait échangés avec elle, des années auparavant, ces douces caresses amoureuses. C'était plutôt... Comme donner un coup sur un rocher pour s'en assurer l'existence. Je ne rêve pas? Bam. Ouille. Oui, je suis bien là... Jaina ne bougea pas.

Elizabeth : - Excusez moi, ce n'était pas très délicat de poser ma question ainsi.

Non, en effet. Mais cette prise de parole, pouvant paraître superflue, permit à Jaina de saisir l'intonation normale de sa compagne. C'était bien elle. Telle un robot, elle venait de reconnaître sa signature vocale. Elle se sentait par ailleurs comme un robot. Elle ne bougeait pas, se sentait en complète dichotomie avec son corps. Elle pensait à mille kilomètres/heure tandis que son corps se mouvait avec une lenteur désespérée. Elle la vouvoyait. Elle ne la reconnaissait pas. Jaina avait un peu maigri, son teint avait pâli depuis la disparition d'Elizabeth. Mais elle était toujours la même, même allure élégamment négligée, même regard vairon, même coupe en bataille avec ses quelques mèches blondes. Peut-être qu'elle ne voyait pas tout cela dans la pénombre de la ruelle, m'enfin, elles n'étaient pas non plus dans une chambre noire...

Elle se présenta au bourreau. Elle se présenta. Par Zeus. Si Jaina avait seulement envisagé cette possibilité... Elle aurait dû détaler comme un lapin effrayé. Jaina avait l'allure d'une cinglée échappée d'un hôpital psychiatrique, du genre à tuer des gens, tranquillement, puis à repartir dans sa bagnole faire des courses au Monoprix du coin. Elle était juste pétrifiée, et elle dut mettre une stratégie en place pour formuler sa réponse. Elle entrouvrit les lèvres, et juste eut le temps de dire :

Jaina : - Je... Je sais qui vous êtes.

Elle était en train de murmurer. Elle se râcla la gorge, se donna plus de contenance, bien loin de l'image de la tueuse supposée. Elle répéta, avec une voix un peu rauque, mais néanmoins plus assurée.

Jaina : - Je sais qui vous êtes.

Elle aurait voulu s'attarder, lui demander en hurlant si possible pourquoi elle ne la reconnaissait pas. Bon dieu, Elizabeth était sa femme. Elle aurait voulu se la jouer Phèdre, se jeter à ses pieds en serrant ses mains sur ses genoux en pleurant à grosses larmes. S'arracher les cheveux comme ces femmes en furie dans les tragédies grecques. Se la jouer grande romantique mystérieuse. Mais non, son cerveau semblait en état de bug, elle ne parvenait pas à formuler ses phrases ni même à s'ancrer dans la réalité présente. Elle l'entendit vaguement parler d'un assassinat, que ça faisait pas. Euh oui, je veux bien. Pour autant... Si tu savais ce que je suis devenue... Une vraie tueuse...

Elle esquissa quelques pas vers elle, hésitante, éperdue, les mains tremblantes. C'est à cet instant qu'Elizabeth lui exposa son plan pour dégager les éventuels policiers. Elle avait l'air stupide, ses lèvres tremblantes, sa mâchoire hésitant, claquant, tandis que les mots ne voulaient pas passer la barrière de ses dents. Le policier en question fit irruption. Jaina le regarda, immobile, stressée, raide comme un piquet, comme un gamin pris en faute. Elizabeth gérait la situation, elle n'eut même pas besoin d'intervenir. Elle compris alors. Elle pouvait persuader les gens. Son attitude était plus que suspecte et le policier venait de tourner les talons comme si tout allait bien.

Il fallait prendre une décision. Maintenant. Jaina glissa sa main à l'arrière de son dos, dégagea le holster. En même temps, sa main droite fouillait sa poche. Si ça se trouve, elle avait le pouvoir de l'influencer, de lui faire n'importe quoi. Sachant qu'elle devait se sentir en danger. Elle pouvait la considérer comme un ennemi et la pousser à se tuer... Un suicide... Elle se tournait vers elle. Jaina secoua doucement la tête. Oui, elle pouvait reconnaître son visage. C'était normal. Jaina ne pouvait plus soutenir l'affrontement. La question l'acheva.

Jaina : - Qui je suis? Je...

Elle ne savait pas ce qu'elle faisait, son corps ne répondait plus, le désespoir guidait ses gestes. Elle dégaina son Sig Sauer et le pointa vers Elizabeth, secouant toujours la tête, une douleur infinie se lisant dans ses yeux. De l'autre, elle laissa tomber son portefeuille de cuir, qui s'ouvrit sur le sol. Sa voix était étranglée.

Jaina : - Pourquoi? Pourquoi, Elizabeth?...

Eperdue de douleur, elle recula, tenant toujours en joue la jeune femme.

Jaina : - N'approche pas !

Dans sa voix, encore de la douleur, mais aussi un avertissement. Elle était hors de contrôle, son doigt tremblait sur la gâchette en acier et le coup pouvait partir : la sécurité était relevée. Elle entra dans sa voiture à tâtons, fit demi-tour, la démarra et s'enfuit, éperdue, faisant crisser les pneus de la vieille Mustang qu'elle avait déjà à la fac.

Le portefeuille gisait, entrouvert, sur le sol sale. Des papiers, une carte d'identité récente. On voyait une photo de Jaina, le regard sérieux, inexpressive, comme toutes les cartes d'identité. Son nom de jeune fille, et surtout son grade. Lieutenant d'Apocalypto. Agent spécial du FBI. Son permis. Quelques factures qui reflétaient son train de vie pathétique. Mais le plus important était une photo. Jaina l'avait prise avec un vieux polaroïd. Une jeune femme, souriante, qui portait dans ses bras un nouveau-né, fièrement. Jaina ne se départait jamais de cette photo : elle lui rappelait ces doux temps perdus... Cette jeune femme était évidemment Elizabeth. Elle avait été prise quelques années plus tôt. Au dos figurait les deux noms et la date, de l'écriture de Jaina.

Jaina s'arrêta quelques rues plus loin dans un crissement de pneus, et laissa son front s'appuyer sur le volant en cuir. Elle éclata en sanglots, sans retenue, indifférente à la pluie qui se mettait à tomber.

[NDLR : topic pas forcément terminé, évidemment]

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Dim 5 Déc - 13:10

Elizabeth ne comprit absolument pas ce qui était entrain de se passer. La jeune femme qui lui faisait face s'était mise à trembler, son regard trahissait un désespoir sans fond et ses joues avaient brusquement pâli. Le petit policier était loin maintenant, ne se doutant pas que dans cette ruelle sombre, il avait fait face à la tueuse et à un mutant, si c'était le cas, il en aurait eu des sueurs froides, sans aucun doute. Son interlocutrice avait affirmé à Elizabeth, d'une voix tremblante, qu'elle savait qui elle était. Avant de la menacer avec une arme.

Jaina : - Pourquoi? Pourquoi, Elizabeth?...

Elle pouvait jouer la comédie, après tout, Elizabeth s'était présentée peu de temps avant. Contrairement à la jeune femme qui la menaçait. Cette mise en scène pouvait avoir pour but de la déstabiliser afin de l'attaquer ensuite par surprise. De toute façon, avec cette arme pointée vers elle, la petite prof était prête à réagir au quart de seconde. Mais elle sentait que la misérable qui lui faisait face n'allait par tirer. Son doigt tremblait tellement... Si un coup devait partir, ce serait par accident.

Jaina : - N'approche pas !

Un avertissement. Elizabeth ne fit pas un mouvement. Tout pouvait arriver. La jeune femme grimpa dans sa voiture et démarra. Dans un demi-tour assez dangereux, elle sortit à toute vitesse de la ruelle, les pneus crissant.

Elizabeth (avec une voix trahissant un léger énervement) : - Et une bonne journée à vous, mademoiselle !

Elle grommela. L'impolitesse croissante dans la population la consternait, surtout si c'était pour l'attaquer et l'abattre alors qu'elle tournait le dos au danger. La jeune femme se pencha et ramassa son sac, c'est ainsi qu'elle remarqua le portefeuille tombé sur le sol. Son regard s'arrêta sur une carte d'identité. La jeune femme en détresse qui s'était trouvée devant elle quelques minutes plutôt faisait partie de la pire espèce qui soit pour Elizabeth. Un agent d'Apocalypto. Un lieutenant même. La jeune femme était d'autant plus au aguets. Il fallait que quelque chose lui tombe dessus, c'était tellement évident que l'absence totale de mouvement dans l'ombre ou sur les toits la surprit. Vint ensuite la rancœur, elle venait de laisser filer un monstre. Quel est son nom d'ailleurs ? Elizabeth détailla la carte d'identité : Jaina D'Arcy. Joli prénom. Ce fut le nom qui l'interpella. La jeune femme passa ensuite en revu les factures, qui n'apportaient pas vraiment de détails importants. Son regard revint plusieurs fois sur le grade maudit. Elle prit une profonde inspiration, rassembla tous les papiers, sans regarder la photo et les rangea dans le portefeuille.

Passant une main dans ses cheveux, elle s'appliqua à prendre un sourire naturel et retourna dans la rue. Les ambulanciers étaient entrain de charger le cadavre, une dame les poursuivait en leur disant que le pauvre homme n'était pas mort mais blessé, alors ce n'était pas la peine de le mettre dans un sac noir. Les conséquences du pouvoir d'Elizabeth pouvaient parfois être originales. Les policiers enchainaient les interrogatoires. La jeune femme pressa le pas pour leur échapper et entra dans un tabac.

Elizabeth : - Bonjour, je peux utiliser votre photocopieuse ? J'ai des papiers à avoir en double et j'ai bêtement oublié d'en faire la photocopie.

Elle sourit et se dirigea vers la machine. Tout en discutant avec l'aimable gérant, elle pensait à la jeune femme et surtout à ses paroles. Ressortant de la boutique, les copies soigneusement rangées dans son sac, même celle de la photo, elle entreprit de chercher...Jaina. Perplexe, se demandant si elle ne faisait pas là la plus grosse idiotie de sa vie. Au fond, au point où elle en était, Elizabeth avait décidé de jouer le tout pour le tout. Si elle retrouvait son passé, tant mieux, si elle se faisait tuer, tant pis. Mais elle vendrait chèrement sa peau. Regardant à nouveau la carte d'identité, elle nota l'adresse sur un carnet et décida de s'y rendre. A près tout, c'était ce qu'il y avait de plus logique. Elle imaginait déjà la scène, elle tendant le portefeuille et la tueuse l'attendant avec un couteau comme celui dans Scream à la main. C'était risible. Surtout une telle mise en scène.

Elizabeth se mit donc en route. Sa main serrait nerveusement le portefeuille. Dedans se trouvait la fameuse photo que son regard prenait soin d'éviter. La jeune femme s'éloigna un peu de la foule, s'appuya contre un mur et la sortit avec mille précautions. Elle détailla longuement les deux personnes qui se trouvaient sur le petit morceau de papier. Une jeune femme qui ressemblait trait pour trait à Elizabeth. C'était d'ailleurs écrit au dos. Un nouveau né qu'elle portait dans ses bras avait pour nom Keryan . Pendant un long moment, la photographie menaça un équilibre psychique primordiale pour la prof de philo qui serrait ce carré de papier entre ses doigts. Son regard était perdu. Le sol tanguait sous ses pieds. Elle essaya de se souvenir.

Se laissant glisser contre le mur, elle ferma les yeux et se concentra sur le morceau de mémoire qui lui résistait. Le silence se fit autour d'elle. Elle ne voyait plus que cette ombre omniprésente sur chacun de ses gestes, ces souvenirs qui se refusaient à elle avec obstination. Une fois de plus, elle tenta de forcer cette barrière invisible. Une fois de plus, cette tentative fut vaine. La nouveauté fut la violence de la contre attaque de son propre esprit. Il rejetait la photo comme si elle était une menace de mort. Un sifflement strident vrillait les tympans de la jeune femme. Ses pensées furent embrouillées par une forte migraine, le ciel et la terre semblaient s'inverser sous ses pieds. Il y avait aussi des coups, comme si un petit être s'amusait à taper sur la surface interne de son crâne pour en sortir, grattant l'os avec insistance, insensible à la douleur provoquée. Ses mains se mirent à trembler, la photographie leur échappèrent. Le sifflement s'accentua, résonnant dans la tête de la jeune femme qui se sentait prise au piège, prête à être écrasée. Et soudain, tout s'arrêta.

Tremblante, Elizabeth ramassa la photo, la regarda encore un instant puis la rangea dans le portefeuille. Son regard était encore un peu fiévreux, mais mentalement, tout allait pour le mieux. Une seule pensée brillait, plus forte que les autres. Cette photo était un montage d'elle, plus jeune. Très bien fait. L'agent d'Apocalypto avait dû y passer des heures. Il fallait la féliciter pour un tel travail. Et lui dire que cela ne prenait pas. Un sourire étira les lèvres de la jeune femme, qui était donc cette Jaina D'Arcy, celle qui résistait à son pouvoir. La curiosité prit le dessus sur la prudence. Après tout, ce serait aussi l'occasion de voir ce qui motivait un agent Apocalypto. Surtout si celui-ci affirmait savoir qui elle était.

Elle se remit donc en marche, plus tranquille. Il se mit à pleuvoir. C'est sans compter sur la prévoyance d'Elizabeth qui dégaina un parapluie plus vite que son ombre. Grandir à Londres, cela apprend certaines techniques de survie essentielles comme toujours avoir un parapluie sur soi. Amusée et bien à l'abri, elle regarda les passants se protéger de la pluie comme ils pouvaient, comme ce très bel homme en costard se couvrant le crâne avec un journal. Un léger rire lui échappa. Elle aimait la pluie, cette musicalité était apaisante. La jeune femme ne perdait pas de vue son objectif, regardant les rues, essayant de trouver la bonne. Hélas, l'orientation est un point faible chez elle. Elle tourna donc dans une mauvaise rue, non loin du cul de sac où elle avait rencontré Jaina. La voiture était garée là. La pluie tombait à torrent. Elle entra dans un café et en commanda deux à emporter. Quand elle le voulait, Elizabeth pouvait faire preuve d'une extrême gentillesse.

Une bande de jeunes gens de mauvaise fréquentation tournait autour de la vieille Mustang avec une lueur d'envie au fond des yeux. La jeune femme qui était à l'intérieure ne bougeait pas, effondrée sur le volant. Elizabeth rangea le portefeuille dans son sac, gardant le parapluie en main. Elle s'approcha avec une démarche nonchalante. Son regard croisa celui d'un jeune balafré. Ils se dévisagèrent un moment. Et le petit groupe s'éloigna. La jeune femme sourit et fit le tour de la voiture. Elle ouvrit la porte côté passager et s'y installa, fermant son parapluie. Elle sortit les deux cafés de leur sac en papier et en tendit un à Jaina, en souriant. Sa voix n'avait plus rien à voir avec celle qu'elle avait utilisé un peu plus tôt, il y avait son léger accent britannique, une inflexion plus paisible.

Elizabeth : - Tenez. J'ai prie deux cafés viennois. J'espère que vous aimez.

Sans se soucier d'une éventuelle menace, elle dégusta la chantilly et une petite gorgée de café. Tranquille, elle sortit ensuite le portefeuille de son sac et le tendit à la jeune femme, elle remarqua alors que des larmes roulaient sur ses joues. Agent d'Apocalypto ou pas, il y a des priorités pour tout. Peut être était-ce aussi une stratégie pour l'attendrir et mieux la tuer ensuite. Elizabeth posa son café et le portefeuille. Elle se tourna vers Jaina.

Elizabeth : - Vous affirmez savoir qui je suis. Soit vous vous moquez de moi et cherchez à me piéger. Soit ces larmes sont sincères. Et ne pleurez pas comme ça, s'il vous plait.

Avec un doux sourire, elle lui tendit un mouchoir. Elizabeth savait qu'en cas de problème, elle serait bloquée. Une voiture est une sorte de prison. Jaina pouvait verrouiller les portes et l'abattre avant de dégager le cadavre en le jetant sur la chaussée trempée par la pluie. Pourtant...son instinct lui indiquait que ce n'était pas dans ses intentions. Elle prit une profonde inspiration. Jaina ne se calmait pas.

Elizabeth : - Allons. Calmez vous. J'aimerais savoir comment vous me connaissez.

Elle reprit son café, en attendant que la jeune femme sèche ses larmes. Ses cheveux commençaient à boucler sous l'action de l'humidité. Son regard se perdait dans une légère rêverie. A vrai dire, au moindre geste menaçant de Jaina, un couteau de lancer glissé dans sa manche était prêt. Elizabeth hésitait entre lui faire confiance et l'abattre sur le champ, sans plus de détail. Ce qui n'était pas dans ses habitudes.

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Mer 22 Déc - 0:29

C’était marrant, l’odeur du cuir n’avait pas changé, malgré toutes les années passées, se dit la jeune femme, en gardant le nez écrasé contre le volant, son front s’appuyant sur la partie supérieure en bois, tandis que ses épaules étaient secouées par ses sanglots. Elle comprenait pourquoi Elizabeth ne la reconnaissait pas. Enfin, elle comprenait… Elle pouvait essayer de trouver une explication. Par elle ne savait quelle opération du Saint Esprit, Elizabeth avait gagné une sorte de pouvoir de persuasion. Elizabeth n’était pas une mutante. C’était impossible. Elle l’aurait su, après tant d’années. Et si cela n’était pas détectable sur elle, leur fils aurait dû développer quelque chose. Keryan… Jusqu’ici, le garçon avait fait montre d’un développement physique normal, et d’un intellect plus qu’intéressant. Elle aimait le regarder observer le monde de ses yeux gris, le promener tranquillement, sans un mot, comme s’il analysait la situation, puis croisait ses bras, se retirait dans sa chambre pour méditer. Comment Elizabeth avait pu lui cacher ça ? Peut-être que le gène était récessif… Elle fouillait dans sa mémoire. La dernière visite médicale de Keryan remontait à un mois. Non, il aurait été détecté. Mais bordel, qu’est-ce qui s’est passé ? Elle se sentait perdue.

Elle avait vu dans le regard d’Eli. Elle ne l’avait pas reconnue, alors que son visage était apparu en pleine lumière. Et non seulement elle ne l’avait pas reconnue, mais en plus, elle doutait d’elle. Bon sang, si seulement elle avait cru qu’un jour cela arriverait. Elle se demanda, furtivement, s’il n’était pas préférable qu’elle fût morte. La souffrance… La souffrance était tellement cuisante. Elle n’avait pas du tout envisagé que d’éventuelles retrouvailles se passent ainsi. Plutôt du genre un représentant du Achaea Police Department qui serait venu chez elle, une expression de circonstance sur le visage, un cure dent mâchonné au coin de la bouche. « Bonjour, m’dame. Bon, j’ai une mauvaise nouvelle pour vous. » Ou peut-être même qu’il ne se serait pas déplacé jusqu’à chez elle. Elle aurait reçu un coup de téléphone, un truc froid, pour lui signifier qu’on avait enfin retrouvé le corps de son épouse, quelque part en Californie. Mais pas qu’elle se retrouve face à elle, dans une attitude de confrontation, en courant le danger de se faire manipuler par un pouvoir qui n’était pas recensé. Un dilemme moral se posait. Elle était membre d’Apocalypto. Sa mission était d’emprisonner les mutants, de les forcer à coopérer, de les pucer, avant de les relâcher dans la nature, en gardant un œil sévère sur eux, d’autant plus que le pouvoir d’Elizabeth semblait assez terrifiant… Elle aurait dû l’interpeller. Elle aurait dû remplir son devoir. Ou du moins appeler la base pour obtenir des données ou du renfort. Non… Elle ne pouvait pas faire ça, par Zeus, c’était sa femme ! Sa femme…

Elle se souvenait parfaitement du jour où elle l’avait rencontrée. L’histoire du feu, de sa cigarette. Elle la regardait depuis déjà un moment, à la fac. D’ailleurs, Elizabeth faisait tourner la tête de pas mal de monde. On murmurait d’elle qu’elle faisait partie d’une grande famille britannique, mais qu’elle avait dit merde à son paternel pour faire ce qu’elle voulait. De la philosophie. Elle était aussi belle que pleine de ressources, et la jeune femme devait avouer qu’Elizabeth était comme une déesse enivrante pour elle : une beauté diaphane, totalement inaccessible, qui l’envoûtait de son sourire. Son accent britannique adorable, sa démarche. Elle avait immédiatement tout aimé en elle. Mais elle imaginait qu’une brillante étudiante en philosophie, à deux doigts d’obtenir son Master de philosophie, ne devait pas tellement fricoter avec les élèves de psychologie. D’ailleurs, elle ne fricotait pas avec grand-monde de ce qu’elle avait pu voir. A Berkeley, les philo méprisaient les psycho, et vice-versa, puisque la philosophie ne considérait pas la psychologie, dans la pensée Poppérienne, comme une discipline scientifique. Une question de rivalité. Et la philosophie avait meilleure réputation que la psychologie. Elle avait tort. Le courant était passé, d’une inexplicable manière.

Alors que ses épaules étaient secouées de sanglots, elle eut quelques éclats de rires. Elle se souvenait de son sourire, des moments passés à la cafétéria de la fac, à la découvrir, à être émerveillée par l’esprit de la jeune femme. Dans son ton, on pouvait entendre ses origines aristocratiques, avec le léger accent, mais on pouvait surtout remarquer sa vivacité d’esprit. Elles étaient sur la même longueur d’onde, exprimant le même mépris pour les jeunes femmes superficielles qui peuplaient les confréries de la fac. Et de fil en aiguille, Elizabeth était devenue la femme qu’elle aimait, qui éloignait le spectre de l’infidélité et de l’amour sans lendemain. La femme à qui elle pouvait confier sa vie. Et maintenant…

Maintenant Jaina était devenue une ennemie pour elle. Bien sûr, Elizabeth ne pouvait ignorer qu’elle appartenait à Apocalypto. Et elle ne pouvait pas non plus ignorer les opérations menées par son équipe. Ce qu’ils faisaient aux leurs… En plus d’être une ennemie, chose qui pouvait arriver à certains anciens époux, tout dépendait de la configuration de leur dispute à coups de vaisselle brisée, Jaina était devenue… Et c’était plutôt inattendu… Une inconnue. C’était probablement la pire douleur qu’on pouvait lui faire subir, le coup de grâce après un silence de plusieurs années. Autour d’elle, elle percevait sans réellement les voir des inconnus rôder autour de sa voiture. Elle s’en fichait. A l’heure qu’il était, Elizabeth avait dû regarder le portefeuille contenant sa photo… Keryan et Elizabeth… Le plus beau jour de sa vie. Elle avait tant pleuré le jour où Elizabeth lui avait donné la vie… Elle était comme sur un nuage. Elles venaient de construire, ensemble, un solide projet pour l’avenir. Une base de couple… Elle qui avait été habituée à l’instabilité, à traverser le pays d’un bout à l’autre pour ses formations, à enquêter sur des affaires minables dans des états pourris… Elle qui faisait partie d’une famille qui se faisait un devoir d’anéantir toute les formes de vie non capitalistes de la terre… Quand elle avait tenu ce petit homme entre ses bras, toute maladroite, qui avait à peine quelques minutes de vie, elle avait été bouleversée à jamais. C’est pourquoi sa carrière avait pris un tournant plus humaniste après la naissance de Keryan. Tournant immédiatement détruit à la disparition d’Elizabeth. Et qu’est-ce qu’elle devait en penser, elle qui considérait sa propre épouse comme l’ennemi à abattre ? Jaina tenta de se mettre à sa place. Elle devait probablement penser que tout ceci n’était qu’une manipulation photographique. Après tout, c’est très simple de faire un montage, il fallait simplement être un peu doué à Photoshop. Elle frappa rageusement du poing sur son volant. Ce souvenir si précieux dans la mémoire de la jeune femme n’était qu’une mascarade pour Elizabeth.

Soudain, elle fut prise d’un accès de rage violente. Elle venait de prendre une décision, au fond de son cœur. Elle retrouverait les salauds qui lui avaient lavé le cerveau, elle les traquerait dans le monde entier et jusqu’à ce que ses cheveux blanchissent s’il le fallait, et elle les buterait. Un à un. Elle voulait jouir dans le sang de ceux qui s’échinaient à détruire sa vie. La catharsis dans la vengeance. C’était bas, mesquin. Mais tellement… Normal. A l’instant où elle formulait mentalement ces promesses de mort, la porte de sa voiture s’ouvrit. Elle sursauta, sa main près de son arme, et l’éloigna quand elle identifia le visage. Identification unilatérale, se dit-elle en soupirant intérieurement. Elle détailla Elizabeth, qui portait un sac en papier. L’odeur l’interpella. Son cœur rata un battement. A première vue, le sac contenait du café viennois.

Seigneur Dieu, même quand elle ne me reconnaît pas, elle sait d’instinct ce que j’aime...

Il y avait donc peut-être un espoir. Elle examina la boisson fumante, la renifla un instant, suspicieuse. Oh et puis zut, qu’est-ce qu’on en avait à foutre ? Elle venait de tuer son collègue de mission, elle finirait probablement à un moment ou à un autre au fond d’un fossé avec une balle collée entre les deux yeux, pour avoir commis un tel impairs. Elle était vraiment dans la merde. Et ce n’était pas peu de le dire.

Jaina : - Merci. Elizabeth.

Elle remua légèrement le café, en prit une gorgée, et le posa sur le tableau de bord, les yeux dans le vide.

Elizabeth : - Vous affirmez savoir qui je suis. soit vous vous moquez de moi et cherchez à me piéger. soit ces larmes sont sincères. Et ne pleurez pas comme ça, s'il vous plaît.

Jaina ne répondit pas tout de suite à ses demandes d’information. Dans un premier temps, elle dégaina son arme de poing, regarda le canon mate à la lumière. Moment de tension. Elle aurait pu relever la sécurité, simplement pointer le canon vers la jeune femme, dire « so long baby » et tirer. Mais non. Bien sûr que non. Son regard vairon se fit sérieux. Elle n’était plus en service, elle devait donc ranger son arme telle que la législation l’ordonnait. Elle retira donc le chargeur de la chambre, le glissa dans la pochette de sa ceinture, désengagea la cartouche du canon, l’attrapa au vol, puis rangea l’arme vide et neutralisée dans la boîte à gants. Elle alluma une cigarette, puis finalement se tourna vers Elizabeth. Une question se posait : devait-elle lui dire la vérité ? Pourquoi la vérité plutôt que le mensonge ? A quoi servait la vérité, à cet instant ? Elle ne la croirait pas…

Jaina : - Si j’avais voulu vous piéger, je vous aurais descendue proprement du haut de mon toit. Avec un peu de chance, personne ne m’aurait vu, et de toute manière, je n’encoure rien, puisque la loi est de mon côté.

Elle avait pris un ton neutre, détaché, et le vouvoiement était de nouveau de rigueur. Comme si elle se résignait.

Jaina : - Croyez-moi, ce n’est pas dans mes habitudes de venir à la rencontre du client. En général, je tire simplement et je m’en vais. Les mondanités, c’est pas trop mon truc.

Elle avait volontairement adopté un discours bourru, qui serait passé pour machiste si la jeune femme avait été un homme. Mais non, elle était le lieutenant D’Arcy, aux beaux yeux vairons, qui séduisait désormais tant de femmes sans pour autant y laisser des sentiments. Elle la regarda. Cela faisait des années qu’elle n’avait pas mis son alliance. Elle pendait autour de son cou, comme une relique, au bout d’une chaîne dorée.

Jaina : - Si je vous connais… Ca va vous paraître stupide. Complètement fou, surréaliste. Mais peu importe. Je vais juste vous dire ce qu’il en est, à vous de me croire ou pas.

Alors qu’elle passait aux aveux, le regard de la jeune californienne se fit plus lointain. Elle ne regardait pas Elizabeth, mais regardait ses souvenirs. Son cœur se serra brièvement.

Jaina : - Vous et moi sommes de la même faculté. Berkeley. Vous étiez étudiante en philosophie, vous obteniez votre master, moi j’avais mon bachelor en poche. Je faisais psychologie. Ce qui m’a menée plus tard à faire des études de profiling pour devenir agent spécial du FBI, ce que j’ai réussi avec brio, pendant que vous deveniez enseignante à la fac. J’ai fait mon service militaire en Irak, je devais partir quatre mois, je n’en ai fait la moitié parce que j’ai avoué à mon supérieur que j’étais lesbienne. Tout ça pour être le plus rapidement possible près de vous. Ca tombait bien, parce que me faire prendre pour homosexualité aurait pu ruiner ma carrière au sein des services fédéraux, mais en 2010, la politique de l’armée a été revue concernant ce point. Je suis revenue blessée, j’avais pris deux pruneaux dans la poitrine. Je vous avais laissé les clefs de mon appartement à San Francisco. C’est là-bas que je suis revenue vous chercher. Tu étais pâle, les cheveux courts, tu étais inquiète et quand tu as ouvert la porte, tu pensais voir un fantôme. Nous nous sommes mariées peu après. Notre attirance était inexplicable. Parce que c’était toi, parce que c’était moi. C’est tout, pas d’autres explications. Nous nous sommes aimées dans cette voiture, par une soirée très pluvieuse. Ensuite, j’ai pas mal traversé le pays. Et… Nous avons eu un enfant, le petit Keryan. Dont la mère qui a disparu manque énormément. Il est né à Los Angeles. J’ai bien failli être en retard, j’ai pratiquement perdu mon permis en rejoignant l’hôpital, alors que j’étais en mission. J’ai tenu ta main jusqu’au bout. C’était le plus beau jour de ma vie. Ensuite, on a eu une maison à Los Angeles. C’était avant tout ce merdier. J’ai perdu mes parents dans un massacre. C’est là où ma vie a changé du tout au tout. Et peu de temps après, tu disparaissais. Je pensais que tu étais morte. Que je ne te reverrai qu’entre quatre planches. C’est stupide. Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça, puisque je sais que tu ne vas pas me croire.

Elle marqua une pause, soupira.

Jaina : - Ton nom d’épouse est Elizabeth D’Arcy-Kennard. Tu as un frère, James, que j’ai rencontré pour la première fois alors que tu étais enceinte. Et que j’ai eu du mal à supporter, parce qu’il me donnait l’impression que je ne te méritais pas. Je sais que je ne te méritais pas. Tu aurais dû faire ta vie avec un avocat brillant, un type qui aurait rendu tes parents fiers. Mais tu as hérité d’une espèce de loup assoiffé de justice et de liberté. Je m’en suis voulue pour James, parce que tu en as souffert. Si tu crois que je ponds ça directement d’un dossier du FBI ou que sais-je, je me demande où je serais allée pêcher ce genre de détails. Consulte l’état civil de Los Angeles, des années 2012. Tu verras nos deux noms.

C’était fini, Jaina n’avait plus rien à dire. Elle baissa les yeux, détourna la tête. Elle avait grillé ses cartouches. La décision appartenait à Elizabeth.

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Mer 29 Déc - 21:09

La conversation était relativement bien engagée, en toute ironie. D'Arcy lui parlait sur un ton de vieux commissaire bourru alors que les larmes coulaient encore sur ses joues. Elizabeth la regarda ranger son arme, méthodiquement et boire une gorgée de café viennois. Elle attendait tranquillement que l'agent d'Apocalypto lui parle ou la tue. Il lui semblait que la seconde option était à écarter.

Jaina : - Si j’avais voulu vous piéger, je vous aurais descendue proprement du haut de mon toit. Avec un peu de chance, personne ne m’aurait vu, et de toute manière, je n’encoure rien, puisque la loi est de mon côté.

Elizabeth : - Bien entendu. Joli tir cela dit.

Elle savait qu'il n'y avait rien de plus légal de que lui mettre une balle dans la tête. C'était un mutant. Puissant de surcroît. Tout ce qu'il faut pour réduire sa durée de vie à une poignée d'années. Pourtant, elle était toujours vivante. Peut être parce que personne jusqu'ici n'avait pu se rendre compte de sa capacité à influencer l'esprit et les décisions.


Jaina : - Croyez-moi, ce n’est pas dans mes habitudes de venir à la rencontre du client. En général, je tire simplement et je m’en vais. Les mondanités, c’est pas trop mon truc.

Elizabeth : - C'est ce que j'avais cru comprendre, en effet.

La jeune femme se tourna vers la petite prof et la regarda. Un très beau regard vairon. Elizabeth ne cherchait pas à le décrypter. Elle se fichait de savoir ce que cette femme ressentait. Ce qu'elle voulait, c'était des informations sur elle-même. Ensuite, elle pourrait éventuellement faire du sentiment et pleurer sur son sort comme une grande tragédienne. Elle savait qu'elle ne ferait jamais une chose pareille. Mais dans une telle situation, tout lui semblait possible. Si ça se trouve, elle était une tragédienne avant de tout oublier... Hypothèse un peu tirer par les cheveux, certes.

Jaina : - Si je vous connais… Ça va vous paraître stupide. Complètement fou, surréaliste. Mais peu importe. Je vais juste vous dire ce qu’il en est, à vous de me croire ou pas.

Nous y voilà. La révélation. Elle a vraiment l'air de croire ce qu'elle dit. J'ai presque l'impression que ça ne fait aucune différence, que je la crois ou non... Intéressant. Un montage de plus ? Ou juste une jeune femme pas très tenace ? Non. Dire cela est tout à fait incorrect. C'est le genre a ne rien lâcher. Donc, soit elle ment sans y croire. Soit elle dit la vérité. Les larmes m'ont l'air assez sincères. Bon, écoutons son histoire, on verra bien ensuite.

Jaina : - Vous et moi sommes de la même faculté. Berkeley. Vous étiez étudiante en philosophie, vous obteniez votre master, moi j’avais mon bachelor en poche. Je faisais psychologie. Ce qui m’a menée plus tard à faire des études de profiling pour devenir agent spécial du FBI, ce que j’ai réussi avec brio, pendant que vous deveniez enseignante à la fac. J’ai fait mon service militaire en Irak, je devais partir quatre mois, je n’en ai fait la moitié parce que j’ai avoué à mon supérieur que j’étais lesbienne. Tout ça pour être le plus rapidement possible près de vous. Ça tombait bien, parce que me faire prendre pour homosexualité aurait pu ruiner ma carrière au sein des services fédéraux, mais en 2010, la politique de l’armée a été revue concernant ce point. Je suis revenue blessée, j’avais pris deux pruneaux dans la poitrine. Je vous avais laissé les clefs de mon appartement à San Francisco. C’est là-bas que je suis revenue vous chercher. Tu étais pâle, les cheveux courts, tu étais inquiète et quand tu as ouvert la porte, tu pensais voir un fantôme. Nous nous sommes mariées peu après. Notre attirance était inexplicable. Parce que c’était toi, parce que c’était moi. C’est tout, pas d’autres explications. Nous nous sommes aimées dans cette voiture, par une soirée très pluvieuse. Ensuite, j’ai pas mal traversé le pays. Et… Nous avons eu un enfant, le petit Keryan. Dont la mère qui a disparu manque énormément. Il est né à Los Angeles. J’ai bien failli être en retard, j’ai pratiquement perdu mon permis en rejoignant l’hôpital, alors que j’étais en mission. J’ai tenu ta main jusqu’au bout. C’était le plus beau jour de ma vie. Ensuite, on a eu une maison à Los Angeles. C’était avant tout ce merdier. J’ai perdu mes parents dans un massacre. C’est là où ma vie a changé du tout au tout. Et peu de temps après, tu disparaissais. Je pensais que tu étais morte. Que je ne te reverrai qu’entre quatre planches. C’est stupide. Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça, puisque je sais que tu ne vas pas me croire.

Elizabeth nota le passage du vouvoiement au tutoiement. Ce n'était pas le plus important, bien entendu. Mais sur le moment, elle ne réfléchissait pas. Elle écoutait, simplement, sans se poser de question.

Jaina : - Ton nom d’épouse est Elizabeth D’Arcy-Kennard. Tu as un frère, James, que j’ai rencontré pour la première fois alors que tu étais enceinte. Et que j’ai eu du mal à supporter, parce qu’il me donnait l’impression que je ne te méritais pas. Je sais que je ne te méritais pas. Tu aurais dû faire ta vie avec un avocat brillant, un type qui aurait rendu tes parents fiers. Mais tu as hérité d’une espèce de loup assoiffé de justice et de liberté. Je m’en suis voulue pour James, parce que tu en as souffert. Si tu crois que je ponds ça direpas mctement d’un dossier du FBI ou que sais-je, je me demande où je serais allée pêcher ce genre de détails. Consulte l’état civil de Los Angeles, des années 2012. Tu verras nos deux noms.

Elizabeth tourna lentement son visage vers D'Arcy. Le prénom qu'il ne fallait pas prononcer.

Elizabeth : - Parlez moi de ce que vous voulez mais pas de James, vous entendez ? Pas de lui. J'ai un autre frère qui peut très bien servir votre petite histoire. Et puis me marier à un avocat brillant ou que sais-je encore, n'aurait pas rendu mes parents fiers de moi. Ce qui les aurait rendu fiers, c'est que je sois une avocate brillante. Pas que je fasse des études en philo. Pas que je donne des cours à des étudiants incultes. Et je ne vois pas pourquoi je vous dis tout cela. Soit vous le savez soit non. Ce n'est même pas important. Ce qui l'est c'est votre histoire qui est selon vos paroles, la mienne aussi. J'apprends que je me suis mariée à une femme et que j'ai eu un enfant. Femme et enfant dont je n'ai strictement aucun souvenir, bien entendu.

Elle termina son café d'une traite, fortement agitée. Elle n'aimait pas la tension qui régnait en elle, cette masse sombre qui commençait à grogner, comme pour l'avertir que ce n'était pas bon pour elle de savoir tout cela. Elle parlait de plus en plus vite, terminant finalement reprendre sa langue maternelle et son bon accent britannique.

Elizabeth : - J'ai un fils donc. Keryan, c'est cela ? Je lui manque ? C'est ce que vous me dites. Moi, je n'en sais absolument rien. Je n'en sais rien. Je ne sais pas grand chose en fait. Peut être que je n'aurais pas dû vous demander. Il ne fallait me parler de James. Vous ne pouviez pas le savoir. Ou peut être que si et c'est calculé. Aha, je deviens paranoïaque. Comme mon père. Un demi-fou cet homme là. Comment je peux dire ça de mon propre père ? Fille indigne que je suis. Je vous jure, parfois je me demande s'il n'avait pas raison sur moi. Non, bien sûr que non. Quoique. Allons bon. C'est bien le moment de me poser des questions. Et puis il faut que je corrige des copies. Non mais franchement, on s'est aimée dans cette voiture ? Moui, pourquoi pas. C'est vrai que parfois je me coupe les cheveux. Toute cette longueur, c'est du travail mine de rien ! Mais qu'est ce que je vous raconte ? C'est ridicule. Incohérent. Je suis désolée. Laissez moi trois secondes, le temps de plus ou moins assimiler vos propos. Et je vais maitriser le truc. Une sacrée révélation quand même. Vous êtes étrange. Vous me racontez votre histoire et elle me semble assez réaliste. Après tout, vous êtes une belle femme, meurtrière, certes, mais je suis mal placée pour jugée cela, de beaux yeux, j'aime bien votre regard vairon, et beaucoup de sensibilité quand vous racontez ce joli conte. Qui est tout à fait vrai, si j'en crois mon intuition. Mais voyez-vous, je ne fais pas totalement confiance à mon intuition, elle m'a déjà trompée parfois. Ah, mais pourquoi avez-vous parlé de James, bon Dieu ! Il était bon ce café viennois, non ? Comment va-t-il Keryan ? Et vous, ça va pas trop mal ? Ça doit faire un moment que vous attendez ma réapparition. Vous avez dû refaire votre vie. Sans aucun doute. Alors cela ne serre à rien, de parler tout ça. J'ai mal au crâne. Sommes-nous déjà allées à Londres ? Je suis sûre que cette ville vous plairait. Depuis que j'ai enterré mon père, j'y retourne souvent. Enfin je crois qu'il est mort. Je ne sais plus. J'ai cette vague sensation qu'il n'est plus là. Enfin qu'importe.

Les paroles coulaient à flot, Elizabeth n'avait même pas conscience de parler, ce qu'elle sentait distinctement, c'était la masse sombre qui remuait et envahissait son cerveau. Ce n'était pas bon. Elle savait ce qui allait se passer. En attendant, sa bouche continuait à formuler des paroles sans suite, incohérentes.

Elizabeth : - En tout cas je vis la journée la plus folle de ma vie, sans aucun doute. Déjà mes élèves. Je leur ai rendu un devoir qu'ils ont complètement raté. Je dois tout reprendre depuis le début. Enfin, c'est ce que je leur ai dit. Vous vous doutez bien que je vais avancer. J'ai pas que ça à faire, non ? Et les autres profs qui me trouvent trop gentille. Alors que je suis capable de leur jeter un classeur à la tête. Je l'ai fait une fois. Sans le vouloir. C'était pour écrabouiller une araignée. J'ai horreur de ces choses. Erk. Vous savez...oh et puis je vais vous tutoyer. Nous sommes dans un délire total, autant jouer le jeu jusqu'au bout. Je disais donc, tu sais, c'est assez embêtant de ne se souvenir de rien. Enfin de presque rien. Oui parce que j'ai retrouvé des fragments mais pas tout. Si ça se trouve ce que tu me racontes est vrai. Pourquoi pas ? Cela me ressemblerait assez. D'un autre côté tu es censée me tuer. Niveau confiance, c'est pas tout à fait ça. Techniquement, je dois faire pareil. Mais là, j'ai vraiment autre chose à faire et...

Le souffle coupé, la jeune femme ouvrit la portière pour chercher de l'air. Elle savait que tout ceci n'était que purement psychologique. Mais cette sensation d'étouffement était insupportable. Elle se tourna vers D'Arcy.

Elizabeth : - Excusez moi un petit instant. Je reviens.

Elle sortit de la voiture et fit quelques pas en titubant. Le sol se fissurait sous ses pieds, elle voyait double et flou. La masse sombre refusait de se laisser battre par la vérité qui avait couler des paroles de Jaina. Elle combattait, sans relâche. Mais l'affrontement était stérile. Si ce qui pouvait être la vérité avançait d'un pas, c'était pour reculer de deux ensuite. Et inversement pour la masse sombre, qui se vengeait en écrasant sa boîte crânienne. Elizabeth regarda autour d'elle, égarée. Le point de rupture était proche. Elle le sentait. Mais il ne fallait pas que tout se brise entre ses doigts maintenant. Elle prit une grosse bouffée d'air. Ne pas oublier de s'oxygéner, c'était important. Elle pâlissait à vue d'œil, son cœur accélérait pour ralentir ensuite. Toute la machine était entrain de s'autodétruire. La jeune femme tenta de faire quelques nouveaux pas mais manqua de peu de tomber en avant. Elle opta donc pour l'immobilité. Se massant les tempes, elle ne chercha pas à raisonner. Elle se dit simplement : Cette Jaina D'Arcy ment. Tout se remit en place, et le pas assuré, elle revint vers la voiture.

Elizabeth : - Je vous prie de m'excuser une nouvelle fois. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je voulais juste vous rendre votre portefeuille. Et vous remercier d'avoir descendu cet homme à ma place. J'espère que les représailles ne seront pas trop dures à votre égard. En cas de problèmes, je suis à la fac tous les jours. Ne débarquez pas avec vos camarades, s'il vous plait. Bonne journée.

Elle récupéra son sac. Il se produisit alors un événement auquel elle ne s'attendait pas du tout. La masse sombre laissa échapper une envie. Une envie provoquée par les souvenirs retenus entre ses chaines. N'étant pas sur ses gardes, Elizabeth céda sans s'en rendre compte à cette petite envie de rien du tout. Elle embrassa Jaina juste sur le coin des lèvres. Une seconde après, elle devenait rouge tomate et quittait la voiture, confuse, souhaitant mourir de honte sur l'instant. Elle s'éloigna, refoulant son envie de connaitre son passé au fond d'elle-même.

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Jaina D'Arcy
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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Dim 16 Jan - 15:40

Son frère. Bien sûr. Elle avait visé juste. James avait toujours exercé sur Elizabeth une grande influence. Jaina ne savait finalement que peu de choses sur cet homme élégant. Elle l’avait rencontré par deux occasions. Leur relation était pour le moins mal partie. Très mal. Simplement parce que le jeune homme l’avait de prime abord mise mal à l’aise, de quelques mots. Leur rencontre avait été extrêmement brève et avait donné à Jaina la désagréable impression qu’il avait uniquement fait le déplacement histoire d’ébranler ses certitudes et disparaître aussi rapidement qu’il était apparu. Au fond, cet ébranlement ne dérangeait pas la jeune californienne : au contraire, elle savait qu’elle ne méritait pas l’amour d’Elizabeth et ce cadeau immense qu’est leur fils. Elle était un être médiocre, sans prétention, trop grossière pour une femme aussi délicate. Jaina était un soldat. Elle avait bien quelques idées, mais devait avant tout obéir aux ordres de ses supérieurs. Un chien de garde qui faisait son job, rien de plus. A savoir défendre une justice corrompue. Son éducation lui semblait terne, à côté de celle d’Elizabeth, et elle n’avait aucun ascendant aristocratique. Alors pourquoi elle plutôt qu’un ou une autre ? Et encore, elle ne voulait même pas mettre en ligne d’équation l’aspect physique de sa personne. Trop éphémère et trop méprisable. Depuis le début de leur relation, un léger doute subsistait dans son esprit. Le doute qu’un jour, elle ouvre les yeux, se rende compte de sa médiocrité et claquer la porte en laissant le double de la clé dessous. Non, ce qui la dérangeait le plus, c’est qu’un type qui lui était inconnu fasse irruption dans sa vie en prétendant se préoccuper de sa sœur alors que cela faisait des années que Jaina l’avait épousée et que le premier trimestre de sa grossesse était déjà bien entamé, l’évaluait et repartait avec un sourire satisfait. C’était stupide, mais son ego en était ressorti blessé. Mais bon, on ne peut pas plaire à tout le monde. C’était dommage. Mais quand James était là, la jeune femme était écartée. En tout cas, c’est le sentiment qu’elle en avait eu. Et n’importe qui avait déjà eu cette sensation, d’être exclu dans un groupe d’amis, avait du mal à le supporter.

La seconde rencontre était plus récente. Elle datait de la disparition de sa femme. Le début de l’enfer personnel de Jaina, avec l’odieux massacre de ses parents, de ses insomnies récurrentes pour échapper aux cauchemars. Elle n’avait jamais cru en la mort d’Elizabeth. Elle était simplement sortie de sa vie, à pas de loup, sans traces de lutte dans l’appartement, sans un mot, sans un signe. La séparation n’en avait été que plus douloureuse. Cette tension atroce dans l’expectative. Elle avait traqué les ombres aux portes de l’enfer. Avait-elle fauté, mais de quelle manière ? Pourquoi partir ? Mais qui l’aurait enlevée, qui pourrait avoir envie de faire du mal à une brillante mais désintéressée prof de philosophie ? Il y avait des cinglés partout. Elizabeth était loin d’être naïve, mais sa corpulence ne lui permettrait pas de faire des miracles contre un agresseur masculin, qui bénéficiait d’autant plus de l’effet de surprise. Pas de demande de rançon. Plus que deux solutions, terrifiantes : elle l’avait quittée ou elle avait été tuée pour 400 $. Et sans sépulture, son corps moisissait quelque part, oublié de tous. Sur un coup de tête, elle avait pris le premier airbus en partance pour la Grande-Bretagne, son fils dans les bras. Elle avait frappé au cabinet de Kennard et associés. Le frère d’Elizabeth n’était pas surpris de la voir, mais il aurait préféré de loin l’être. Il savait pourquoi elle avait fait le voyage et il comprenait pourquoi elle avait besoin de lui à cet instant.

James : - Non, ma sœur m’aurait contacté si elle avait ressenti le besoin de souffler un peu. J’en ai bien peur.

Jaina avait baissé les yeux sur Keryan, qui s’égaillait près de la bibliothèque monumentale du frère de sa bien-aimée. James poursuivit.

James : - Vous avez fait de votre mieux, je le suppose, et vous poursuivrez vos efforts, je n’en doute pas.

Jaina : - J’ai épluché le maximum de dossiers des corps retrouvés qui correspondent à Elizabeth, je passe mes nuits sur les bases des données du FBI et les fichiers centraux de la police. Mais personne ne l’a identifiée.

James s’était levé, saisissant un pichet en cristal et servit deux verres de whisky. Son regard se perdit dans le lointain, ses mains glissées sur le verre.

James : - Ma sœur a toujours eu un caractère flamboyant. Elle a tenu tête à notre père. C’est une battante. Personne n’a eu l’ascendant sur elle, pas même vous. Sa disparition est incompréhensible. Le désespoir n’a pas sa place dans notre quête. Il y a autre chose. Une raison beaucoup plus profonde.

Il s’était approché de l’immense baie vitrée, son verre à la main, tournant le dos à Jaina, comme auréolé du soleil orangé du couchant. Sa voix s’était baissée, réduite à un murmure, comme s’il monologuait.

James : - Elle est là, quelque part. Croyez-moi, Jaina. Elle est là, elle vit. Quelque chose se joue.

Il s’était retourné vers elle et son regard s’était planté dans les yeux imparis de la jeune femme.

James : - Quelque chose qui nous dépasse.

Et maintenant, elle était à côté de sa chère disparue, avec cette odeur familière, cette peau si douce qu’elle avait dévoré de ses baisers. Mais c’est comme si elle était morte. Elle avait donc tiqué quand elle avait parlé de James. Jaina ne put s’empêcher d’afficher un rictus ironique. Ainsi donc, elle se souvenait parfaitement de son frère, mais de son épouse et de son fils… Néant. Elle qui avait toujours été en froid avec James venait de sentir comme une lame incandescente plonger dans sa poitrine. Elle ne cilla pas, se contenta de serrer les dents.

Jaina : - James est l’un des derniers fous à croire que tu sois encore en vie. Je ne sais quoi te dire, Elizabeth. Quoi que je puisse dire, tu pourras trouver n’importe quelle feinte pour me contredire. Tu ne me crois pas. Je ne saurais me justifier.

Elle détourna les yeux, désemparée.

Jaina : - Et le petit va bien. Il est scolarisé, maintenant. C’est un beau garçon, très prometteur. Je suis sûre que tu serais fière de lui. J’envisageai de l’envoyer à Eaton, quand il sera un peu plus vieux, mais la distance reste un problème.

Elle passa une main sur son visage, avec une inspiration douloureuse.

Jaina : - Mais pourquoi je te dis ça, par Zeus ?! Tu n’en crois pas un mot. Je viens de perdre ma femme et la mère de mon fils, à quoi bon retourner le couteau dans la plaie ?

Une colère sourde commençait à boursoufler son cœur, mais une colère bien vaine, contre personne, contre un ennemi invisible, contre un destin intangible. Elle referma son poing et l’enfonça dans le cuir du volant. Pendant ce temps, Elizabeth débitait sa logorrhée.

Jaina : - Oui, nous sommes allées à Londres, et je t’ai emmerdée pour faire un tour au Tate Modern. Et oui, j’ai beaucoup aimé.

Si elle avait refait sa vie ? Nouveau rictus ironique. Nemesis. Overbookée au possible. La douceur, la gentillesse incarnée. Mais elle n’était pas Elizabeth. Elle avait trouvé Nemesis dans un de ses moments de détresse. Il y avait la séduction avec Cinderella Tennessee. Mais personne ne parvenait à remplacer Elizabeth. Elle ne le voulait pas. Sa vie était réduite à son boulot acharné.

Jaina : - C’est curieux. Tu as toujours été d’une remarquable pédagogie.

Elle était en train de la perdre, c’était évident. Elle était… Boguée. Jaina n’aurait pas vraiment su comment décrire d’une autre manière le trouble d’Elizabeth. Il y avait un conflit qui se déroulait et plus le code s’écoulait, plus son agitation augmentait. Elle allait s’autodétruire, si la jeune femme ne faisait pas quelque chose. Mais que pouvait-elle faire ? Elle allait pour poser sa main sur son avant-bras, quand elle sortit de la voiture, repassant du tutoiement au vouvoiement. Jaina resta bouche bée, comme un poisson échoué sur le sable.

Puis, tout se passa très vite. Elle eut d’ailleurs du mal à tout raccorder. Comme c’est pénible de se trouver dans une telle situation de doute. Le coin des lèvres d’Elizabeth. Cela eut l’effet d’une bombe dans son cœur. Visiblement, elle allait en rester là. Mais Jaina ne le voulait pas. Cette douceur brutale dans ce moment de tension avait remué trop de choses en elle. Elle sortit de la voiture, voulant la rattraper. Il pleuvait encore dru. Elle n’avait que sa chemise sur elle, qui colla à sa peau presque instantanément.

Jaina : - Eli !

Elle la rattrapa en courant, esquivant comme elle pouvait les flaques d’eau, ne pouvant s’empêcher d’enfoncer son pied gauche dans quelques centimètres d’eau, s’éclaboussant joliment au passage. Elle jura, attrapa la main d’Eli, par habitude enfouie et l’entraîna sous un porche. Elle se trouva un peu bête, sans rien dire, les cheveux dégoulinants. Elle se mordilla la lèvre. Le temps s’embla s’étendre à l’infini, tandis qu’elle plongeait son regard vairon dans celui de la jeune anglaise. Elle fut transportée quelques années auparavant, quand elle était encore jeune et idéaliste. Quand elle pensait que l’avenir leur appartenait. Presque mécaniquement, sa main se glissa dans le creux du dos d’Elizabeth, l’attirant plus près d’elle. Elle respira son odeur, se pencha un peu, effleura ses lèvres, doucement, puis plus intensément. Elle ferma les yeux, caressa la nuque de son ancienne campagne, goûta de nouveau ses lèvres avec l’énergie du désespoir, son cœur près d’exploser. Le baiser lui parut lui aussi s’étirer dans le temps. Il n’y avait plus qu’elles, la pluie qui tambourinait autour d’elles. Peu importe du qu’en dira-t-on, les gens pouvaient s’être arrêté auprès d’elles à les dévisager, les yeux ronds, elle n’en avait cure. Il n’y avait que cet instant volé qui comptait. Cet instant qui pouvait rester qu’une étincelle de bonheur. Elle relâcha son étreinte, légèrement, pour reprendre son souffle, posant son front ruisselant sur celui d’Elizabeth, les yeux fermés, savourant ce baiser, encore… Puis, elle se détourna, se détacha d’elle lentement, comme au ralenti, ses mains glissant le long de ses bras, étreignant ses propres mains. Elle poursuivit ce contact, quand bien même elle s’éloignait, puis ses mains se séparèrent tout à fait. Elle lui tourna le dos, repartit, les larmes se mêlant à la pluie, de nouveau, des larmes silencieuses, tandis qu’elle levait les yeux vers le ciel gris, comme attendant un signe.

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Sam 5 Fév - 18:35

Elizabeth ne comprit pas tout de suite ce qui venait de se passer. La réalité et l'hallucination se confondaient pour former une masse informe autour d'elle. Elle l'avait embrassé. Ses lèvres ne lui étaient pas inconnues. Chaque geste était familier. Pourtant, la jeune femme était persuadée de ne pas la connaître. C'était impossible. Impossible. Son esprit s'embrouillait lentement, engloutit par l'obscurité gluante qui occupait une partie de son cerveau. Malgré elle, ses souvenirs luttaient pour refaire surface. Ce qui n'était pas très bon pour son intégrité mentale. Sa journée aura été mauvaise du début à la fin. Elle disjonctait complètement. Une certitude improbable tentait vainement de s'imposer à elle : elle hallucinait et sombrait dans la folie. Il fallait qu'elle se raccroche à quelque chose de tangible. D'un geste, elle remonta la manche de son bras gauche et regarda la lettre tatouée sur son poignet. Elle murmura :

Elizabeth : - Vous vous appelez Jaina.

Un « J. ». Un « J. » pour « Jaina ». C'était tellement logique. Elle s'était fait tatouer cette lettre pendant ses années de fac. A la même époque où elle aurait rencontré Jaina. Tout s'imbriquait à merveille. Le sol tanguait sous ses pieds. Quelque chose empêchait son passé de refaire parfaitement surface. James connaissait Jaina. James. Son frère. Son cœur se serra horriblement. Elle se souvenait de lui. Il l'avait cherché. Tellement cherchée. Trop cherchée. Il était allé dans les dossiers couverts de poussière. Il avait risqué gros pour la retrouver. Le jour où il a découvert la vérité, une punition lui a été donné. Sa femme et sa fille ont été enlevées et assassinées. Elizabeth avait bien conscience que c'était de sa faute. Elle s'en voulait. Lorsqu'elle avait vu son frère, il l'avait prise dans ses bras. Le brillant avocat ne lui en voulait pas. Il exprimait sa joie de la revoir avec des larmes aux yeux. Mais la jeune femme n'était pas dupe. Elle raconta le minimum à son frère et lui fit la promesse de le venger. Pour lui, c'était inutile.

James : - Cela ne les ramènera pas, Lizzie.
Elizabeth : - Je sais. Mais je ne peux pas laisser ce crime impuni. Je suis désolée, James...
James : - Tu n'y peux rien. C'est ainsi. C'était sans doute le prix à payer pour que tu reviennes.
Elizabeth : - Ce ne devait pas être à toi de le payer.
James : - J'ai pris part à l'histoire, malgré moi. Elle m'avait prévenu, tu sais. Elle m'avait dit qu'en te cherchant des les domaines interdits, je risquais de perdre beaucoup.
Elizabeth : - Tu aurais dû l'écouter !
James : - J'ai cette partie de ton caractère, je n'écoute personne. Que veux-tu, je vis sans maintenant.

La rage sourde des premiers jours revint secouer les membres du Cobaye à ces paroles. Dans son regard une lueur mauvaise s'alluma. Le fragile équilibre pencha vers la violence. Et la machine se mit en route. La chasse dura deux semaines. Deux courtes semaines où le pouvoir d'Elizabeth révéla toute sa puissance. Où ses années de pratique dans l'assassinat se révélèrent très utiles. Le lundi de la troisième semaine, la représailles fut terrible. Jamais la jeune femme n'avait poussé la manipulation mentale si loin dans l'horreur. Sa vengeance s'accomplit avec une lenteur effroyable. Les meurtres qui eurent lieu les deux jours qui suivirent portaient sa griffe. Lorsqu'elle revit James, il avait compris.

James : - J'ignore ce que tu as vécu. Mais une part de toi ne fait pas partie de la Lizzie que je connais.

A présent, elle savait que cette nouveauté cruelle de son caractère lui avait été gentiment offerte par des scientifiques totalement fous et inconscients. Mais elle ne comprenait pas pourquoi une partie de son passé lui était obstinément cachée. Jaina se tenait non loin d'elle. Elle l'avait embrassé. Le passé et le présent devenaient confus. Une pâleur cadavérique remplaça la douce teinte rosée de ses joues. Il ne fallait pas qu'elle se souvienne. Sa respiration était irrégulière. L'odeur de D'Arcy avait éveillé des souvenirs qui se dégageaient lentement de la masse opaque de son amnésie. Une douleur sourde se rependit dans tout son corps. Elle devait se secouer, faire quelque chose, n'importe quoi.

Son téléphone vibra. Décrochant, elle répondit d'une voix fébrile.

Elizabeth : - Oui ?
Amie : - Eli, tu viens au cours de danse ce soir ?
Elizabeth : - Non. Je dois te laisser. Salut.

Elle raccrocha. La pluie tombait. Jaina était trempée. Elizabeth fit un pas en avant, puis deux. Les gouttes froides qui tombèrent sur son visage la sortirent un instant du brouillard qui semblait envelopper toute la ville. Elle tendit la main. Ses doigts attrapèrent la manche de D'Arcy.

Elizabeth : - Venez. Vous allez attrapé froid.

Elle tira sur cette manche, sentit le bras qui suivait le mouvement. D'une main, elle entraina Jaina, l'autre tenant un parapluie au-dessus d'elles. La situation était dramatique. Pourtant, une euphorie profonde l'envahit. Elizabeth s'amusait à éviter les flaques par quelques pas de danse, souple et légère. Les larges boucles entouraient son visage, un sourire étira ses lèvres. Elle reprenait le dessus sur l'agitation obscure qui l'avait secoué pendant un instant. Sa main glissa le long de la manche humide qu'elle tenait pour attraper celle de sa prétendue épouse.

Elizabeth : - Je rate mon cours de danse pour vous. J'espère que ça en vaut la peine.

Elle lui fit un clin d'œil complice.

Elizabeth : - J'ai envie de croire à votre histoire. Vraiment. Si je ne m'en souviens pas, cela ne veut pas dire pour autant qu'elle est fausse n'est-ce pas ?

Elles arrivèrent devant un immeuble. D'un geste professionnel, Elizabeth rangea son parapluie et grimpa la dizaine d'étages qui les séparaient de son appartement. Ouvrant rapidement la porte, elle posa son sac, retira ses chaussures et fila directement dans sa salle de bain pour en revenir avec une serviette.

Elizabeth : - Mais entrez donc !

Récupérant son sac, elle guida ensuite Jaina dans son salon et lui tendit la serviette.

Elizabeth : - Séchez-vous avant d'attraper mal. Je vais nous préparer un excellent petit thé, typiquement britannique. James me l'a envoyé. Très parfumé, vous verrez.

Elle l'installa sur un fauteuil et passa dans la cuisine. Son chat vint se frotter à ses jambes en ronronnant. La jeune femme semblait à présent tout à fait à l'aise. Elle mit une théière sur le feu, prépara deux tasses. Ses gestes étaient plus assurés. Au fond d'elle, le combat entre la masse sombre et son passé se poursuivait. Tandis qu'elle s'occupait du thé, le félin rendit visite à Jaina. La pièce était vaste et lumineuse. Deux murs étaient couverts de livre. Dans un coin trônait un piano, un violon reposait sur un tabouret, des partitions trainaient sur la table passe ainsi que quelques copies et des cours. Après s'être assurée que l'eau était entrain de bouillir, Elizabeth rejoignit son compagnon à quatre pattes qui miaulait avec insistance. L'arrivée de Jaina le perturbait. Sans se préoccuper de ses protestations, elle invita gentiment son chat à aller voir ailleurs, ce qu'il fit avec un dernier miaulement mécontent. La jeune femme s'installa à côté de son invitée et sortit l'étui de son sac. L'ouvrant presque religieusement, elle découvrit sa nouvelle acquisition. Avec quelques gestes sûrs, elle monta sa flûte et indiqua la lettre qui y était gravée.

Elizabeth : - Il est tout à fait possible que vous soyez ce fameux « J. » que je fais graver partout sans savoir pourquoi. Vous embrassez très bien d'ailleurs.


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Jaina D'Arcy
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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Mar 2 Aoû - 17:33

Dieu avait définitivement un humour de merde. La jeune femme n'avait jamais été quelqu'un de fondamentalement croyant, encore moins de fondamentalement chrétien, comme on l'entendait en tout cas lorsque nous parlions de religion. Si on lui avait posé la question, elle se serait sans doute revendiquée spinoziste : Deus sive natura, Dieu est dans la nature. Elle était loin d'être partisane des cultes chrétiens. Cependant, elle ne pouvait pas rester indifférente devant la perfection de l'univers, elle ne pouvait pas ne pas s'émerveiller devant cette formidable cohésion dans le chaos, qui l'avait toujours poussée à l'interrogation, dès son adolescence. Comment ne pas croire qu'il y ait un être supérieur qui ait pu penser à cette extraordinaire cohésion entre les particules les plus minuscules de la nature pour créer des choses aussi titanesques que des galaxies ? Elle pensait donc à un être supérieur, mais qui ne se fatiguerait surement pas à s'intéresser à quelque chose d'aussi méprisant que l'espèce humaine. Mais quand il s'agissait de pester contre quelqu'un qui osait s'incarner en hasards et autres coïncidences puantes, elle aimait lever le poing et l'agiter contre ce fameux Dieu. Il était beaucoup plus simple de croire au Diable qu'en Dieu, mais la jeune femme préférait encore s'en prendre à une invention humaine qui gardait un visage humain. Dieu, le destin, le hasard... A cet instant précis, le premier être qui pouvait prendre cette forme suffisait pour qu'elle peste contre lui.

Comment ne pas croire en la destinée, quand elle examinait, encore et toujours, retournant furieusement dans sa tête ses pensées, les évènements qui semblaient les mener à la situation présente? Evidemment, elle ne connaissait pas tous les tenants et aboutissants de l'affaire. Mais elle perdait sa femme, la mère de son fils, elle disparaissait d'un coup, d'un seul. Dans la même foulée, elle perdait ses parents, dans un massacre odieux perpétré, comme le disait le rapport de police, par des mutants, jetant silencieusement l'opprobre sur ceux qui osaient défendre et aider les mutants, inscrivant dans le coeur de Jaina un terrible esprit de revanche. C'est ainsi que sa colère contre quiconque portait le gène mutant, qui pouvait incarner le coupable dans l'affaire du meurtre de ses parents, se mua elle-même en une haine profonde, une haine telle que les coupables de la disparition de l'être qui lui était le plus cher - mise à part évidemment son fils -, étaient facilement désignés : des mutants...

Et pendant ces années de doute, de désespoir, de quête enragée pour découvrir la vérité, l'arme au poing, en répandant le sang et en alimentant la haine mutuelle, ces années pleines d'affrontements, où elle avait failli bien souvent y passer, elle était devenue une bête sans coeur, dès qu'elle endossait son uniforme. En agent du FBI ou en commando d'intervention rapide, elle ne faisait pas dans l'humanitaire. Tout cela, c'était avant l'évènement du puçage et les rumeurs qu'une opération adverse se créait. C'était lorsque le souvenir d'Elizabeth brûlait encore avec cette pointe de douleur atroce lorsqu'elle regardait son fils, Keryan, ce petit garçon dont le destin semblait être scellé , qui avait le même regard que sa mère. C'était lorsque ses propres rêves étaient hantés par les cadavres sanguinolents de ses parents, laissés à l'abandon dans la maison où elle avait grandi, les murs maculés, presque remplis des hurlements de ses parents, à jamais inscris dans les murs. Cependant, Jaina était peut-être devenue une sorte de brute sans âme, sauf quand elle retrouvait son fils, mais elle n'en restait pas moins quelqu'un d'assez intelligent, en tout cas d'éduqué. Et jamais elle n'aurait oublié sa propre histoire, non seulement américaine, mais mondiale. Comment l'oublier au point d'instaurer un système semblable à celui des nazis? Il est certes vrai qu'il est d'usage d'infliger aux prisonniers un matricule, mais il ne restait que théorique. De mémoire, elle ne se souvenait avoir vu ce numéro imposé, tatoué et ineffaçable que dans les camps de concentration. C'était évidemment plus qu'étrange que de remarquer que c'est à cet instant précis, de doute terrible, que son épouse choisissait de refaire surface.

Elle avait longtemps rêvé de ces retrouvailles. Elle avait espéré, elle avait fantasmé, elle s'était battue pour ne pas se réveiller. Elle avait imaginé Elizabeth se tenant dans la foule innombrable, immobile, comme un ange effacé, comme la femme fragile qu'elle s'était toujours refusée d'être. Elle avait rêvé à ses lèvres, à la chaleur de son corps contre le sien, à cette étreinte douce qu'elle lui aurait donné. Elle avait imaginé le goût salé des larmes, de leurs larmes, qui se seraient mêlées. Elle avait tout imaginé dans les moindres détails, même la météo, qui devrait être un peu humide, allez savoir pourquoi. Elle avait tout imaginé. Sauf qu'elle ne se souviendrait pas d'elle.

Au fond d'elle, une voix mesquine lui chuchotait de la laisser partir. De la laisser refaire sa vie. Sans elle. Sans eux. Qu'elle ne pouvait pas l'obliger à se souvenir d'elle, qu'elle ne pouvait pas l'obliger à l'aimer. Après tout le mal qu'elle avait fait aux mutants, elle ne devait pas en vouloir à qui que ce soit. Cette voix lui murmurait que ce baiser si doux était le dernier, le fameux "kiss me goodbye", à l'amer goût des regrets et des souvenirs qui allaient doucement s'estomper dans sa mémoire pour ne plus être que des bribes de vie qui se réveilleraient que pendant des épisodes de mémoire involontaire. Que cette dernière apparition était celle du deuil, de la possibilité du deuil en tout cas, qu'il fallait qu'elle l'accepte. Peut-être rêvait-elle. Peut-être était-ce son esprit qui appelait cette vision pour enfin en finir avec cette souffrance permanente qui la mordait depuis trop longtemps. Et cette fois, Jaina le savait, était celle de la conscience. Au fond, elle aurait dû lui obéir, faire un pas en arrière, et repartir, seule. Elle aurait aimé que ce moment s'étende. S'éternise. Qu'elle l'inscrive dans sa mémoire avec la même force que si c'était la première fois. Que si c'était la dernière fois.

Mais un espoir naquit lorsque la jeune femme souleva sa manche. Elle savait, elle anticipait ce qu'elle trouverait, de gravé sur sa peau, en une lettre au noir profond, parfaite. Un J. J comme Jaina. Ce J qu'elle s'était fait tatouer alors qu'elles étaient encore à la fac, amoureuses comme des adolescentes alors qu'elles se préparaient toutes deux à soutenir leurs thèses. Vous vous appelez Jaina. Oui, je m'appelle Jaina. Jaina D'Arcy. Souviens-toi de mon nom. Souviens-toi... Car c'est ce nom que tu as aimé et chéri. C'est ce nom que tu as mêlé au tien. C'est ce nom que tu as transmis à ce petit homme qui attend le retour de sa mère. Elle détourna les yeux. La vision de ce tatouage lui rappelait le temps heureux où elles étaient ensembles, où leur relation était simple. Un temps où Jaina n'avait pas ce dragon énorme qui traversait son dos, pour rendre enfin physique cette souffrance mentale qui ne portait aucun nom. Est-ce qu'avec la vision reviendraient les souvenirs? Elle ne répondit rien, elle restait immobile, le regard baissé, la pluie ruisselant sur son visage, l'eau se mêlerait aux larmes qui n'allaient pas tarder à couler, les larmes silencieuses d'une quête qui prenait subitement fin.

La sonnerie du portable d'Elizabeth rompit l'instant de silence qui oppressait la poitrine de la jeune femme. Elle décalait son cours de danse - et Jaina ne put s'empêcher de sourire en écoutant cela, son épouse n'arrêtait jamais sa production artistique, c'était bien Eli, ça - pour elle.

Jaina : - Prendre froid. Cela ne risque pas d'arriver. Mais je vous remercie de vous en soucier. Et vous remercie de décaler votre cours de danse. Vous n'en aviez pas besoin.

Elle l'entraîna avec elle. Puis, sa main rencontra la sienne. Naturellement. Elles s'étaient tenues la main si souvent, dans les pires comme dans les meilleurs moments. Jaina connaissait par coeur la forme délicate de ses doigts. La chaleur de sa paume. Elle serra doucement sa main, tourna son visage vers elle, et lui sourit. Elle lui sourit comme au premier jour, avec la douce lueur de l'amour au fond de son regard bicolore, ce regard qui la rassurait tant, des années auparavant.

Jaina : - Ce n'est pas vraiment une question d'y croire, Eli.

Elle lui sourit un peu tristement cette fois-ci. Elles gravirent les escaliers rapidement, imprimant dans le souffle de la jeune femme un léger sifflement, celui de la fumeuse qui ne lésinait pas sur la nicotine. Elle essaya de masquer ce fait autant qu'elle put : Elizabeth détestait l'idée que sa femme fumait, à l'époque où elles étaient ensemble. Et pourtant, ironiquement, c'était ce qui les avait rapprochées.

Elle était restée respectueusement au seuil de l'appartement, reprise par son éducation militaire stricte qui l'obligeait à observer toutes les règles de la bonne éducation. Elle attendait donc, en bon soldat, au repos, la tête baissée. Ce genre de détail faisait souvent rire Elizabeth. Elle entra avec son accord. Avec un sourire, elle la remercia pour la serviette. Alors qu'elle la portait à ses cheveux pour essuyer la pluie, elle ne put s'empêcher de capter les douces effluves du parfum de la jeune femme. C'était bien cela, le parfum était une chose intime que l'on ne pouvait que grossièrement masquer, une chose terriblement personnelle que l'on ne pouvait pas cacher derrière un artifice. Et l'odeur d'Elizabeth était si douce...

Jaina : - Merci...

L'idée de boire un thé la réjouit, quoiqu'elle n'aimait guère en boire, mais elle succombait facilement dès que c'était sa femme qui proposait. Elle s'assit docilement, la regarda prendre possession de l'espace de son appartement, très naturellement. Jaina souriait. Peut-être était-ce le dernier thé du condamné, mais ce n'était pas grave. Elle l'acceptait. Elle avait l'impression de retrouver l'Elizabeth d'autrefois. Qu'elles étaient chez elle. Bientôt, elle entendrait les pleurs d'un Keryan affamé, quelques années auparavant, ce qui était plutôt un prétexte pour monopoliser l'attention de sa douce mère.

Mais non, tout cela était terminé. Keryan avait grandi, et elle n'était pas chez elle. Un détail revient néanmoins, celui du chat. Ce n'était pas le chat qu'elles avaient eu dans leur jeunesse, mais elle se souvenait qu'Elizabeth arrivait toujours à les faire fortement ronronner avec un geste un peu spécial. Lorsque le félin vint la visiter, il se hissa sur ses genoux sans difficulté en miaulant, presque instinctivement. Elle le gratta alors derrière l'oreille gauche, provoquant un ronronnement immédiat et assez éloquent chez l'animal, qui ferma les yeux de bonheur. Elle sourit.

Elle releva la tête en même temps que le chat lorsqu'Elizabeth fit son retour. Elle le chassa et s'assit près d'elle. Elle monta la flûte avec des gestes rapides et précis. Elle avait toujours été excellente musicienne.

Jaina : - Ah oui, vous faites graver mon initiale partout? Oh, ça peut être tout autre chose. Peut-être, je ne sais pas... Le J de "confiture". Il me semble que tu aimes cela, le matin, avec le petit-déjeuner, le plateau et la rose sur le côté. Et merci pour le compliment, je le retourne. Et si je me souviens bien... Il y a d'autres choses que tu savais très bien faire. Ta mémoire est résiduelle.

Elle se leva sur ses mots un peu obscurs - après tout, elle était ex-profileuse du FBI, elle pouvait se permettre de se la jouer un peu psychologue du dimanche. Elle saisit doucement ses mains, invitant la jeune femme à se lever.

Jaina : - Faites-moi confiance, je vous prie.

Elle l'attira doucement dans son étreinte. Si elle avait vu juste, elle pouvait faire revenir certains souvenirs en appuyant sur certains boutons, ces boutons étant des stimulus sensoriels. Elle la serra donc tendrement contre elle, la main gauche dans le creux de son dos. Son front se posa sur celui de la jeune femme. Elle la berça imperceptiblement. Doucement, elle alla cueillir ses douces lèvres, déposant un baiser tendre, amoureux. Peut-être un peu timide et maladroit. Lorsqu'elle arrêta, elle laissa une seconde s'écouler, son front retrouvant sa place sur le sien, ses yeux fermés. Elle murmura doucement :

Jaina : - Tu ne te souviens toujours pas de moi?


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Elizabeth D'Arcy Kennard
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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Sam 6 Aoû - 21:06

Elle se retrouva une seconde fois entre les bras de Jaina, sans tenter de se dégager de cette étreinte familière, oui familière et rassurante. La jeune femme faisait visiblement tout ce qui était en son pouvoir pour essayer de récupérer son épouse dusse-t-elle avoir une mauvaise mémoire. Elle l'embrassa une deuxième fois avec une extrême douceur un peu maladroite. Elizabeth respirait à peine, ses mains s'étaient instinctivement posées sur sa nuque et caressaient doucement sa peau.

Jaina : - Tu ne te souviens toujours pas de moi ?

Elizabeth : - Je me souviens que tu m'embrassais comme cela lorsque tu étais triste. Après tu me serais fort et je te jurais de ne jamais partir. Je me souviens de ton odeur aussi, et je sais que tu fumes toujours voire plus. Pas besoin de te dire que cela ne me plait pas, n'est-ce pas ?

Elle la regardait en souriant. C'était comme une éclaircie dans son esprit. Ses souvenirs reprenaient la place qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Elle revoyait le tout premier petit déjeuner au lit auquel elle avait eu droit. La rose posée à côté de la tasse de café, les toasts et au moins trois confitures différentes. Jaina avait été d'humeur joueuse ce matin-là et en la taquinant Elizabeth avait bien failli renverser son café dans le lit. Elles avaient ri comme des folles.

Elle se souvenait du jour où elle avait rencontré Jaina, des soirées qu'elles avaient passé ensemble à regarder des films en buvant des bières, à maudire l'espèce des « pétasses » qui envahissait le campus ou à parler de tout et de rien. Au fur et à mesure que les nuages de l'oubli se dissipaient, il y eu une profonde souffrance qui fit surface. Était-elle en droit de vouloir reprendre sa place dans la vie qu'elles avaient mené ? De venir trouver son enfant alors qu'elle avait disparu très tôt de son existence ? En quel honneur pouvait-elle revenir après avoir été cause d'une longue douleur pour sa femme ? Elle n'était pas partie de son plein gré, elle avait cherché son passé comme un assoiffé cherche de l'eau dans un désert aride. Leur vie serait à jamais changé par ces retrouvailles. Mais serait-ce en bien ou en mal ? Malgré elle, Elizabeth se sentit affreusement coupable. Sa raison avait beau lui dire qu'elle n'était pas aussi fautive qu'elle prétendait l'être, la jeune femme ne l'écoutait pas. Ses doigts agrippèrent la chemise de Jaina, elle enfouit son visage dans son cou. Ce geste aussi était naturel, quand la petite prof était triste elle se réfugiait ainsi contre sa compagne.

Elizabeth : - Je suis tellement désolée... Pardon... Pardonnes moi de vous avoir laissé Keryan et toi... Je ne voulais pas oublié, je ne sais pas pourquoi... J'ai tout fait pour me souvenir mais il y a toujours ce morceau qui m'échappe... Je suis désolée, Jaina, je t'avais pourtant promis...


Sa voix de brisa. Les larmes restaient bloquées, s'accumulant au point de brouiller son regard. Jaina...elle se souvenait de tous ces instants. Sa mémoire n'était pas un gigantesque puzzle fragmenté dont chaque pièce flottait un peu partout dans le néant. Et elle n'avait pas cette bête sombre au fond de sa tête qui gardait les portes de la cité des souvenirs, faisant face à l'océan de son oubli parfois agité de tempêtes sans jamais céder. Elizabeth savait que si la bête venait à être vaincue cela allait faire mal. La douleur aussi bien physique que morale. Peu lui importait, elle voulait se rappeler cette vie passée avec Jaina.

La jeune femme prit doucement le visage de Jaina entre ses mains, ses doigts caressèrent ses joues. Elle ne quittait pas son regard. La prof avait peur de sa réaction, elle craignait qu'une fois tous ses souvenirs retrouvés, elle ne convienne plus à celle qui fut son épouse. Alors elle ignorait ce qu'elle serait capable de faire. Rien de bon en tout cas. Son cœur battait vite, affolé par tant d'émotion. Ce jour-là, elles s'embrassèrent pour la troisième fois, Elizabeth mit dans ce baiser la force du désespoir adoucie par les doux souvenirs que le monstre obscur n'avait pu retenir. Les larmes roulèrent enfin sur ses joues, doucement. La pluie battait les fenêtres avec force, un grondement lointain laissait prévoir un orage. Un bel orage.

Elle entendit un léger sifflement faible mais tenu, la part d'ombre de sa mémoire retenait farouchement les fragments qui tentaient de s'extirper de leur prison. Le bruit était identique à celui d'une bouilloire. Elizabeth n'y prêtait pas attention, ses lèvres refusaient d'abandonner celles de Jaina. C'était un combat avec elle-même mais elle était bien décidée à le mener plus tard, lorsqu'elle se retrouverait seule dans son grand appartement.

Les moments heureux de sa vie oubliée remontaient à la surface, comme des petites bulles, et éclataient en libérant un doux bonheur. Elizabeth posa sa tête sur l'épaule de la jeune femme, ses mains glissèrent le long de son dos. Elle cherchait ses mots, ne sachant comment exprimée ce qu'elle ressentait. Un miaulement attira son attention. À ses pieds, son chat les regardait et réclamait un peu d'affection. Elle sourit, se détacha doucement de Jaina et s'assit sur le canapé. L'animal grimpa sur ses jambes. Elle tira un mouchoir de sa poche pour essuyer ses joues trempées de larmes. Son regard ne quittait pas la jeune femme encore debout devant elle.

Elizabeth : - Assieds toi... Nous avons plein de choses à nous dire, n'est-ce pas ?

Un doux sourire étira ses lèvres, elle ne se sentait pas au bord de l'implosion. Pour l'instant tout allait bien. Elle priait pour que cela dure le plus longtemps possible. Repliant ses jambes sous elle, Elizabeth prit sa tasse et but une gorgée de thé. Ses pensées s'éclaircirent un peu.

Elizabeth : - Je ne sais pas si j'ai le droit de reprendre la place que j'occupais après ce que je t'ai fait subir, bien que je n'ai jamais souhaité cela... Tu dois avoir refait ta vie. Pourtant, te connaissant tu as surtout dû passer beaucoup de temps à me chercher, comme moi je te cherchais sans savoir exactement qui tu étais. J'ai toujours eu ce sentiment profond qu'il y a quelque part quelqu'un qui m'attend, cela ne me quittait pas. Je n'osais en parler à James, ce qui est un peu idiot je le concède.


Elle reposa sa tasse et plongea son regard dans celui vairon de Jaina. Ces yeux si particuliers qui l'avaient charmée jadis. Elizabeth ne savait que faire. Une force invisible la poussait vers elle, mais une poigne ferme l'empêchait de se jeter dans ses bras. Et puis le monstre noir n'allait pas t'attarder à reprendre tout ce qui s'était échappé.

Elizabeth : - Pour ma part, j'ai comblé le vide par la musique, cela ne doit pas t'étonner n'est-ce pas !

Elle rit tout en ramassant la flûte traversière. L'instrument semblait être fait pour sa main. La musique faisait partie intégrante de sa vie, elle avait été là à chaque instant. Passant une main dans sa lourde chevelure, la jeune femme écouta un instant la chanson de la pluie. Quand est-ce que la magie cesserait ? Cette question l'obsédait, le glas ne sonnerait que trop tôt. Déjà le sifflement enflait et devenait grondement sourd.

Et Jaina ? Avait-elle toujours envie d'une femme amnésique et insomniaque qui n'était plus que l'ombre d'elle-même ? Un enfant a besoin d'une présence rassurante. Celle de son épouse devait être cent fois meilleure que la sienne, être instable, chimère mêlant humain au mutant. Pas tout à fait l'un mais pas exactement l'autre non plus. Le regard de la jeune femme s'assombrit un peu.

Elizabeth : - Est-ce que...


Non, ce serait égoïste et stupide de lui demander cela. Pourtant, un certain nombre d'années les séparaient. Entre temps, qu'est-ce que Jaina était devenue ? Et leur fils ? Elizabeth se sentait étrangère à tout cela. Comme un cheveu tombé au milieu de la soupe. Il lui faudrait du temps.

Sa main chercha timidement celle de Jaina et la serra.

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Jaina D'Arcy
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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Mer 31 Aoû - 13:20

Combien de temps avaient-elles été séparées? Elle avait tant compté les jours qu'elle en avait oublié le nombre. Des mois, des années? Peut-être pas tant. Ou peut-être que si. En cet instant dramatique, sa mémoire lui faisait horriblement défaut. Mais ce laps de temps était de toute façon trop long pour que Keryan, Elizabeth et elle, ne puissent en souffrir les conséquences. Elle n'avait aucune idée, même la plus vague, de ce qui avait bien pu se passer entre temps. Ou au contraire, les hypothèses se bousculaient dans sa tête, bien trop nombreuses pour tenir debout. Mais qu'était-il arrivé pour que la jeune femme ne se souvienne plus de rien, comme si quelque chose bloquait résolument sa mémoire? Et pourquoi? Pour quelles fins? Pourquoi neutraliser toute source de bonheur entre elles? Qui s'était octroyé le droit de la rayer de sa vie, ainsi? Elle ne l'avait pas oubliée parce qu'un jour de déchéance, la vaisselle avait volé à travers les pièces de la maison, ah ça non. Cela n'était jamais arrivé. Oh bien sûr, il y avait déjà eu des disputes, des moments d'égarements, où chacune vidait son sac parce que certaines choses n'allaient pas. Et dans l'immense majorité des cas, cela n'avait rien à voir avec leur couple. Alors pourquoi? Quelle avait été la faute de Jaina? Y en avait-il eu une? La jeune femme était véritablement désemparée, et son regard vairon était troublé, plus sombre qu'à l'accoutumée.

Quelque chose se passait, chez Elizabeth. Elle voyait perler des larmes. Oh non, ne pleure pas, je t'en prie. Ces larmes évoquèrent des souvenirs amers à la jeune flic. La douleur de la séparation, lorsque la jeune femme était envoyée en Opération Extérieure, pour traquer des ressortissants américains en dehors du territoire, ou même quand elle devait partir pour un état lointain, à cause de son poste d'agent spécial. Les douces étreintes, et les mots qu'elle savait inefficaces pour rassurer sa bien aimée. Son propre pincement au coeur quand elle devait obéir aux ordres. C'était avant, dans ce qu'elle appelait intérieurement "le monde avant l'Opération". L'époque bénie où les mutants ne représentaient pour elle aucune menace, et à peine un intérêt. Non qu'elle était méprisante à l'égard des mutants, mais comme il n'existait pas de panneaux en couleur et en relief pour spécifier la nature de chacun, elle estimait que l'étude des mutants ne relevait pas de sa compétence. Elle ne faisait donc aucune différence, et se contentait de servir la justice. Oh, comme tout ceci avait changé...

Jaina : - Non, ne pleure pas.

Elle s'était assise à côté d'elle, et, naturellement, ses mains cheminèrent à leur place habituelle, machinalement, autour de ses épaules, et la serrèrent contre elle. Elle leva le revers de sa main gauche, essuya lentement les larmes qui coulaient sur ses joues. La voix de la jeune femme se baissa, légèrement plus grave.

Jaina : - Tu sais que je n'aime pas quand tu pleures.

Elle ne voulait pas, cherchait des mots pour des excuses qui n'avaient pas lieu d'être. Jaina posa un doigt sur les lèvres de sa compagne, doucement.

Jaina : - Je sais.

Deux mots, deux mots très simples, une affirmation, un ton neutre. Pourtant, cela signifiait beaucoup de choses. Une connexion forte. Elle savait, elle n'avait pas besoin d'en dire plus, et Elizabeth n'avait pas besoin de se justifier. Elle savait, et c'était là l'affirmation de la confiance qu'elle avait en elle. Et le soulagement. Personne n'avait fauté, mais quelque chose s'était passé. Mais quoi? Qui? Dans sa poitrine, la jeune femme sentit une boule se former, un mélange d'amertume, de rage, de colère. Quelque chose qui grandissait furieusement en elle, et qui menaçait d'exploser. Et elle ne voulait pas être celui ou celle qui serait en travers de sa route au moment où elle le laisserait faire. Mais le moment n'était pas encore à la fureur. Ses doigts caressèrent doucement sa peau, sa joue, dans des mouvements rassurants et protecteurs. Le baiser la secoua profondément. Jaina ferma les yeux, ses longs doigts se posant sur le menton de sa femme, ressentant dans chaque centimètre carré de son corps la détresse de sa femme. Alors, elle l'intensifia, couvrant les épaules d'Elizabeth de ses bras, la rapprochant d'elle, pour lui offrir la chaleur de son corps, le côté rassurant de ses muscles un peu noueux, un peu durs, loin d'une silhouette féminine parfaite.

A la demande d'Elizabeth, Jaina migra jusqu'au canapé. Elle s'assit près de sa compagne, prit ses mains dans les siennes. Elle garda pendant un moment la tête baissée, pensive. Elles avaient sans doute tout un tas de choses à se dire, c'est vrai. Et tout un tas de questions brûlaient les lèvres de la jeune flic. Avait-elle refait sa vie? Avait-elle rencontré une autre femme, peut-être un homme, quelqu'un qui lui aurait fait de belles promesses? Un mentor? Un compagnon? Quelqu'un qui l'aurait remplacée sans un mot, avec une aisance désespérante, car quoi de plus simple que de remplacer quelque chose qui a été oublié?

Et elle, que pouvait-elle lui dire? Que ses parents avaient été assassinés lâchement, laissés seuls dans d'atroces souffrances, pour une cause qu'ils avaient embrassés en toute générosité? Qu'elle n'était plus un simple agent du FBI qui faisait bien son travail, mais aussi une sorte de monstre qui ne tolérait plus les mutants, quand bien même le doute s'était insinué dans son esprit? Qu'elle menait une croisade acharnée pour venger ses parents et retrouver sa femme? Elle ne savait pas. Elle ne voulait pas la blesser, ou apparaître comme un monstre sanguinaire, sans coeur, sans esprit, qui n'était plus qu'esprit de revanche. Elle était perdue, désemparée et hésitante, regardant plus ses mains que nul autre objet, comme si elles avaient soudainement revêtu un intérêt des plus importants.

Eli lui dispensa de prendre la parole, et elle lui en fut reconnaissante. Elle leva les yeux et la regarda, écoutant attentivement. Elle laissa s'écouler un moment, le temps pour elle de bien peser ses paroles et de lui donner une réponse cohérente et réfléchie.

Jaina : - Je ne pense pas que cela soit un droit. Enfin, que ce soit une question de droit. Keryan a besoin de toi. Et j'ai besoin de toi. Tu as toujours ta place auprès de nous. Dans notre maison. Mais je comprends que tu puisses avoir du mal. Pour retrouver tes marques.

Elle marqua une pause, se mordillant la lèvre inférieure.

Jaina : - Je n'ai pas refait ma vie. Je ne le voulais pas, parce que j'avais la conviction que tu étais encore là. Mais... A la mort de mes parents, je suis passée du côté de l'Opération Apocalypto. Dans l'équipe Bastet.

Elle baissa de nouveau la tête. Elle incarnait, à cet instant précis, tout ce que les mutants pouvaient haïr.

Jaina : - Je ne me cherche pas d'excuses ou de justifications. Mais après l'assassinat de mes parents, cela me paraissait être l'unique porte de sortie, pour exorciser ma souffrance. Mais j'ai vu ce qu'ils faisaient. J'ai vu des rapports, j'ai assisté au puçage. Pour l'instant, je me sens terriblement seule. Et je ne peux pas agir. Mais maintenant que tu es revenue... Tout peut changer.

Elle serra ses deux mains dans les siennes, tremblantes.

Jaina : - Pardon...

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Elizabeth D'Arcy Kennard
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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Mar 13 Sep - 19:27

Jaina : - Je ne pense pas que cela soit un droit. Enfin, que ce soit une question de droit. Keryan a besoin de toi. Et j'ai besoin de toi. Tu as toujours ta place auprès de nous. Dans notre maison. Mais je comprends que tu puisses avoir du mal. Pour retrouver tes marques.

La jeune femme inclina la tête, touchée par ces paroles. Jaina hésitait visiblement à continuer, elle devina au fond de son regard que quelque chose la gênait, un léger frisson parcourut ses membres comme un mauvais pressentiment.

Jaina : - Je n'ai pas refait ma vie. Je ne le voulais pas, parce que j'avais la conviction que tu étais encore là. Mais... A la mort de mes parents, je suis passée du côté de l'Opération Apocalypto. Dans l'équipe Bastet.

Elizabeth : - Tu as quoi ?

Ce fut un effondrement de la réalité comme si un trou noir avait tout absorbé pour ne laisser ensuite que l'absence d'un bonheur lointain. La femme qui tenait ses mains faisait partie de l'organisation la plus abjecte qui soit. Elle serra les dents sans rien dire.

Jaina : - Je ne me cherche pas d'excuses ou de justifications. Mais après l'assassinat de mes parents, cela me paraissait être l'unique porte de sortie, pour exorciser ma souffrance. Mais j'ai vu ce qu'ils faisaient. J'ai vu des rapports, j'ai assisté au puçage. Pour l'instant, je me sens terriblement seule. Et je ne peux pas agir. Mais maintenant que tu es revenue... Tout peut changer.

Elle lui demanda ensuite pardon en serrant ses mains, craignant sans doute qu'Elizabeth ne les retire avec un geste de dégoût et d'effroi. La jeune femme restait immobile, même le sifflement s'était tu. Les parents de Jaina étaient morts, cette nouvelle la frappa avec presque autant de force que la suivante : elle faisait partie d'Apocalypto, de l'équipe la plus spécialisée qui soit. Et en face de cet agent se trouvait une mutante appartenant à Genesys. Deux personnes qui devaient se combattre en toute logique. Mais la petite prof luttait contre cela avec toute la sagesse possible. Elle retira doucement ses mains de l'étreinte de Jaina et les joignit. C'était une sorte de manie chez elle à chaque fois qu'elle réfléchissait, ses doigts se croisèrent, elle ferma les yeux. Il s'agissait de considérer la situation avec calme et recul. L'assassinat était le point de départ, sans doute les parents de sa bien-aimée avaient été tués par des mutants hostiles. Sous la pulsion de la vengeance, Jaina avait donc rejoint ceux qui luttaient contre ce « fléau mutant ». Mais devait-elle la rejeter pour autant ? C'était une opportunité pour la jeune femme de retrouver son passé et d'aider tous les mutants. Appuyant son front contre ses mains, la respiration lente et profonde, elle réfléchissait. Son chat en profitait pour boire un peu de thé dans sa tasse tout en guettant le moindre changement dans l'atmosphère.

Elizabeth avait conscience que son pouvoir lui donnait une force certaine sur tout être pensant, surtout les humains et ses compagnons mutants. Selon elle l'un des moteurs d'Apocalypto était la peur. La terreur même de voir qu'une personne pouvait contrôler le feu, la gravité, l'esprit, la vie. Toute cette puissance dans une seule être engendrait de la peur et la réaction naturelle face à ce sentiment était la fuite. Puis l'organisation d'une forme de résistance dusse-t-elle être infâme envers ses semblables. Ceux qui en faisaient partis avaient leurs propres motivations, bien personnelles, mais combien faisaient cela par plaisir d'occasionner de la souffrance ? La jeune femme était quasiment certaine qu'il ne devait y en avoir qu'un ou deux dans le groupe. Les autres pouvaient changer d'avis, mais cela s'avérait être une tâche immense qui demanderait bien plus qu'une vie pour être menée à bien. Avant toute chose il fallait maîtriser sa peur de l'autre et de la force qu'il possédait. Cela nécessitait du temps et de la patience. De la confiance aussi. Sans relever la tête, la jeune femme parlait à voix basse pensant tout haut.

Elizabeth : - Les humains ont peur des mutants, mais certains mutants ont peur d'eux-même. Parce que ce n'est pas « normal » de pouvoir faire léviter un objet par exemple. Être menacer par ses quasi-semblables sous ce prétexte est une pression terrible à supporter. Certains se rebellent et sombrent dans la violence, d'autres s'effacent, et quelques uns décident d'essayer d'améliorer les choses.

Elle plongea son regard dans celui de Jaina, étrangement calme et paisible. Pendant qu'elle réfléchissait le monstre obscur dévorait lentement tous les souvenirs revenus, méticuleux dans sa terrible tâche.

Elizabeth : - Je ne peux pas t'apporter l'absolution parce que tu n'en as pas besoin, tu as fait ce que tu jugeais être juste et personne ne peut te blâmer. Si tu n'avais pas ces quelques scrupules, ces réticences à commettre ces actes, je n'aurais pu te regarder sans colère. On ne peut défaire le passé ni le nier. En revanche, essayons de changer l'avenir. Je fais partie de Genesys.

La jeune femme sourit à sa compagne, sereine. Aucune trace de colère ou de haine au fond de son regard paisible. Point de crispation rageuse dans la caresse de ses doigts. Il était temps de donner l'impulsion à un mouvement qui conduirait à une paix entre humains et mutants. Il fallait que cette situation malsaine cesse enfin. Et voilà que l'occasion se présentait. C'était presque trop beau pour être vrai. Elizabeth n'osait y croire. Le fait que Jaina soit son épouse expliquait aussi pourquoi son pouvoir n'avait eu aucun effet sur elle. Il devait en aller de même pour leur fils. Elle souhaitait un monde sans violence pour cet enfant. Mais avant de faire quoique ce soit, Elizabeth savait qu'elle devrait lutter en permanence pour retrouver la mémoire et la conserver.

Elizabeth : - J'ai réussi à pardonner ceux qui m'ont changée. Tout d'abord parce que je les ai tué non sans souffrance, mais aussi parce qu'ils ont agi sous le coup de la même peur qui anime les humains contre les mutants. Il est impossible d'enseigner sagesse et pardon à tout le monde, il existera toujours un groupe qui exigera la fin d'une des deux espèces. L'Histoire n'est qu'un immense ouroboros. Souhaites-tu poursuivre sur la voie tracer par Apocalypto ou m'aider à empêcher un nouveau massacre ?

Un sourire étira ses lèvres et elle ajouta avec un rire joyeux.

Elizabeth : - Ne me prends pas non plus pour un pacifiste totale et parfaite. Quand la situation dégénère et l'exige, je sais très bien foncer dans le tas et cogner tout ce qui bouge.

Ou alors elle utilisait l'Autosuggestion. Il lui arrivait d'avoir encore du mal à croire qu'une telle chose était possible. Elizabeth faisait tout pour préserver le secret de son pouvoir, il était un atout contre les agents qui cherchaient à attraper les mutants. Jusqu'à présent, lorsqu'elle avait été présente, ils n'y étaient jamais parvenus.

La jeune femme reprit délicatement la main de Jaina, sa peau était parcourue par un frisson d'excitation. Elle avait envie de danser, de jouer du piano et de se précipiter à la base de Genesys pour annoncer à tous qu'il y avait enfin une solution possible, une issue à leur combat. Souriante, elle ignora le sifflement strident qui reprenait alors qu'elle cherchait les souvenirs de son mariage. Elle était prête à souffrir pour ne pas perdre une seconde fois contact avec son passé. L'avenir lui semblait radieux. Tous les combats futurs qui se dressaient à l'horizon ne l'inquiétaient guère, ils étaient balayés par son conviction, ce feu sacré qui animait sa vie faite de passions. Le chat lui sauta sur les genoux et miaula avec entrain, lui signifiant clairement qu'il attendait son repas depuis longtemps déjà. Patient, il se roula en boule contre elle et regarda Jaina de ses yeux verts, rêveur.

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard] Dim 18 Sep - 17:03

Le décor se troubla autour d'elle. Elle ne sentait plus que la main de son épouse, de son ex-épouse, d'Elizabeth... Elle ne saurait plus tellement comment le définir, même si toute son âme désirait qu'elle soit et reste son épouse. Il n'y avait plus que cela d'important. Cette chaleur évanescente, cette tiédeur si familière qui était devenue distante, jamais oubliée, mais toujours repliée dans un coin, dans l'anonymat des choses du passé que l'on doit ranger sans en avoir la force, et qui finissent par s'entasser, encore et encore... Elle ne s'était jamais résolue à classer le dossier de la disparition de sa femme. Et maintenant qu'elle était là... Elle ne savait pas vraiment par où commencer. D'autant plus qu'elle savait que désormais, un rempart les séparait. Oh, bien sûr, elles étaient évidemment déjà passées par des crises. Dans un couple, c'est normal. Mais elles étaient toujours restées unies, chacune sachant trouver les mots pour rassurer l'autre, même s'il fallait quand même passer par des engueulades. Ce n'était plus une engueulade. Mais autre chose. Une différence essentielle... Elizabeth était une mutante. Elle en avait la confirmation. La déontologie qu'elle avait adoptée en rentrant dans l'opération, la main droite posée sur une Bible - geste qu'elle avait toujours trouvé d'un ridicule profond, mais auquel elle avait dû se plier par obligation militaire, ne lui permettait pas de copiner avec les mutants. Elle-même s'était jurée de venger ses parents, peu importe le sang qui devrait couler pour qu'elle soit assouvie. Alors de là à avoir une mutante dans sa famille... Cela devenait compliqué.

Elle avait toujours rêvé d'être flic. Pas seulement parce que c'était une chose qui était presque héréditaire chez les D'Arcy, mais parce qu'elle avait toujours été fascinée par la Justice. Ensuite, de par son caractère impulsif, elle avait préféré entrer dans les forces d'intervention spéciales. Passer d'agent spécial du FBI, qui nécessitait quand même de remplir un peu de paperasse ou de traîner pendant un moment dans des bureaux, à agent de l'équipe Bastet avait été facile. Sans doute parce qu'elle se contentait d'obéir aux ordres, en chahutant un peu ceux qui refusaient de se soumettre aux contrôles ou autres interrogations des chercheurs. Ceux qu'elle avait dû tuer, elle en avait oublié les noms pour que leurs visages ne viennent jamais se superposer à ceux de ses parents assassinés. Mais là, quelle était la conduite à tenir? Il n'existait aucun code, aucun règlement, aucune FAQ pour répondre à cette question... Elle qui était réellement adepte des codes militaires, se trouvait complètement perdue. Elle regardait la main de sa femme. Cette même main que quelques années auparavant, elle avait pris pour monter les quelques marches qui les mèneraient à l'autel. Cette même main qui avait été décorée par l'alliance d'or blanc gravée de leurs initiales et de la date de leur mariage. Progressivement, Jaina se détendait. Son regard vairon retrouva sa couleur habituelle.

Progressivement, les attitudes préenregistrées correspondant à des situations précises, que la jeune femme dès son plus jeune âge avait emmagasinées, s'estompèrent. Ce n'était plus le robot qui devait parler, la femme couverte de médailles d'honneur que l'on surnommait dans les couloirs "l'ouragan russe" pour ses origines soviétiques connues de tous, mais le coeur de cette jeune femme, la seule chose qui continuait à battre, péniblement, dans le corps de pierre et d'acier qui ne lui avait jamais fait défaut. Elle regardait Elizabeth, ses yeux glissants doucement sur son visage, les boucles de ses cheveux qui sentaient si bon. Synesthésie superbe qui n'a rien à envier à celles de Baudelaire, mais je m'égare. Elle écoutait sa femme qui parlait. L’espèce d’enthousiasme qui l’animait la surprenait. Elle s’attendait à ce que la jeune femme se dégage et la repousse, en la considérant comme l’humaine la plus détestable sur cette terre, ce qu’elle ne manquait pas vraiment d’être. Au contraire, il y avait comme une sorte d’espoir dans sa voix. L’espoir de changer les choses.

Brièvement, elle envisagea ce qu’elle pourrait changer. Elle baissa les yeux, son visage se fit un peu grave. Si elle était considérée comme une renégate au sein de l’Opération, de chasseur elle deviendrait chassée. Et elle n’aurait plus aucun endroit où se cacher. Fuir… Fuir où ? Dans les zones libres ? Changer de nom, changer de vie, laisser les armes dans un tiroir du bureau, devenir… Qui sait… Une femme médecin, ou une secrétaire dans l’administration, ou une chef d’entreprise… Enfin quelqu’un de normal, qui n’a pas à se réveiller chaque jour avec des morts sur la conscience. Non, elle se voyait mal terminer ainsi. Et ce ne serait pas une vie pour leur petit garçon. Pour le moment, cette solution ne lui semblait pas envisageable. Non, égoïstement, elle voulait rester avec sa femme, retrouver la chaleur de leur foyer, rentrer tous les soirs avec un bouquet de roses à la main, le cœur guilleret, en ayant essuyé toute la journée les remarques de ses collègues sur sa nouvelle bonne humeur. Mais l’Opération ne devait pas savoir qu’elle avait retrouvé sa femme et qu’elle faisait sans doute partie des fameux mutants inconnus qui se disputaient la place du plus dangereux sur le panthéon de l’Opération, avec celui que l’on surnommait Solar. Pendant un instant, un sentiment d’injustice la prit. Pourquoi Elizabeth n’avait-elle pas fait comme les autres, pourquoi ne s’était-elle pas rangée ? Elle avait toujours connu sa femme, elle l’avait toujours envisagée comme quelqu’un de plutôt pacifiste et réservé. Pourquoi prendre les armes ? Elle avait tué des gens… A cette annonce, la jeune californienne s’était levée. Seigneur Dieu, pourquoi… Elle ne savait plus par où commencer.

Jaina : - Comment faire… Comment changer…

La haine entre mutants et humains est viscérale. Comment deux femmes pourraient-elles y changer quelque chose ? Il y avait bien le doute qui s’était insinué en elle. Les contrôles qu’elle ne pouvait plus supporter. Mais l’enjeu était trop grand. Que lui arriverait-il si elle retournait sa veste ? Elle connaissait Liam Winchester et son cœur réputé de pierre. Il n’hésiterait pas, et son cadavre froid irait rejoindre les ordures de quelques ruelles sombres. La nouvelle était tombée trop tôt, trop brutalement. Elle ne savait pas encore comment réagir. Oh, oui, en plongeant son regard vairon dans les yeux clairs de sa femme, elle savait ce que lui disait son cœur : aux chiottes. Aux chiottes les codes, les règlements, les galons, la hiérarchie militaire et la mission soi-disant humanitaire d’Apocalypto et des Bastet. Est-ce qu’ils y connaissaient quelque chose à l’amour, ces gens –là ? Avaient-ils déjà tremblé en prenant la main de l’élue de leur cœur, même après les premiers rendez-vous ? Avaient-ils connu la peur, puis l’émerveillement, en tenant leur premier né entre les bras, à tel point que les larmes s’étaient mises à ruisseler sur leurs joues, tandis que leur épouse se reposait contre leur épaule, exténuée ? Ceux-là peuvent-ils réellement parler de l’existence sans mentir ? Tout lui semblait fou, incorrect, illogique. Mais pour autant, aucune solution ne lui avait sauté au visage pour démêler le joyeux foutoir qui se déroulait dans sa tête, à ce moment précis.

Progressivement, la jeune femme sentait la panique l’envahir. Elle aurait eu envie de hurler son désespoir, elle se serait damnée pour pouvoir tout recommencer, pour avoir une seconde chance. Mais il lui semblait que c’était trop tard, qu’elle ne pourrait plus jamais revenir en arrière. Et c’était le cas. Elle tournait en rond dans la pièce comme un lion en cage, jetant des regards inconstants à son épouse et à l’animal. Instinctivement, ses doigts serraient l’alliance qu’elle avait toujours gardée, et la faisaient tourner à son annulaire. Que faire, bon Dieu, que faire, envoyez-moi un signe… Elle s’arrêta brutalement et se tourna vers Elizabeth. En deux grandes enjambées, elle la rejoignit, et embrasse de nouveau ses lèvres, tendrement, les yeux fermés, en la serrant contre elle. Puis, elle se redressa.

Jaina : - Il me faut du temps, Elizabeth. Il faut que je réfléchisse. Ca va être difficile. Autant pour toi que pour moi.

L’utilisation du futur était déjà un indice : la jeune enseignante n’avait pas à avoir peur. Mais il lui fallait un délai pour structurer tout cela. Pour s’en sortir. Devait-elle tout miser ? Il était encore trop tôt pour le savoir… Elle sortit son portefeuille, ignorant que la jeune femme avait déjà tout photocopié. Elle lui tendit la photographie, où l’on pouvait voir Elizabeth avec leur bébé, le visage heureux, après avoir griffonné quelque chose au dos.

Jaina : - Je vais y aller. En attendant, ne m’oublie pas.

Elle embrassa sa main une dernière fois, éperdue, puis sortit de l’appartement, à regrets, sa veste noire sur ses épaules, la transformant en une vague ombre. Elle referma doucement la porte et redescendit les escaliers, les yeux plantés sur le sol, traversant la foule rapidement, la fendant sans y faire attention. Ils étaient étrangers à son malheur. Sur la photographie, elle avait inscrit leur nouvelle adresse, si jamais la jeune femme un jour avait envie de leur rendre visite. Elle avait laissé aussi le double de la clé sous le paillasson de la porte de l’appartement d’Elizabeth. Aucune ambiguïté n’était possible. Comment Keryan réagirait… Devait-elle lui dire ? C’était une réelle catastrophe…

Ses pas la guidèrent rapidement à un arrêt de bus qu’elle emprunta pour revenir chez elle. Il pleuvait encore, mais la pluie ne pouvait rivaliser avec les larmes qui embuait son regard vairon.

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MessageSujet: Re: Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard]


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Quand on ne croit pas aux hasards objectifs... [PV : Elizabeth D'Arcy-Kennard]

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